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Comment cette application veut aider les personnes bipolaires à anticiper leurs crises

Mis à jour le 04/03/2019 à 17:54 Publié le 04/03/2019 à 18:00
Patrick Lalouette développe une application de suivi des patients souffrant de troubles bipolaires.

Patrick Lalouette développe une application de suivi des patients souffrant de troubles bipolaires. Photo Frantz Bouton

Comment cette application veut aider les personnes bipolaires à anticiper leurs crises

Et si les nouvelles technologies permettaient aux patients souffrant de troubles bipolaires de mieux vivre leur maladie. C'est le pari de Patrick Lalouette. Il développe une application de "monitoring" pour repérer les "signaux faibles" avant que la phase maniaque ou dépressive ne se déclenche. L'objectif: éviter les suicides qui touchent 19% des personnes bipolaires.

Quel est le problème?

Les troubles bipolaires touchent 1 à 3% de la population, soit 20 à 60.000 personnes dans les seuls départements du Var et des Alpes Maritimes. C'est une maladie complexe, méconnue et difficile à gérer. 

>> RELIRE. Témoignage. "Les bipolaires sont des guerriers et des guerrières, il faut du courage pour se relever et repartir."

Une fois la bipolarité diagnostiquée, un processus long qui prend en moyenne 8 ans, les personnes atteintes par ces troubles doivent apprendre à gérer un quotidien fait de hauts et de bas. Des montagnes russes qui peuvent amener jusqu'au suicide. En effet, le trouble bipolaire est le plus grand facteur de risque de suicide et de tentatives de suicide. 19% d'entre eux mettent fin à leurs jours. C'est un risque 15 à 30 fois supérieur à celui de la population générale. Et une tentative sur trois aboutit à la mort (contre 1 sur 18 pour la population générale, d'après le réseau de coopération scientifique en santé mentale FondaMental).

Comment aider les patients à mieux vivre leur maladie, mais aussi à anticiper les crises et ainsi éviter le passage à l'acte?
Patrick Lalouette développe "Trait d'Union" une application conçue pour eux, leur psychiatre et leur entourage.

Une appli pour aider les patients dans leur vie quotidienne

Tout est parti d'une discussion entre Patrick Lalouette, alors directeur des services informatiques de Virbac et une amie psychiatre.
"Elle m'a parlé du manque d'informations pour aider les personnes bipolaires dans leur quotidien, sur le plan du traitement, de l'éducation et de la connaissance de leur maladie. En fait, entre deux rendez-vous souvent espacés de trois semaines, un mois, elle peine à déterminer comment se déroule la vie du patient. Le feed-back est imprécis car la mémoire est sélective. Cette conversation a été le déclic."

Fort de son expérience en matière d'objets connectés, Patrick Lalouette cherche comment simplifier la vie de ces malades en faisant appel aux nouvelles technologies. Fin 2017, il quitte son entreprise pour se consacrer à cet objectif.
Il planche seul, puis en février 2018, il est rejoint par Jean-Marc Oberniche. Ils fondent la start-up Exper-i-Mental à Cagnes-sur-mer.
"J'ai d'abord voulu comprendre les difficultés et les besoins des patients." L'été dernier, il contacte à Nice l'association de patients "Le phare des 2 pôles".
"Ce qui est difficile pour eux ce sont ces phases très changeantes qui les font basculer d'un état normal à des phases maniaques où ils sont euphoriques puis à des phases dépressives pendant lesquelles ils ne sortent pas et ont des idées suicidaires."

"L'objectif ultime, c'est d'éviter le suicide"

"Or ils ne perçoivent pas toujours les premiers symptômes comme la difficulté à dormir en phase maniaque, ou l'abondance de sommeil en phase dépressive. Un autre indicateur important c'est l'activité. Ils vont avoir tendance à beaucoup marcher quand ils sont euphoriques. Ils ont besoin d'une aide au quotidien pour percevoir ces changements qui peuvent être progressifs ou plus brutaux."

Patrick Lalouette sort de sa poche un petit badge. "Avec ce capteur passif, on va pouvoir les aider. L'idée c'est de capter les signaux faibles en amont pour anticiper et donner des informations au patient pour qu'il prenne ses médicaments, fasse des exercices, du sport pour retrouver un meilleur sommeil et tenter de limiter la crise… On remonte ces infos au psychiatre. L'objectif ultime, c'est d'éviter le suicide."

Le patient pourra suivre l'évolution de son sommeil, de son activité et de ses humeurs.
Le patient pourra suivre l'évolution de son sommeil, de son activité et de ses humeurs. Photo Exper-i-Mental

Capteur passif, questionnaire… comment ça marche?

"Ils glisseront le capteur dans la poche, ou sur un bracelet de montre, un collier. Et il enregistrera: le sommeil (la durée, les phases de sommeil profond léger), l'activité (nombre de pas, distance, calories)."
Par ailleurs, les patients seront invités à enregistrer des informations sur leur ressenti. "On pose des questions simples au fil de la journée."

Patrick Lalouette affiche la version expérimentale de l'appli, et les fait défiler: "Avez-vous passé une bonne nuit? Avez vous pris votre petit déjeuner? Comment vous sentez vous ce matin? Mes sentiments: joie, colère, tristesse… Avez-vous pris votre médicament?"
Et si la personne n'a pas envie de renseigner ces informations?
"On a toujours le capteur qui récupère des informations. Et on saura aussi si elle ne le porte pas sur elle. L'objectif de l'application est d'être un compagnon pour la personne bipolaire, afin qu'elle puisse prendre en charge elle-même son quotidien."

Ces données "captées" et/ou renseignées par le patient seront à sa disposition, sous forme de tableau de bord. Il pourra ainsi suivre l'évolution de son sommeil, activité, humeur, au fil des jours et des semaines.
"Le psychiatre disposera des données sur son patient: sommeil, activité, humeur… Il pourra aussi créer des alertes qui viendront l'informer dès qu'un événement anormal se produit."

Patrick Lalouette conçoit "Trait d'Union", comme un outil qui permettra de faire le lien entre les patients, l'équipe médicale et leurs aidants. "Les données appartiendront au patient", insiste l'Azuréen. Il pourra utiliser l'application pour créer des groupes avec sa famille, ses amis...

Disponible en septembre-octobre

La version 1 de "trait d'Union" sera testée au printemps auprès de 20 patients. "Ce qui nous intéresse c'est de voir l'acceptation du patient de renseigner les informations sur son humeur, son sommeil… il sera d'autant plus enclin à le faire s'il juge que c'est utile pour lui. En fonction des retours, nous livrerons une version 2 qui sera disponible sur internet puis dans un deuxième temps sur smartphone."

L'appli sera commercialisée fin septembre, début octobre 2019.
Le coût? 10 euros par mois à la charge du patient.


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