"Ce virus va changer ma vie": Patrick, 62 ans, non vacciné contre la Covid-19 raconte sa descente aux enfers

Pour la première fois, le Centre hospitalier Princesse-Grace a ouvert ses portes à la rédaction de Monaco-Matin. Patrick, 62 ans, non vacciné a développé une forme sévère de Covid-19. Il témoigne de son calvaire.

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Thibaut Parat Publié le 28/01/2022 à 21:55, mis à jour le 28/01/2022 à 16:19
Le virus "m’a bousillé l’organisme, les poumons en particulier.", explique Patrick hospitalisé pour Covid-19. Photo d'illustration Jean-François Ottonello

Par téléphone, depuis sa chambre du service de pneumologie, Patrick retrace sa descente aux enfers. Avant que le Covid n’attaque ses fonctions vitales et ne le terrasse, ce retraité de la Société des Bains de Mer âgé de 62 ans était en très bonne santé.

Non-fumeur, sans antécédent médical, sportif et amoureux de ski et de vélo. Début janvier, le résident turbiasque est testé positif au coronavirus et s’isole à domicile. "Au début, c’était comme une grosse grippe avec une extrême fatigue. Puis, je ne pouvais pas marcher cinq minutes sans m’asseoir. J’ai commencé à avoir mal de partout: à la tête, au globe oculaire. J’ai tenu un maximum à la maison", retrace-t-il.

Le 12 janvier, il est admis aux urgences du CHPG avec d’énormes difficultés respiratoires. "Je m’étouffais", résume-t-il.

Treize jours de réanimation

Admis une journée en service de pneumologie, il est directement transféré en réanimation. Il y passera treize jours avec des protocoles de soins très lourds. "On a des machines qui nous contrôlent en permanence. On est perfusé de tous les côtés. On est vraiment diminués et cela devient une pénible épreuve de bouger de cinq centimètres une feuille de papier. Je ne suis pas passé loin de l’intubation", reconnaît-il.

"J'attendais d'avoir du recul"

Non-vacciné au moment où il a contracté le coronavirus, Patrick est conscient que cela a provoqué la dégradation de son état de santé. "Comme tous ceux qui ne sont pas vaccinés, j’attendais d’avoir du recul, de m’assurer que la vaccination ne provoquait pas d’effets secondaires. Je n’y étais pas opposé mais je trouvais que ça allait trop vite. Toutefois, j’étais prêt à me faire vacciner car des amis avaient eu des formes sévères de la maladie. Mais j’ai trop attendu", déplore-t-il.

 

Et de conseiller aux réfractaires: "Le vaccin permet d’avoir des cas moins graves. ça m’a bousillé l’organisme, les poumons en particulier. Ce virus va changer ma vie. J’espère que je retrouverai ma condition physique."

"Le salaire du personnel n'est pas à la hauteur de leurs compétences"

Plus de deux semaines après son hospitalisation, Patrick devrait sortir aujourd’hui de l’hôpital et retrouver son foyer et ses proches. "Je vais être sous oxygène et cortisone le temps que mes poumons se régénèrent."

Ce patient est désormais très reconnaissant du personnel du CHPG. "Lorsque je n’étais pas au top de ma forme et que le moral en prenait un coup, j’ai pu être exécrable avec eux. Je m’en suis excusé. Ils ont été très humains et psychologues, toujours à l’écoute. Au CHPG, on est bien traité, on y mange bien. Le seul bémol, c’est que le salaire de ces gens n’est pas à la hauteur de leurs compétences. En étant mieux payés, ils donneraient encore plus de leur personne. Sinon, ils finiront par baisser les bras."

Cette étude sur ceux qui pensent maîtriser un sujet pointu

Effet Dunning-Kruger. Derrière cette notion barbare se cache un comportement : celui de surestimer ses compétences dans un domaine où l’on n’est pas ou peu qualifié. A l’ère des réseaux sociaux et l’accès infini à l’information depuis son smartphone, le phénomène est flagrant.

Avec la crise sanitaire, il s’est accentué. « La Covid est devenue une affaire publique et plus un problème médical. C’est bien la seule maladie où tout le monde a un avis, quelle que soit sa profession », résume le Pr Yann-Erick Claessens, chef du service des Urgences.

Avec plusieurs homologues monégasques, il a publié en avril dernier une étude sur ce phénomène - qu’on pourrait assimiler à l’ultracrépidarianisme - dans un grand journal d’infectiologie. Entre le 4 mai et le 13 juin 2020, 2.487 personnes avaient auto-estimé leurs connaissances sur le Covid-19 par le biais d’un questionnaire, tout en étant interrogés sur leur degré de certitude quant à la réponse fournie.

Des questions portant sur des sujets populaires débattus pendant l’épidémie. Résumé de l’étude: "Les participants les moins performants étaient plus susceptibles d’utiliser les médias de masse et les réseaux sociaux comme sources d’information et avaient des niveaux d’éducation inférieurs. L’autoévaluation moyenne était de 6,88 (sur 10) et n’était pas liée au niveau réel de connaissance. Ce constat devrait inciter les agences de régulation et les médias à appliquer des règles limitant la diffusion des infodémies lors des crises sanitaires mondiales."

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