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Arnault, journaliste et confiné à 938 km de Monaco: il raconte

Mis à jour le 05/04/2020 à 07:55 Publié le 05/04/2020 à 07:30
Bref, on arrive à travailler. Cela dit, vivement le retour à Monaco, la vie avec les collègues, les reportages sur le terrain, les prises de bec en face-à-face avec certains interlocuteurs et les belles histoires recueillies auprès des gens. C’est la vie.

Bref, on arrive à travailler. Cela dit, vivement le retour à Monaco, la vie avec les collègues, les reportages sur le terrain, les prises de bec en face-à-face avec certains interlocuteurs et les belles histoires recueillies auprès des gens. C’est la vie. Photo Arnault Cohen

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Arnault, journaliste et confiné à 938 km de Monaco: il raconte

Le devoir d’informer? La quête de vérité? La soif de scoops? Le besoin d’enquêter? La nécessité d’assouvir ma curiosité ? Si je ne devais retenir qu’une seule raison pour laquelle j’ai embrassé ce métier, ce ne serait aucune de toutes celles qui précèdent, même si chacune d’entre elles y a contribué.

Non, je suis devenu journaliste avant tout par le goût des autres, la curiosité de la rencontre, l’envie de raconter les gens, de la plus modeste à la plus incroyable des histoires de leur vie.

Alors, quand cette saleté de coronavirus s’est répandue jusqu’à mon terrain de jeu, qui s’étend de Monaco à Menton et jusqu’à la frontière italienne, ce sont les fondations de mon métier qui ont manqué de s’effondrer. Comment raconter des histoires sans aller à la rencontre de ceux qui les vivent? Le virus du confinement allait-il contaminer ma façon de bosser?

Je l’ai cru, au début. Sincèrement. Et puis, jour après jour, reportage à distance après reportage à distance, j’ai appris à travailler différemment, à conserver le goût de mon métier tout en respectant les mesures de confinement. C’est ce que je vais vous raconter ici en relevant les dates clés de mon apprentissage du job de journaliste confiné.

MARDI 17 MARS: ON S’ORGANISE

Jour 1. Tout est nouveau. Le bureau à la maison, les outils de travail, la solitude au bout du téléphone et de la connexion internet. Première préoccupation, recréer du lien avec chacun de mes collègues confinés chez eux. Je crée deux messageries instantanées, l’une avec les journalistes de Monaco, l’autre avec celles de Menton – oui, ce sont toutes des filles. Rendez-vous est pris : chaque matin, on se parlera en visioconférence.

L’image et le son. Une discussion de groupe, comme une véritable conférence de rédaction. C’est indispensable. Surtout quand on est plongé dans une crise sanitaire sans précédent, et que les journalistes que nous sommes vont devoir traiter des informations inédites et d’une façon qui l’est encore davantage. Pour cela, nous devons échanger tous ensemble, plus que jamais, pour partager les informations, choisir les sujets, les hiérarchiser, débattre des angles de traitement. Et éviter au maximum d’exposer photographes et rédacteurs au coronavirus. Préserver les équipes, c’est la base de tout. Si la rédaction est contaminée, il n’y aura plus de journal.

Ce jour-là, je rédigerai deux papiers de chez moi, sur deux sujets qui ne justifient pas un déplacement sur le terrain. Je vais raconter comment trois journalistes de Monaco ont été exposés à ce satané virus, en ayant approché Serge Telle, le Ministre d’État de Monaco – l’équivalent du Premier ministre en France – lors de trois conférences de presse successives. Le chef du gouvernement princier venait d’être diagnostiqué positif au coronavirus. Trois d’entre nous, des "cas contacts", ont ainsi été confinés avant tout le monde.

L’autre article? Le compte rendu de l’allocution télévisée du prince Albert II, ce mardi soir-là, au cours de laquelle il annoncera le confinement de la Principauté à compter de minuit.

>>RELIRE.Face à "l'une des pires crises sanitaires", le prince Albert II annonce le renforcement des mesures de confinement en Principauté

MERCREDI 18 MARS: L’EXIL À 938 KM DE MONACO

La France et la Principauté sont confinées depuis la veille. Dans la mesure du possible, nous allons tous devoir travailler à domicile. Contre toute attente et au mépris des règles de prudence, je me prépare à traverser la France en voiture pour rejoindre ma fille. Comprenez-moi : elle a cinq ans et demi, vit dans la Marne avec sa maman et présente quelques-uns des symptômes caractéristiques du coronavirus. Son professeur de danse, malade du Covid-19, a été hospitalisé quelques jours plus tôt. Certes, on nous dit alors que les jeunes enfants passent au travers du Covid-19. Mais on ne sait jamais…

Ni une ni deux, je décide donc, avec l’accord de ma rédaction en chef – encore merci Denis –, de m’exiler à 938 km de Monaco – merci Waze pour la précision kilométrique. Confiné pour confiné, autant que ce soit auprès de ma fille. Mon téléphone portable et mes deux ordinateurs fonctionneront aussi bien à Saint-Laurent-du-Var, mon domicile, qu’à Châlons-en-Champagne, ma résidence secondaire. Mon nouveau bureau.

JEUDI 19 MARS: PUSH À DISTANCE

Les organisations se mettent peu à peu en place. Ce jour-là, je m’occupe tout particulièrement de gérer le site web de Monaco-Matin (www.monacomatin.mc). À 938 kilomètres de la Principauté, je publie des articles et des photos de confrères, je gère la "home page" du site.

Et puis soudain, la grosse info tombe: le prince Albert II est positif est coronavirus. Branle-bas de combat à distance, chacun chez soi. Il faut vérifier l’info, attendre la confirmation officielle avant de la publier sur le site du journal, négocier une interview du souverain, qui sera réalisée ce même jour par un collègue. Je vais me charger d’envoyer un "push", cette fameuse notification que des milliers d’abonnés recevront sur leur téléphone portable.

Je dois avouer que la situation est incongrue. J’appuie sur le bouton du "push" à 938 kilomètres du lieu où se déroule l’événement. Drôle d’impression que celle de se sentir ici et ailleurs dans la même seconde…

JEUDI 26 MARS: DES MASQUES EN QUELQUES CLICS

Comment réaliser un reportage sans bouger de chez soi ? C’est la grande question que je me suis posée au premier jour du confinement. Deux éléments de réponse avec deux cas précis. Le premier se profile ce jeudi 26 mars. Ce matin-là, j’apprends que la société MC-Clic, depuis quelques jours, fabrique des masques de protection en plastique. Étonnant, pour un fabricant de drones…

J’appelle le gérant de la société monégasque, Erwan Grimaud, le M. Drones de la Principauté. Très vite, on raccroche et on se rappelle en FaceTime, afin que je puisse voir ses imprimantes 3D qui lui permettent de fabriquer ses deux prototypes de masques. Il me montre ainsi les machines, les différentes pièces.

À cet instant, un artisan taxi de Monaco arrive dans les locaux de MC-Clic. Le chauffeur a entendu parler de ces masques. Il aimerait en acheter un. Erwan Grimaud lui indique que c’est gratuit. J’assiste à la conversation. Je demande alors à parler à l’artisan. Petite interview et voilà, le tour est joué, un reportage… comme si j’y étais.

>>RELIRE.À Monaco, un fabricant de drones s'est mis à produire des masques

Le bureau à la maison, les outils de travail, la solitude au bout du téléphone et de la connexion internet.
Le bureau à la maison, les outils de travail, la solitude au bout du téléphone et de la connexion internet. Photo Arnault Cohen

VENDREDI 27 MARS: LE COUP DE GUEULE D’UN MALADE

Deuxième exemple de reportage à distance, comme si j’y étais. Ce jour-là, je suis chargé de présenter le Centre de suivi à domicile des patients atteints de Covid-19 ou en présentant les symptômes, sans pour autant avoir été testés. J’ai envie de faire comme si j’y étais. J’ai donc tout calé la veille. J’ai un rendez-vous en visioconférence à 11 h avec la directrice du Département des Affaires sanitaires et sociales, qui gère ce CSD.

Nous avons convenu de se parler en vidéo, avec un médecin et un patient qui serait donc chez lui, au bout du fil, en téléconsultation. La technique, malheureusement, ne suit pas. Je n’entends pas suffisamment bien le patient. Je l’appelle donc en direct pour qu’il me raconte sa maladie et l’intérêt à ses yeux de la téléconsultation quotidienne par un médecin. Première surprise : par le plus grand des hasards, je le connais très bien. C’est le mari d’une amie. Au fil de la discussion, Patrick (prénom d’emprunt) pousse un coup de gueule, trouvant scandaleux de ne pas pouvoir être testé et de vivre, donc, dans le doute d’être porteur du coronavirus. Sa femme et sa fille vivent évidemment avec la même crainte…

Ce reportage sera complété par la présentation du dispositif et la réaction d’un médecin bénévole qui abandonne son cabinet de gynécologie quelques jours par semaine pour venir prêter main-forte au Centre de suivi à domicile. Un reportage réalisé à peu près comme si j’avais été sur place.

>>RELIRE.Pour ce Monégasque qui présente des symptômes du coronavius, ne pas pouvoir se faire dépister est "révoltant"

SAMEDI 28 MARS: ALLÔ RIO? ICI CHÂLONS!

L’idée surgit lors de la "visio" du matin. Essayons de retrouver des Monégasques exilés dans une série de pays pour qu’ils nous racontent la façon dont ils vivent la crise sanitaire mondiale. Je choisis, entre autres, le Brésil. Les prises de position du président Jair Bolsonaro sont tellement hallucinantes que j’ai envie de savoir comment les gens vivent cela sur place. Comment faire ? Sur Facebook, je déniche un groupe fermé des "Français de São Paulo".

Après y avoir été accepté, j’écris à cette communauté que je recherche un ou une Monégasque vivant au Brésil. Le lendemain, je reçois un message de Julie, une Française qui vit à Monaco depuis toujours – une "Enfant du pays", comme on dit en Principauté. On convient d’un rendez-vous téléphonique le lundi 30 mars. Julie me raconte qu’elle est obligée de quitter Rio de Janeiro en urgence pour rejoindre le soir même sa famille à Monaco.

Une belle histoire que l’on n’aurait jamais connue sans internet et Facebook. L’autre bonne surprise est dans la qualité de la photo que Julie m’enverra. Comme elle ne voulait pas témoigner à visage découvert, je lui suggère de m’envoyer une photo d’elle de dos. Le résultat est parfait: je reçois une photo de la jeune femme confinée sur son balcon, de dos, regardant le Corcovado. Difficile de faire mieux.

>>RELIRE.Julie a quitté Rio en urgence: "Mes parents préfèrent me savoir à Monaco"

LA MORALE DE LA FABLE DU JOURNALISTE CONFINÉ

Première leçon: on s’adapte à tout. Tous, chacun dans nos métiers, nous apprenons à télétravailler ou à travailler dans des conditions de sécurité maximales. Nous, journalistes, avons adapté nos méthodes, nos organisations, nos modes de diffusion sur les différents canaux, print et web (sur le journal papier et sur nos sites internet).

Deuxième leçon : paradoxalement, on noue de nouvelles relations à distance avec nos collègues et nos interlocuteurs. Un exemple parmi cent ; en quatre ans, je n’ai jamais eu l’occasion de discuter longuement avec Serge Telle, le chef du gouvernement princier. Il aura fallu une crise sanitaire mondiale pour améliorer la qualité de nos échanges. On fait aussi de belles rencontres et des interviews intéressantes par téléphone, Whatsapp, FaceTime, Messenger ou encore Skype.

Troisième leçon: la technologie sauve le métier de journaliste à l’heure du confinement et du couvre-feu. On participe à des téléconférences de presse, à des audio-conférences de presse, on fait des reportages en FaceTime, des interviews par Skype. Et le tout, dans mon cas, à 938 kilomètres de mon territoire. Internet n’est plus seulement un outil de travail, cela devient un moyen de rapprocher les gens à un point que je ne soupçonnais pas. On parvient à se créer des moments de discussion parfois plus intimes que dans la vie normale.

Bref, on arrive à travailler. Cela dit, vivement le retour à Monaco, la vie avec les collègues, les reportages sur le terrain, les prises de bec en face-à-face avec certains interlocuteurs et les belles histoires recueillies auprès des gens. C’est la vie. L’essence du métier de journaliste.

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