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Anxiété et dépression de l’enfant... Pour des chercheurs de la Côte d'Azur, des "indices" existent dès la naissance

Des chercheurs azuréens associent la présence de certaines molécules de l’immunité à la naissance au développement dans l’enfance de symptômes anxieux ou dépressifs.

Nancy Cattan Publié le 13/06/2021 à 08:15, mis à jour le 13/06/2021 à 09:21
(Photo encadré xxxxx)

Les troubles anxio-dépressifs n’épargnent malheureusement pas les jeunes enfants. Manifestes chez certains dès le plus jeune âge, ces difficultés de régulation émotionnelle peuvent-elles être prédites dès la naissance? En collaboration avec d’autres scientifiques de l’Institut de pharmacologie moléculaire et cellulaire (IPMC) à Valbonne, Laetitia Davidovic, chercheure à l’IPMC, a "montré qu’il existe une association entre la présence dans le sang de cordon ombilical (et donc à la naissance) de certaines molécules sécrétées par les cellules du système immunitaire (cytokines) et la survenue de symptômes d’anxiété ou de dépression chez le jeune enfant". Ces recherches ont été conduites en collaboration avec Susana Barbosa et Olfa Khalfallah, dans l’équipe de Nicolas Glaichenhaus.

C’est la conclusion d’une étude qui a porté sur 871 enfants participant à la cohorte de naissance Eden (lire ci-contre). "La santé mentale de ces enfants, et notamment les troubles anxio-dépressifs, sont suivis dans le cadre de cette étude. Une liste de questions est ainsi soumise à intervalles réguliers (3, 5 et 8 ans après la naissance) aux mamans, du type: “Votre enfant se plaint-il souvent de maux de tête ou de ventre ou de nausées? S’inquiète-t-il souvent? Paraît-il soucieux (se), souvent malheureux (se), abattu(e)? Pleure-t-il fréquemment? Dort-il correctement?" »

Des troubles chez 15% des enfants

Un questionnaire qui ne permet pas d’établir un diagnostic, mais qui aide identifier les enfants ayant une propension à l’anxiété ou à la dépression. "En collaboration avec Cédric Galéra, pédopsychiatre à Bordeaux, nous avons pu établir que 15,4% des enfants (135 parmi les 871 suivis) présentaient des symptômes anxio-dépressifs persistants entre 3 et 8 ans."

Aurait-on pu prédire la survenue de ces troubles dès la naissance? Et comment? C’est du côté des cytokines, ces molécules synthétisées par le système immunitaire, que les chercheurs se sont dirigés, en s’appuyant sur des travaux conduits chez l’adulte: "Des liens ont pu être clairement établis entre dérégulation du système immunitaire (et des cytokines) et développement ultérieur de troubles psychiatriques."

 

Autre donnée importante: "Ces cytokines jouent un rôle majeur dans le développement des neurones et des synapses pendant la vie embryonnaire et périnatale."

Laetitia Davidovic et ses collaborateurs regardent alors à la loupe différentes cytokines présentes dans le sang du cordon prélevé à la naissance des 871 enfants de la cohorte Eden.

"Grâce à des outils statistiques sophistiqués, nous avons pu mesurer les liens statistiques entre les niveaux de chaque cytokine à la naissance et la persistance de symptômes anxio-dépressifs pendant l’enfance. Cette modélisation statistique a évidemment pris en compte des facteurs importants pour le développement émotionnel de l’enfant: l’environnement socio-économique, la santé mentale de la mère, la présence de frères et sœurs, etc.. Ces associations ont donc été corrigées pour ces facteurs."

Rôle protecteur de l’interleukine 7

Cette modélisation va leur permettre de découvrir qu’une cytokine en particulier, nommée interleukine 7 (ou IL-7), est, à la naissance, "à des niveaux significativement plus bas chez les enfants qui ont développé plus tard des symptômes d’anxiété ou de dépression." Que sait-on de cette cytokine en particulier?

 

Plusieurs choses: "Elle intervient dans la croissance et la survie de certaines cellules de l’immunité (populations de lymphocytes B et de lymphocytes T). D’autres travaux suggéraient déjà qu’elle est exprimée assez tôt chez l’embryon et qu’elle est impliquée dans le développement du cerveau. Enfin, elle a été montrée capable d’influencer le développement des neurones en culture."

D’où cette hypothèse émise par la scientifique azuréenne: "L’IL-7 pourrait jouer un rôle protecteur, en empêchant la survenue de troubles anxio-dépressifs. Ce qui expliquerait aussi pourquoi des niveaux bas de cette cytokine sont associés à l’émergence de ces troubles."

Il pourrait être tentant, suite aux découvertes de l’équipe sophipolitaine, de "tester" les effets d’un traitement précoce des enfants susceptibles de développer des troubles anxieux par de l’IL-7. Mais, pour Laetitia Davidovic, les résultats sont bien trop préliminaires. "Nous n’avons pas établi la preuve d’un lien de causalité. Celle-ci peut être apportée par des études in vitro, sur des cultures de neurones, ou chez l’animal. Nous aimerions que nos études servent plutôt de tremplin à d’autres travaux permettant de mieux établir la fonction d’IL-7 dans le neurodéveloppement."

Pour la scientifique, l’utilisation du dosage de ces cytokines dans le sang pour "prédire" si un enfant sera anxieux n’est pas envisageable, car cela pose d’importantes questions éthiques. "Par contre, nos études confirment l’hypothèse importante d’un lien très étroit entre le développement du cerveau (et donc le comportement ultérieur d’un individu) et le système immunitaire." Et c’est déjà un pas capital dans la compréhension des troubles psychiques qui recèlent encore tant de secrets.

 

Les travaux ont été publiés dans la revue Biological Psychiatry.

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