Monaco champion de France de rugby à 7 : le récit d'une journée de folie

Aventure familiale et cosmopolite lancée par la charnière Falco-Michalak voilà deux ans, MR7’s a décroché un titre qui lui était promis, ce samedi soir à Paris, le jour de la Fête nationale monégasque.

Thomas Michel Publié le 20/11/2022 à 15:37, mis à jour le 20/11/2022 à 15:37
La charnière Falco-Michalak a atteint son but : générer un événement fondateur à un projet bien plus grand. Photo Supersevens - Pressesports & Antoine Saillant

On vous avait prévenu en début de saison dernière : fallait pas les inviter ! Gourmands de succès et désireux de révéler la Principauté sur la carte de l’ovalie, les joueurs de Monaco Rugby Sevens ont décroché leur premier sacre national, samedi soir à Paris La Défense Arena, un an après avoir buté sur cette même dernière marche.

Un succès irréfutable (24-14) face au principal rival de Monaco cette saison, la Section paloise. Mais la journée fut un voyage non sans embûches, à l’image du parcours du président de MR7’s, Emmanuel Falco.

Une route pavé d'embûches

Samedi, jour de Fête nationale, Emmanuel Falco, avant tout conseiller privé du prince Albert II, était au cœur du cérémonial du 19-Novembre. Autorisé toutefois par le souverain à rejoindre sa "famille MR7" dès la fin de la Prise d’armes et du défilé militaire place du Palais.

Ainsi vers 13 heures, alors que les Monégasques refaisaient le monde drapeau rouge et blanc sous le bras, Emmanuel Falco traversait la place pavée au pas de course avec sa valise à roulettes.

Pendant ce temps-là à la Défense Arena, Monaco ouvrait le tournoi devant un nombreux et joyeux public face à La Rochelle. Et le ton était donné d’emblée !

 

Non, la route vers la finale ne serait pas aussi droite que la trajectoire du président dans les airs.

"Une folie"

Bousculés, malmenés, surpris en première mi-temps, les joueurs de Jérémy Aicardi restent à portée de fusil jusqu’à l’ultime minute et un essai du Lituanien Jonas Mikalcius.

« On est content d’avoir gagné parce qu’il y avait beaucoup d’appréhension avant ce match », révèle alors Ibai Leconte au micro de Canal +. « C’est une folie ce tournoi, un rêve pour moi », ajoute le pigiste monégasque, joueur d’Anglet (N2) le reste de l’année.

Et Monaco ne sera pas le seul cador à souffrir. D’autres vont même tomber prématurément.

"Mort subite"

À son atterrissage à Paris, vers 15 heures, Emmanuel Falco ne sait pas que les Barbarians (Baabaas), bourreaux de Monaco et champions de France en titre, ont rendu les armes dès les quarts de finale face au Stade Français. Quand le président monte dans son taxi, il n’imagine pas non plus que l’autre grand favori, Pau, vient de sauver sa peau dans les arrêts de jeu face au voisin bayonnais (14-12).

 

Il ne sait pas non plus que, comme le président du RC Toulon Mourad Boudjellal en son temps (*), quand le chauffeur coupera le moteur ce sera pour le déposer au pied de la coupe.

La course réglée, l’une des plus belles - et haletantes - courses-poursuites de la journée l’attend. Monaco- Stade Français, une demi-finale qui sent la poudre. Un feu d’artifice d’émotions. Alors que le speaker rappelle à la foule en délire qu’un essai surgit toutes les 90 secondes en moyenne dans ce championnat de France de rugby à 7, MR7’s compte sept points de retard à deux minutes du gong. Le Belge Ryan Godsmark met les gaz et sert l’Argentin Fernando Luna (14-14). Irrespirable.

"On s'est fait peur"

Direction les prolongations et la « mort subite », c’est-à-dire que la première équipe qui marque l’emporte. Le tirage au sort offre le coup d’envoi à Monaco, et donc la première possession au Stade Français. « Les liens qu’on a créés, c’est maintenant qu’on les voit », a hurlé à ses coéquipiers le capitaine Johan Demai-Hamecher quelques secondes plus tôt. Message entendu, la bande de Cecil Afrika déploie un rideau de fer en défense. Le Britannique Tom Mitchell, l’un des derniers arrivés avec l’estampille de « surprise du président », récupère le ballon. Le Belge Gaspard Lalli prend le relais pour trouver Lancelot Luteau en bout de ligne, qui file à dame (19-14). La profondeur de banc de MR7’s a fait la différence, sa puissance aussi, à l’image du buffle kenyan Alvin Otieno renversant littéralement un défenseur adverse.

« On s’est fait peur et on a sorti des défenses impossibles mais je retiens l’état d’esprit qu’on a créé en une semaine », commente le capitaine monégasque, Johan Demai-Hamecher, au micro de Canal +. «On a gagné deux fois la guerre mentale, j’espère que ça va nous porter chance. »

Entre rires et larmes

20 h 03. Coup d’envoi de la finale face à Pau, vainqueur du premier tournoi qualificatif d’été contre Monaco avant que MR7’s n’empoche les deux suivants. Bref, les favoris sont au rendez-vous non sans avoir souffert.

Moins d’une minute de jeu a suffi à Pau pour aller sous les poteaux. L’essai est refusé, Monaco réveillé. Sur un turn-over, Lalli capte une croisée et distille une offrande à Mitchell (7-0). Pau voit jaune mais, bien que réduit à 6, résiste en stoppant notamment Otieno au pied du piquet délimitant la zone décisive. Mais Monaco déroule son jeu et vire en tête à la mi-temps (12-0) grâce à un deuxième essai de Mikalcius. Temps mort.

Le manager Fred Michalak encourage ses hommes ; le capitaine Demai-Hamecher incite à « garder la tête froide » ; Godsmark l’assure : « On marque et c’est fini ». Sauf que Pau recolle direct (12-7). Mais Leconte ne laisse pas le temps du doute à Monaco (17-7). On marque, et on gagne ? Pas si simple…

 

À deux minutes du terme, Pau bonifie une mêlée dans les 22 (17-14). Les secondes défilent et Monaco multiplie les passes latérales sous pression dans ses 22. La moindre perte de balle et le rêve s’écroule. Jusqu’à une énième histoire belge. Gaspard Lalli prend l’aile et évite une cuillère de la dernière chance (24-14).

Sur le banc, Falco saisit Michalak par les épaules. « On l’a fait ! » Non loin, le Palois Rayne Barka pleure à chaudes larmes.

Onze nationalités

« C’est la récompense d’un travail de plus de deux ans pour construire un projet avec des joueurs de différents horizons, différentes cultures, des liens forts sur et surtout en dehors du terrain. C’est ce qui a fait la différence », confie Johan Demai-Hamecher avant de brandir la coupe.

La suite ? Une longue communion en famille entre joueurs de onze nationalités unis par un cri de guerre : « Daghe Munegu ». Quant au président Falco, l’histoire ne dit pas s’il a atterri de cette journée conclue… dans les airs. Projeté en triomphe par ses gaillards, ses gamins.

« Je suis content parce qu’on avait dit que si on gagnait on se retrouvait tous à Monaco après », révèle Jérémy Aicardi. Maintenant, que la coupe rentre à la maison !

La charnière Falco-Michalak a atteint son but : générer un événement fondateur à un projet bien plus grand. Photo Supersevens - Pressesports & Antoine Saillant.
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