Mgr Jean-Marc Aveline, cardinal de Marseille, "une des dernières villes cosmopolites de Méditerranée"

"C'est vertigineux!": choisi par le pape François pour devenir l'un des 20 nouveaux cardinaux, Mgr Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, va représenter une des dernières villes cosmopolites de la Méditerranée". Là où il avait "échoué", à l'âge de huit ans.

AFP Publié le 25/08/2022 à 22:00, mis à jour le 25/08/2022 à 17:51
L'archevêque de Marseille, Mgr Jean-Marc Aveline, lors des cérémonies du 15 août 2022 à Lourdes (sud-ouest de la France). AFP/Archives / Valentine CHAPUIS

Descendant d'une lignée de pieds-noirs andalous arrivés en Algérie à la fin du XIXe siècle, le gamin de Colomb-Bechar, oasis en bordure du Sahara, débarque d'abord à Paris, contraint au départ avec sa famille, le 7 novembre 1962, après l'indépendance de son pays natal.

Bringuebalée pendant quelques semaines d'un hôtel à l'autre, la famille trouve refuge dans des baraquements de Vaires-sur-Marne, puis dans un appartement à Colombes, en région parisienne. La mort prématurée de la dernière née et la méningite qui frappe le petit Jean-Marc poussent alors le père, employé SNCF, a demander sa mutation vers de l'air plus pur.

Ce sera Marseille, en 1966, là où toute la vie ou presque du futur cardinal de 63 ans s'écrira. "Marseille, cette ville où beaucoup échouent sans l'avoir choisie", explique-t-il, lui le migrant parmi d'autres, né le 26 décembre 1958 à Sidi Bel Abbès (nord-ouest de l'Algérie).

Installé avec sa famille à la cité SNCF de Saint-Barthélémy, dans les quartiers nord populaires de la ville, l'enfant d'Algérie découvre peu à peu "la simplicité et la profondeur de l'âme marseillaise". "Ici, il y a beaucoup de pudeur, et beaucoup d'extravagance déployée pour cacher cette pudeur", témoignait-il jeudi, dans un entretien avec l'AFP.

Brillant élève, au collège puis au lycée Victor-Hugo, le futur homme d'Eglise entre en "prépa" au prestigieux lycée Thiers. Mais, à l'aube de sa troisième année, la "petite musique" qui lui trotte dans la tête depuis des années se rappelle à lui. Il sera prêtre et non pas professeur ou chauffeur de bus, comme il s'imaginait enfant. Au lieu de préparer Polytechnique ou Centrale, ce sera le séminaire, à Avignon.

 

Ordonné à Marseille en 1984, le jeune homme est rapidement chargé d'enseigner la théologie dogmatique au séminaire de la deuxième ville de France. "Moins fun que d'être aumônier auprès des jeunes dans les quartiers Nord!", sourit-il.

Fondateur de l'Institut de science et théologie des religions de Marseille en 1992, qu'il dirigera jusqu'en 2002, Mgr Aveline, ordonné évêque auxiliaire de Marseille par le pape François en 2013, a très tôt cherché à favoriser un dialogue interreligieux apaisé.

"Marseille, l'Orient et l'Occident"

L'archevêque de Marseille Jean-Marc Aveline -qui doit être fait cardinal par le pape François-, lors des cérémonies du 15 août 2022 à Lourdes (sud-ouest de la France). AFP/Archives / Valentine CHAPUIS.

En 1992 encore, il est également associé à la création de Marseille Espérance, cette instance qui réunit autour du maire de Marseille les responsables locaux catholiques, arméniens, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et bouddhistes.

De 2008 à 2013, il rejoint le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au sein de la curie romaine. Puis, en 2017, il est nommé président du conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux au sein de la Conférence des évêques de France.

 

Défenseur d'une "Méditerranée heureuse", l'archevêque de Marseille, un poste qu'il occupe depuis 2019, œuvre sans relâche pour dresser "une grande tente de paix" réunissant les peuples du pourtour de la Grande Bleue, rappelant qu'à une époque, comme pour ses ancêtres partis d'Andalousie, "les flux migratoires allaient plutôt du Nord vers le Sud".

Et la parole de Marseille pourrait compter, espère-t-il. Car "Marseille ce n'est pas seulement l'islam, c'est aussi la deuxième communauté juive de France, dont beaucoup de juifs venus du Maghreb. Cette proportion chrétiens-musulmans-juifs, ça donne un mélange assez original sur lequel chacun veille comme le lait sur le feu".

"Marseille, c'est une des dernières villes cosmopolites de la Méditerranée, insiste l'archevêque. Le Caire le fut, Alexandrie le fut, Istanbul le fut, Beyrouth l'est encore un peu. Marseille c'est l'Europe et la Méditerranée, c'est une porte de l'Orient et une porte de l'Occident, c'est tout ça. Cette ville a un rôle à jouer".

Derrière un sourire en permanence accroché aux lèvres, l'homme sait dire sa vérité. Comme quand il dénonce les trafiquants de drogue et ces "mafias meurtrières et sans scrupule (qui) transforment la jeunesse des quartiers pauvres en chair à canon", en 2021.

La même année, lors de la messe en l'honneur de Bernard Tapie, ex-président de l'Olympique de Marseille, il est le seul à nuancer le portrait louangeur du défunt par les élus locaux de tous bords. "Il n'était pas un saint, loin de là", insiste-t-il, sous le regard médusé de l'assemblée, rappelant que l'ancien homme d'affaires avait "tutoyé aussi bien les salons du pouvoir que les cellules de prison".

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