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Racisme: le monde du sport salue le "tournant" PSG-Basaksehir

Mis à jour le 09/12/2020 à 11:54 Publié le 09/12/2020 à 11:54
L'entraîneur de l'Istanbul Basaksehir, Okan Buruk (g), discute avec le 4e arbitre roumain Sebastian Coltescu (d) après l'interruption du match de groupes de la Ligue des champions contre le Paris-SG, au Parc des Princes, le 8 décembre 2020

L'entraîneur de l'Istanbul Basaksehir, Okan Buruk (g), discute avec le 4e arbitre roumain Sebastian Coltescu (d) après l'interruption du match de groupes de la Ligue des champions contre le Paris-SG, au Parc des Princes, le 8 décembre 2020 AFP / FRANCK FIFE

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Racisme: le monde du sport salue le "tournant" PSG-Basaksehir

"Le ras-le-bol", "un tournant"... l'interruption "frappante" mardi du match de Ligue des champions entre le Paris SG et le Basaksehir Istanbul après des propos d'un arbitre, reçoit un soutien unanime du monde sportif, qui espère que cette réaction fera date pour évincer le racisme des stades.

Ce match de la 6e journée du groupe H de l'épreuve européenne doit redémarrer mercredi en début de soirée (18H55/17H55 GMT), là où il s'était arrêté la veille, à la 14e minute. Mais ce sera sans le corps arbitral roumain qui officiait mardi lors de cette rencontre qui a désormais valeur de symbole.

Quand l'arbitre délégué Sebastian Coltescu a été entendu désignant l'entraîneur adjoint Pierre Achille Webo comme "le noir" en roumain ("negru"), il a déclenché la colère des joueurs et de l'encadrement du club turc puis du PSG qui de concert ont quitté la pelouse après quelques minutes de discussions tendues.

Cette décision est jamais vue au plus haut niveau dans un monde du football souvent taxé de laxisme et d'indifférence sur ce sujet.

"Un geste d'une dimension inédite et d'une incroyable portée", salue mercredi le quotidien sportif français L'Equipe, en titrant sur "Le ras-le-bol". "Les joueurs ont dit stop!", décrit Le Parisien.

"Nous avons donné une leçon à l'arbitre raciste", commente le quotidien turc Hurriyet. Le président turc avait "fermement" condamné l'incident dès mardi soir.

En Espagne, PSG-Basaksehir a éclipsé les retrouvailles entre les superstars Lionel Messi et Cristiano Ronaldo à la Une du quotidien As: "Stop au racisme", titre le journal.

Pour la Gazzetta dello Sport, "il s'est passé quelque de chose d'inédit et surtout de très grave"; un événement "rare" et "particulièrement frappant" qui "pourrait être un tournant dans la lutte contre les discrimination dans le football", selon le Guardian.

Demba Ba, image forte

L'attaquant français de l'Istanbul Basaksehir, Demba Ba (g), s'adresse à l'arbire après l'interruption du match de groupes de la Ligue des champions contre le Paris-SG, au Parc des Princes, le 8 décembre 2020
L'attaquant français de l'Istanbul Basaksehir, Demba Ba (g), s'adresse à l'arbire après l'interruption du match de groupes de la Ligue des champions contre le Paris-SG, au Parc des Princes, le 8 décembre 2020 AFP / FRANCK FIFE

Un avis partagé par l'ancien international anglais Rio Ferdinand, dont le frère Anton avait été l'objet d'insultes racistes en 2011: "Les instances de ce sport doivent prendre position avec force". "(Voir) les joueurs qui quittent le terrain ensemble est un pas dans la bonne direction. Mais on ne peut pas laisser aux joueurs la responsabilité de faire ça."

Dans la nuit, Kylian Mbappé, Neymar et d'autres figures du PSG ont exprimé sur les réseaux sociaux leur engagement contre le racisme.

"Une symbolique forte", a déclaré en France la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu, tandis que son homologue roumain Ionut Stroea présentait ses "excuses au nom du sport roumain".

Il a suffi de quelques secondes, dans la nuit froide d'un Parc des princes à huis clos, pour que la polémique s'embrase.

Après avoir entendu comment l'arbitre assistant le désignait, Pierre Achille Webo laisse libre cours à son indignation: "He said negro! He said negro!".

Les explications de Sebastian Coltescu (""negru" veut dire noir" en roumain, dans des propos captés par le diffuseur RMC Sport) ne lèvent pas l'incompréhension des membres du staff stambouliote.

Un membre de l'encadrement de Basaksehir lui répond: "Nous sommes en Ligue des champions, pas en Roumanie."

Enquête et nouvel arbitre au sifflet

L'attaquant français de l'Istanbul Basaksehir, Demba Ba (g), discute avec les attaquants du Paris-SG, Kylian Mbappé (d) et Neymar, après l'interruption du match de groupes de la Ligue des champions contre le Paris-SG, au Parc des Princes, le 8 décembre 2020
L'attaquant français de l'Istanbul Basaksehir, Demba Ba (g), discute avec les attaquants du Paris-SG, Kylian Mbappé (d) et Neymar, après l'interruption du match de groupes de la Ligue des champions contre le Paris-SG, au Parc des Princes, le 8 décembre 2020 AFP / FRANCK FIFE

L'international sénégalais Demba Ba adresse alors des mots forts au quatrième arbitre: "Vous ne dites jamais "ce Blanc", vous dites "celui-là", alors quand vous parlez d'un homme noir, pourquoi dites-vous "ce Noir"?", s'emporte en anglais le remplaçant stambouliote.

Kylian Mbappé vient dire qu'il ne reprendra pas le jeu si Sebastian Coltescu reste sur le terrain.

Après dix minutes de discussions tendues, les joueurs rentrent aux vestiaires. Deux heures plus tard, l'UEFA officialise le report.

L'instance a annoncé une "enquête approfondie" sur cet incident. Son règlement disciplinaire prévoit une suspension d'au moins dix matches pour un comportement raciste ou discriminatoire.

L'expérimenté Néerlandais Danny Makkiele sera au sifflet pour les 76 minutes restantes d'un match (0-0) dont l'intérêt sportif est passé au second plan.

Le PSG est qualifié pour les 8es de finale grâce au succès, mardi soir, du RB Leipzig contre Manchester United (3-2). Le seul enjeu reste la première place du groupe.

Ce match restera dans les esprits à la fin d'une année 2020 marquée par l'engagement militant croissant du monde sportif, notamment dans le football, où jusque-là l'UEFA voulait au maximum éloigner la politique des stades.

L'indignation de nombreux sportifs américains contre l'injustice raciale, au sein du mouvement "Black Lives Matter", a fait bouger des choses de l'autre côté de l'océan Atlantique.

Et en France récemment, plusieurs footballeurs, comme Mbappé ou Antoine Griezmann se sont élevés contre les violences policières.

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