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La rencontre est-elle le fruit du hasard ou de l’intuition?

"Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es", c’est le credo de Christine Ganneval, psychanalyste niçoise qui a écrit un roman sur la rencontre. Car on ne choisit jamais sa moitié par hasard.

Axelle truquet atruquet@nicematin.fr Publié le 10/10/2021 à 11:15, mis à jour le 09/10/2021 à 22:17
La rencontre est une alchimie entre deux individus. Mais dans quelle mesure l’influençons-nous? (Photos Unsplash et Stéphane Delavega

Amateurs de contes de fées et d’histoires de coups de foudre, passez votre chemin. Ou plutôt interrogez-vous: la rencontre avec l’être aimé est-elle réellement le fruit d’une intervention divine, le résultat d’un destin tout tracé? Pas tant que ça. En réalité, elle est intimement liée à votre histoire personnelle et à son histoire personnelle. Car si chacun conserve son libre arbitre, il est toujours un peu aiguillé par des besoins bien souvent inconscients. "On ne rencontre jamais quelqu’un par hasard", résume Christine Ganneval. Cette psychanalyste niçoise vient de sortir son dernier ouvrage "Le jour où je t’ai rencontré" aux Éditions Ovadia. Un livre à la croisée du roman et du manuel de psycho. Une manière atypique d’aborder la thématique. Pour cela, elle raconte l’histoire de Noémie, quadra fraîchement divorcée qui se relance sur le marché du célibat avec ses surprises et ses déconvenues.

Pourquoi avez-vous choisi ce mode de traitement, le roman, pour parler de la rencontre?

J’ai voulu sortir du style "ouvrage de développement personnel" ou de méthodologie psy – il y en a déjà beaucoup – pour aborder la question de la rencontre d’une façon totalement différente en racontant l’histoire de cette femme, Noémie, qui pourrait être nous tous et nous toutes et par laquelle je peux me permettre d’aborder des notions telles que le ghosting (ne plus donner de nouvelles), le benching (garder l’autre "sous le coude"), le processus de deuil, la répétition, les projections, les personnalités narcissiques….

 

Sur quelles bases vous êtes-vous appuyée pour écrire ce livre?

Je me suis beaucoup servie de ce que me rapportent mes patients, ainsi que mes proches, lorsqu’ils se relancent dans une relation amoureuse après une séparation. Je parle donc des rencontres "en vrai" mais aussi de celles sur les applis et les réseaux sociaux. J’ai voulu m’ancrer dans le réel et aborder tout ce qui se passe dans la vie. D’agréable comme de moins agréable. Noémie est un personnage fictif mais ce qui lui est arrivé s’est réellement produit. En tant que psychanalyste, l’amour est l’un des sujets phare abordé avec les patients. Or lorsqu’ils évoquent la séparation et la rencontre, il y a bien souvent des choses qui reviennent.

Qu’est-ce qui peut revenir?

C’est simple: c’est une phrase que j’entends souvent: "je tombe toujours sur le même type de femme ou d’homme". Ces personnes revivent plus ou moins consciemment des répétitions, des sortes de répliques d’histoires déjà vécues. Or ce n’est pas une coïncidence. On n’est pas attiré vers quelqu’un par hasard.

Que signifient donc ces répétitions?

Tous les psys le diront: elles sont là parce que quelque chose chez le patient n’est pas réglé ou parce qu’il y a quelque chose à guérir. Comme s’il y avait un blocage et que tant que le verrou ne saute pas, la personne peut difficilement passer à autre chose. Tout cela relève du domaine de l’inconscient. Bien sûr, elle entendra, mais pour l’intégrer, il faudra du temps pour l’intérioriser et déclencher un déclic.

 

Je le mets clairement en évidence dans le roman afin que le lecteur comprenne bien: Noémie est une femme intelligente, elle a d’ailleurs un peu étudié la psycho au cours de son cursus universitaire – je l’ai sciemment précisé dans le livre pour que tout le monde comprenne bien que personne n’est exempt de se retrouver dans la même situation qu’elle – et pourtant, elle se retrouve une fois de plus avec le même type d’homme: une personnalité narcissique.

Effectivement, les hommes qu’elle rencontre ne sont pas disponibles et viennent chez elle réveiller une ancienne blessure, celle de l’abandon. Elle tombe même amoureuse d’un homme marié, qui ne se comporte pas très bien avec elle, la fait languir, reste parfois des semaines sans l’appeler. Pourtant, elle reste attachée, n’arrive pas à mettre un terme à cette pseudo-relation. Cela peut sembler presque exagéré à la lecture pourtant ce genre de situation est extrêmement courante.

Dans le livre figure un autre personnage central: Louise, la copine psy...

Oui, il me semblait important de pouvoir expliquer certains ressorts psychologiques. Une psy qui est aussi son amie pour pouvoir lui parler sans tabous. Régulièrement, elle va décrypter les comportements de Noémie et aborder ainsi les notions psychologiques contemporaines. Le roman a un avantage: il permet au lecteur de se projeter et d’analyser ses propres agissements au regard de ces notions psychologiques. J’évoque par exemple l’apport de Freud ou encore celui de Jung sur la notion de répétition: "Ceux qui n’apprennent rien des faits désagréables de leur vie forcent la conscience cosmique à les reproduire autant de fois que nécessaire pour apprendre ce qu’enseigne le drame de ce qui est arrivé." Ce que tu nies te soumet. Ce que tu acceptes te transforme. D’où le fait qu’à un moment, Louise sait que la relation de son amie ne débouchera sur rien mais l’encourage tout de même à se lancer dans l’aventure, pour grandir et en guérir.

À quel moment justement dépasse-t-on ses blocages?

Cela dépend de chacun. Mais bien souvent, le déclic va se produire lorsque l’autre va franchir un seuil, va toucher à l’une de nos valeurs morales. Cela peut être une trahison, de la violence physique, etc. A ce moment-là, la personne va se dire "les choses sont allées trop loin, ce n’est plus acceptable". Cela peut prendre du temps. C’est pour cela qu’il est important, lorsqu’on est empêtré dans une répétition, de parler. À un professionnel mais aussi à ses proches qui peuvent aider à prendre conscience de ce qu’il se passe. Rien n’est écrit, on peut toujours sortir de ce cercle, encore faut-il être prêt.

"Comment je t’ai rencontré". Éditions Ovadia. 456 pages. 22 euros.

Offre numérique MM+

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