“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre abonnés numérique > J’en profite

Jean-François Clervoy : "Pour les astronautes, le confinement est un accessoire utile et protecteur"

Mis à jour le 06/04/2020 à 09:17 Publié le 06/04/2020 à 09:14
Jean-François Clervoy lors d'une conférence à Monaco.

Jean-François Clervoy lors d'une conférence à Monaco. Photo Jean-François Ottonello

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

Jean-François Clervoy : "Pour les astronautes, le confinement est un accessoire utile et protecteur"

Vétéran de trois vols spatiaux habités entre 1994 et 1999, l'astronaute français rappelle que le confinement est "une solution à un problème", qu'il faut l'accepter, s'organiser et s'informer. Et prévient : "Ceux qui s'arrêtent à l'idée qu'on les empêche de sortir vont souffrir"

La flopée d’écussons sur sa combinaison bleue de l’Agence spatiale européenne témoigne de son expérience. À son actif, trois vols spatiaux habités entre 1994 et 1999, soit 675 heures passées sur les ponts des navettes Atlantis et Discovery, à six ou sept astronautes dans l’équivalent de 10 m2 !


Spationaute, plongeur, parachutiste, pilote d’avion, PDG de Novares (société en charge des vols paraboliques sur l’A300 Zero-G)…. Jean-François Clervoy arbore un CV lunaire mais, aujourd’hui, vit comme nous tous.

Confiné dans son domicile de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) et pas du genre à faire une entorse aux consignes gouvernementales, tant il saisit la finalité de tout confinement. Un besoin primaire depuis la nuit des temps que certains doivent réapprivoiser dans l’urgence, en saisir la portée et la philosophie pour surmonter l’épreuve.


"Il faut comprendre que le confinement est un abri et une solution à un problème. Ensuite, il faut se donner des sous-objectifs personnels, à la journée ou à la semaine, chez soi. Faire un gâteau, ranger, rester ordonné, travailler, se détendre et s’instruire dans des disciplines dans lesquelles on n’est pas bien éduqué…"


Un appel à la raison, à la créativité et à la solidarité, autour d’une notion de confinement d’emblée démystifiée. "La vie dans l’espace ? C’est comme du camping, sauf qu’on ne peut pas sortir de la tente parce qu’il fait mauvais."


Quant à ceux qui trouveraient déjà le temps long, Jean-François Clervoy rappelle que le recordman de France du confinement reste son confrère Romain Charles. Dans le cadre du programme "Mars 500", de 2010 à 2012, celui-ci "est resté 520 jours en continu dans un simulateur de vaisseau spatial partant pour Mars". Et il va bien !


Vous avez été en confinement total et volontaire dans l’espace et, aujourd’hui, comme tout le monde, en confinement partiel et subi sur Terre, y a-t-il une différence ?
Pour moi, non, mais pour les personnes qui n’ont jamais vécu ça, qui sont un peu claustrophobes, qui ont peur du virus, qui stressent, qui n’ont pas une capacité de résilience psychologique à cette nouvelle expérience qui leur est imposée, c’est très dur. Je comprends qu’elles soient perdues. Elles doivent développer une capacité à accepter. L’astronaute, lui, n’a pas l’impression de partir en confinement. Pour nous, le confinement est un accessoire utile et protecteur. On sait que l’espace est hostile donc on espère bien qu’on va être confiné dans un environnement étanche.

 
Vous qui êtes amoureux des grands espaces, comment vivez-vous votre confinement  en région parisienne ?
Je le vis au premier degré, comme dans l’espace. Je suis dans un abri, pas spécialement pour moi-même mais aussi pour ne pas contaminer les autres si je développe le virus. Vous savez, dans l’ordre des priorités, les besoins fondamentaux de l’humanité sont l’eau et un abri, l’énergie ne vient qu’en troisième.
L’abri est une solution à un problème. Ceux qui le comprennent peuvent positiver et ont l’impression de contribuer à résoudre le problème. Ceux qui s’arrêtent à l’idée qu’on les empêche de sortir vont souffrir. Après, il faut s’organiser à bord, chez soi. Quelqu’un qui est bordélique et désordonné, surtout s’il n’est pas seul, ça peut mener au chaos à la fois dans les relations et dans l’hygiène et la durabilité de la situation.

"ceux qui s'arrêtent à l'idée qu'on les empêche de sortir vont souffrir"


Comment s’organiser ?
Il faut que chacun accepte un minimum de règles et fasse des concessions pour trouver un compromis. On n’a pas tous le même caractère ni la même façon de vivre. Les personnes qui aiment bien partir en camping ou en bateau, ou encore les alpinistes, connaissent ce challenge d’être bien organisés, de planifier qui fait quoi et quand.


Se fixer des objectifs, est-ce la meilleure manière de surmonter le confinement ?
Oui. Il faut profiter du fait d’être de façon plus continue chez soi pour bricoler, changer un peu la disposition des meubles, faire des choses que vous reportez depuis longtemps. Les bricoleurs sont avantagés parce qu’ils aiment résoudre des problèmes, comme les astronautes. On est formatés à se focaliser sur la recherche de la solution face à l’imprévu. Nous sommes des gestionnaires de crise par formation.

"l'isolement n'est pas un problème dans ce confinement"


Pour certains s’ajoute le paramètre de l’isolement au confinement…
L’isolement et le confinement sont deux choses bien séparées. L’isolement, c’est lorsqu’on est loin de tout être ou qu’on ne peut pas accéder soi-même à un endroit où on peut avoir de l’aide. Dans l’espace, on est à peu près à une demi-journée de la Terre à tout moment. De la Lune, c’est trois jours. On n’est pas isolés, on sait qu’on peut rentrer et on est en lien avec la Terre.
Sur Terre, à l’exception des personnes handicapées ou paralysées, les gens peuvent sortir pour aller faire leurs courses, se connecter au monde extérieur par internet ou la radio, appeler s’ils ont besoin d’aide. Je pense que l’isolement n’est pas un problème dans ce confinement. Il y en a qui sont seuls mais ça ne veut pas dire qu’ils sont isolés. Et une vraie chaîne de solidarité s’est organisée.


Le respect de l’intimité est-il crucial dans ces moments de cohabitation permanente ?
Dans l’espace, on a très vite compris que c’était très important, qu’à tout moment du confinement chacun doit pouvoir trouver son petit coin à lui. Il y a eu des crises graves interpersonnelles dans les premiers vols russes de longue durée à la fin des années soixante-dix, début des années quatre-vingt. Mais on a beaucoup appris et dans l’ISS [Station spatiale internationale], dont on fête cette année les vingt ans d’habitation continue, on n’a jamais eu de conflit sérieux.

"les astronautes ne sont pas du tout des superman"


Avez-vous déjà été témoin d’effets néfastes du confinement en vol ?
C’est peut-être arrivé de très rares fois sans jamais poser de problème dans l’histoire des vols habités, mais je ne l’ai jamais vécu ou vu parmi les astronautes de ma génération. Je pense que c’est parce qu’il y a plusieurs filtres. Déjà celui de la sélection, qui est très sévère et s’étale sur un an pour évaluer la personnalité du candidat et son aptitude à faire le job. Les astronautes ne sont pas du tout des Superman, il se trouve que nous sommes bien câblés pour ce type de job. Comme il y a des gens qui ne pourraient pas aller dans l’espace mais qui peuvent passer dix heures d’affilée à jouer du piano, à lire ou à écrire.


La notion de temps est importante aussi, certaines personnes ont déjà perdu leurs repères dans la semaine après quelques jours de confinement…
Ça fait partie de l’espace organisationnel. Il faut, par exemple, regarder tous les matins le calendrier pour savoir de quel saint c’est la fête, se développer une petite routine. Qui va faire les courses, la cuisine…

"quand vous êtes informés, vous avez moins peur"


Il n’y a pas de petits objectifs…
Tout objectif, aussi grandiose soit-il, est toujours dérivé en sous-objectifs avec plusieurs échelles de hiérarchisation. L’objectif qu’on a à long terme, c’est de retrouver une vie normale dans notre société. L’objectif premier, c’est de vaincre cette pandémie. L’objectif actuel, c’est de réussir à convaincre chaque concitoyen de jouer le jeu du confinement ou de respecter strictement les gestes barrières pour ceux qui doivent aller au travail. Et ça descend jusqu’à se mettre d’accord le matin sur l’ordre d’occupation de la salle de bains ou celui qui aura la télécommande de la télévision selon les moments de la journée.


Comment s’assurer que personne ne part à la dérive ?
Il faut s’informer. S’informer auprès de ses proches pour savoir comment ils vont, s’informer sur comment évolue la situation. Il ne faut pas attendre que quelqu’un vienne frapper à la porte. Quand vous êtes informés, vous avez moins peur. Pourquoi l’astronaute explore les astres ? Parce qu’inconsciemment il essaye de répondre à la question de savoir pourquoi on est là, et d’avoir moins peur. À l’échelle globale, l’humanité est confinée à la Terre. Nous vivons, nous humanité, un confinement. Il a toujours existé, à différentes échelles dans notre histoire, et il a toujours été une solution à un problème.


Le confinement est donc dans la nature de l’homme…
Les hommes préhistoriques ont toujours cherché un abri, une grotte où se protéger des menaces extérieures naturelles ou artificielles. Chacun a vécu un confinement dans son existence s’il réfléchit bien, que ce soit en partant au camping ou même à l’école. J’étais au Liban de 1971 à 1974. Pendant la guerre du Kippour et les événements de 1973, il y avait une sirène qui commandait aux profs d’emmener tous les élèves dans les souterrains du lycée en cas d’arrivée de bombes.

Offre numérique MM+

...


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.