Anxiété, déprime, troubles alimentaires, conduites suicidaires... Quels signaux doivent alerter les parents et comment agir?

La crise d’adolescence n’est pas de tout repos. Parfois elle peut même donner lieu à des comportements extrêmes qui puisent leurs racines dans l’anxiété. Pas toujours facile, alors, pour les parents de faire le distinguo entre une zone de turbulences "normale" et un mal être plus sévère. Quand celui-ci est tel qu’il conduit à des troubles graves, comment détecter au plus vite les premiers signaux? Comment mieux comprendre et accompagner les jeunes qui traversent cette période charnière de leur existence? Médecins, psychiatres et éducateurs spécialisés expliquent comment agir.

Flora Zanichelli et Aurélie Selvi Publié le 27/10/2022 à 20:00, mis à jour le 27/10/2022 à 18:04
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Crise, anorexie, dépression, suicide... Comment repérer les troubles de l'ado Image d'illustration Istock

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Des clés pour comprendre comment l’adolescence déboussole
Comment repérer un trouble alimentaire
Comment repérer une conduite suicidaire
Comment repérer une addiction
Comment repérer des signaux dépressifs

 

Des clés pour comprendre comment l'adolescence déboussole

C’est l’histoire de la porte qui claque. Celle de l’ado. Et vous, vous êtes l'adulte derrière la porte. Pour Michèle Battista, pédopsychiatre et médecin responsable du Centre d’évaluation pédiatrique du psychotraumatisme au sein de l’hôpital Lenval, à Nice, trois scénarios sont possibles.

"Soit vous vous dites: 'qu’il arrête de m'embêter, je vais faire ma cuisine tranquille et j’attends qu'il se calme' et il se sentira alors abandonné." Car claquer la porte, c’est envoyer un signal de mal être.
"Soit vous ouvrez la porte tout de suite en criant: 'Eh, tu ne claques pas la porte!”. Et vous l'empêchez de se rendre compte que vous êtes un adulte protecteur."
"Soit vous avez entendu la porte claquer, mais vous n’êtes pas retourné dans la cuisine. Un peu sidéré, vous attendez et allez toquer à la porte. Vous demandez: "Je peux rentrer? On est allé un petit peu loin quand même… On fait la paix.'" C’est cette solution-là qui prévaut.

Car si une chose est sûre:

 

 

"Le propre de l’adolescence est de mettre en acte plutôt qu'en mots. Un ado en colère ne va pas dire 'je suis en colère' mais va justement claquer la porte"

C'est ce qu'explique le Dr Louise-Emilie Dumas, pédopsychiatre au sein du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des hôpitaux pédiatriques CHU-Lenval, à Nice. 

Un dialogue difficile

Comment se positionner en tant que parents? Comment s’ouvrir quand on est jeune et qu’on n’a pas forcément les outils pour le faire? C’est le difficile équilibre à trouver en cette période troublée de l’adolescence.

À l’Escale, le Point d’accueil et d’écoute jeunes du CCAS (Centre Communal d'Action Sociale) de Nice, éducateurs et psychologues connaissent bien cette période difficile sur laquelle il reste difficile de poser des mots.

 

"Quand un jeune pousse la porte de l’Escale, c’est plutôt pour une demande d’aide concrète que ce soit lié au logement, à une aide pour passer le permis de conduire… C’est au fil de la discussion, parfois, que les problèmes affleurent et les confidences arrivent."

Samuel Kitou travaille depuis 5 ans et demi à l’Escale. Cet éducateur spécialisé voit défiler des jeunes de 11 à 25 ans. Certains recherchent une aide ponctuelle, d’autres sont accompagnés depuis plusieurs années maintenant.

"Chaque jeune est unique et vient avec sa propre histoire", tient à souligner Samuel Kitou qui, s’il ne constate pas de hausse du nombre de jeunes en détresse qui franchissent les portes de l’Escale, observe que l’anxiété est de moins en moins un tabou.

Le jeune au cœur d’une ambiguïté

L’adolescence, un équilibre pas toujours facile à observer à une étape de la vie "où l’on est très vulnérable", explique le Dr Faredj Cherikh, psychiatre et chef du service addictologie à l’hôpital L’Archet de Nice.

L’esprit du jeune est habité par une ambiguïté, poursuit le psychiatre. D’un côté, il a une dépendance extrême à son entourage, ses parents. Et de l’autre, il se voit déjà grand et autonome.

Une équation qu’il est fondamental de comprendre pour accompagner au mieux, insiste le Dr Cherikh. Parfois désemparés, les parents ont alors ce travail de "les sécuriser au mieux tout en favorisant ce processus d’autonomie pour qu’il commence à se prendre en charge eux-mêmes."

Une génération tout azimut

Quand l’enfant commence à sortir, une partie de lui échappe à ses parents. Pour mieux affronter ce moment délicat, il ne faut pas hésiter à s’intéresser à ce qu’il fait, suivre les tendances pour maintenir un dialogue… dans le cadre de moments familiaux comme les repas, propices à l’échange.
Comprendre le monde de l’adolescent, observer ses nouvelles sources d’identification, que cela soit des pairs ou des personnalités présentes sur les réseaux sociaux, permet de ne pas perdre le fil.

 

"Face aux réseaux sociaux notamment, qui sont une source de stress importante, interdire le téléphone ou émettre un jugement sur leur consommation alors que nous-mêmes, adultes, sommes concernés par l’addiction aux écrans, est la solution de facilité. Mieux vaut s’intéresser à ce que son ado consulte sur ces réseaux: est-ce des comptes de nourriture, de sports, d’influenceurs aux corps retouchés…? Non pas pour fliquer mais pour comprendre, et ouvrir le dialogue au besoin", conseille le Dr Dumas, pédopsychiatre à Lenval.

Un constat partagé par Samuel Kitou:

C’est une génération qui grandit plus vite, où tout va plus vite, un parent est vite démuni face à ça car il doit évoluer avec son temps, le monde et les besoins de ses enfants.

Absence de maturité émotionnelle

Selon des données de neurosciences, il faut attendre l’âge de 24 ans pour que le cerveau des jeunes soit mûr émotionnellement. "Si les jeunes sont anxieux, c’est qu’ils n’ont pas de maturité cérébrale pour gérer ce débordement émotionnel auquel ils sont confrontés", poursuit le docteur Cherikh.

Pour faire face au stress quotidien, il faut être équipé, estime encore le praticien. Il s’agit d’avoir un capital affectif suffisamment solide pour avoir une sécurité en soi.
"L’anxiété est un trouble mental fréquent qui est la traduction d’une peur sans fondement réel, explique encore le praticien. Elle se distingue du stress qui est une tension qui nous habite du matin au soir."

"Aujourd’hui, il y a la peur de l’avenir, la peur de l’échec, constate Samuel Kitou. Certains font face à des difficultés familiales. Nous constatons beaucoup de manque de confiance, de manque d’estime de soi." Pour l’éducateur spécialisé, pas de doute: "Quand on sent qu’il y a un isolement, qu’à l’école ça ne va vraiment plus, qu’il y a une mise en danger ou trop d’idées noires, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide."

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Repérer un trouble de l'alimentation

Les troubles alimentaires chez l'ado concernent en grande partie des jeunes filles. Image d'illustration Istock.

On les nomme TCA pour troubles des conduites alimentaires. Derrière cette appellation clinique se cachent différents types de comportements liés à l’alimentation qui traduisent tous, à leur manière, un profond mal être. Pédopsychiatre au sein du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des hôpitaux pédiatriques CHU-Lenval, à Nice, le Dr Louise-Emilie Dumas explique:

"L’anxiété et la dépression sont des terreaux propices pour les troubles alimentaires chez les adolescents. Ce qu’on constate chez ces patients (en majorité des jeunes filles), c’est le sentiment que quelque chose leur échappe dans leur quotidien (émotions, relations, environnement familial ou scolaire…)."

Quand le rapport à la nourriture dérape, cela peut prendre la forme d’une anorexie mentale restrictive, "une préoccupation alimentaire si forte que l’ado a peur de prendre du poids et souhaite en perdre. En filigrane, il y a un besoin absolu de maîtrise de leur alimentation ou de leur image corporelle et un fonctionnement psychique obsessionnel qui favorise et entretient les troubles. Ce trouble concerne plutôt des profils de jeunes en recherche de perfection, souvent très bons élèves et disciplinés", détaille la praticienne.

L’ado en prise avec l’anorexie-boulimie alterne, quant à lui, entre une volonté de maîtrise et une perte de contrôle de son alimentation. "Quand il craque, il va manger impulsivement de façon importante, rapide et désordonnée (sucré/salé), parfois jusqu'à vomir. C’est une forme assez grave de trouble car il génère un mal être, un dégoût ou un sentiment de honte tel qu’il peut conduire à une crise suicidaire avec risque de passage à l’acte impulsif", ajoute la spécialiste.

L’hyperphagie concerne, quant à elle, des adolescents "plutôt dans des formes de surpoids ou d’obésité", qui ne vont pas être dans des crises de compulsion mais envisagent la nourriture comme une béquille émotionnelle.

Quels signes?

"On n’a rien vu venir." Pour l’entourage d’un adolescent concerné par l’un de ces troubles, c’est souvent la remarque qui prévaut. À l’âge où l’enfant se fait plus pudique, comment identifier l’émergence d’un rapport malsain à l’alimentation qui transforme le corps? Le Dr Dumas pose d'abord:

"Pour qu’un parent s’en rende compte, il faut déjà qu’il soit disponible. Ce que l’on observe, c’est une difficulté grandissante à communiquer entre générations. Car on est tous pris dans notre quotidien, qu’on a tendance à courir partout"

Mais quand le trouble se joue sur le terrain de l’alimentation, des signes ne mentent pas: la variation de poids en est le premier.

À table, le changement des habitudes alimentaires peut être un autre voyant: "manger beaucoup plus lentement, trier, ne plus aimer un aliment qu’on adorait, privilégier des aliments moins caloriques, développer une phobie vis-à-vis d’une catégorie d’aliments" peut annoncer des prémices d’anorexie, égraine le Dr Louise-Emilie Dumas. À contrario, pour une suspicion d’anorexie-boulimie, "si les placards se vident, qu’il y a de la nourriture dans la chambre, on peut aussi se questionner".

 

En virée au supermarché, un adolescent concerné par l’anorexie mentale prendra aussi énormément de temps à sélectionner des articles. "Car il est incapable de choisir, c’est pour ça qu’il a des rituels alimentaires et qu’il va préférer tout le temps manger la même chose, la même marque, le même paquet : cela le rassure", précise la praticienne.

Vigilance aussi quand le sport devient une obsession ou la condition sine qua non pour se permettre un repas. "L’anorexie va provoquer la mise en place de rituels et de croyances autour de l’alimentation qui, de prime abord, peuvent être valorisés par l’entourage. Car dans la société, on est aussi porté par des messages nutritionnels de santé publique ['5 fruits et légumes par jour', 'manger - bouger']."

Comment réagir?

"D’abord, il faut lui donner l’opportunité de parler sans être jugé, en le mettant suffisamment en confiance. Plutôt que de dire: 'tu ne devrais pas manger comme ça' ou 'ressers-toi, ce n’est pas assez', ouvrir le dialogue à l’aide de questions: 'Comment tu te sens en ce moment? Tu n’as pas faim?' ou 'J’ai vu que tu avais mangé plusieurs paquets de gâteaux, ça va, tu n’as pas mal au ventre?'", conseille la pédopsychiatre.

Formuler ses inquiétudes à son enfant peut être aussi une option, sans dramatiser. "Les patients adolescents que je reçois me disent souvent: j’ai rien dit à mes parents car ils ont déjà tellement de problèmes que je ne voulais pas en rajouter. Adopter une position humble vis-à-vis de son enfant peut aider, en disant, par exemple: 'en tant qu’adulte, j’ai mes propres angoisses mais je suis en mesure d’assumer ce que tu vas me dire', 'je suis inquiète, j’ai l’impression que...', 'quel que soit ce que tu vas me dire je peux l’entendre', conseille la praticienne.

Si le dialogue ne s’instaure pas et que l’inquiétude persiste, il est temps de demander l’aide d’un professionnel.

"Si on n’ose pas peser son enfant par exemple, ce qui peut être délicat, mieux vaut prendre rendez-vous avec son médecin de famille pour une consultation générale au cours de laquelle il relèvera sa taille, son poids, ses constantes… En cas de variation constatée, c’est bien que cela soit fait avec la médiation d’un professionnel. Cela permettra aussi de mettre le généraliste dans la boucle de la prise en charge à venir", Dr Louise-Emilie Dumas.

Quant à la première séance chez un pédopsychiatre : "elle n’est pas toujours simple, certes, mais elle rassure aussi. Cela dit à l’enfant que lui et ses parents ne portent pas seuls le problème et qu’on s’inquiète pour lui. Et plus on consulte tôt, moins on risque d’arriver aux urgences dans un état de santé aggravé et de vivre une expérience traumatique d’hospitalisation en urgence."

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Repérer une conduite suicidaire

24% des 16-24 ans ont des pensées suicidaires. Image d'illustration Istock.

24% des 16-24 ans ont des pensées suicidaires. C’est le chiffre alarmant mis en exergue par une étude Opinion way réalisée en février 2022 pour le Psychodon, mouvement national de sensibilisation à la santé mentale. Une flambée des conduites suicidaires à laquelle la pandémie de Covid n'est pas étrangère.

Pédopsychiatre au sein du Service universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des hôpitaux pédiatriques CHU-Lenval à Nice, le Dr Louise-Emilie Dumas rapporte une augmentation massive des consultations aux urgences pour crises suicidaires depuis novembre 2021 dans toute la France.

Aux urgences pédiatriques de Lenval, on est passé de 30 à plus de 50 consultations par mois pour tentative de suicide.

Mais qui dit "conduites suicidaires" ne dit pas nécessairement volonté construite et anticipée de se donner la mort. "C’est globalement le fait qu’un ado se retrouve dans un mal être psychique tel qu’il ne voit comme solutions pour apaiser sa souffrance que celle de se faire du mal. Cela va de la prise de risque à la tentative de suicide. Cet état psychique est particulièrement grave et dangereux pour l’adolescent malgré lui. Et cela comprend toute une série d’actes plus ou moins conscients destinés à apaiser une tension: prendre des risques avec des consommations toxiques, des conduites sexuelles, des bagarres, des mésusages ou surdosages de médicament sans visées suicidaires directes, des scarifications…", détaille la praticienne. Elle met aussi en garde sur un point central chez l'ado:

L'impulsivité propre à l'adolescence ajoute au danger de passer à l’acte. Très souvent, les tentatives de suicide sont impulsives, réactionnelles donc à risques de répétition voire de banalisation.

Quels signes?

Deux warnings principaux sont à guetter: "le fait qu’un adolescent prenne des risques, plus ou moins conscients. Et l’état dépressif : un ado qui est renfermé, replié, qui, classiquement, va plutôt se réfugier dans le virtuel, sur son téléphone, va s’énerver de tout, un ado qui se verrouille", explique le Dr Dumas qui conseille de porter aussi une attention toute particulière aux troubles du sommeil qui "peuvent être à la fois une cause et une complication de l’état dépressif".

Comment réagir?

"Parler suicide avec un ado c’est prendre le risque de lui donner des idées dangereuses": voilà une croyance à déconstruire d’urgence, selon plusieurs spécialistes contactés au cours de l’élaboration de notre dossier sur L’anxiété des 15-24 ans. Au contraire, si l’on suspecte une conduite suicidaire, le mieux est de parler sans tabou de ses inquiétudes à votre enfant: "A quel point tu te sens mal?", "Est-ce que tu as déjà eu des idées noires?", "Tu as pensé au suicide?"

"Il faut se mettre à la place de l’adolescent: avoir ce genre de pensées, c’est choquant, ça fait peur, on n’ose pas en parler. Si quelqu’un nous tend la perche, ça démystifie la chose et on peut alors se relâcher car on n’est plus tout seul à porter ça. Cela enlève le côté tabou, inavouable", Dr Dumas, pédopsychiatre

Attention toutefois à se lancer dans ce type d’échange si, et seulement si, on est en capacité d’entendre ces paroles parfois dures de la part de son enfant. Si tel n’est pas le cas, mieux vaut l’amener à trouver l’adulte de confiance à qui se livrer: "pour identifier cette personne, ne pas hésiter à renvoyer la question à l’ado: 'Je pense qu’il faut qu’on parle d’un truc important, avec qui tu te sentirais le plus en confiance pour en parler?' Si aller voir psychologue ou un psychiatre peut faire peur à l’enfant, on peut passer par un membre de l’entourage proche de l’enfant (un cousin, une tante, un grand parent) pour l’aider à se confier dans un premier temps. Sinon, ne pas hésiter à impliquer le médecin de famille", ajoute la praticienne hospitalière.

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Comment repérer une addiction

L'addiction aux écrans est un phénomène de société qui ne concerne pas que les ados. Image d'illustration Istock.

Tous les types d’anxiété peuvent mener à l’addiction, explique le docteur Faredj Cherikh. Il en existe plusieurs types: l’anxiété flottante, qui correspond à l’anxiété comme trait de personnalité; l’anxiété panique, qui est la peur d’avoir peur, les phobies, qu’elles soient sociales, qu’elles concernent les araignées ou encore le noir… Il y a également de l’anxiété dans les TOC qui sont en réalité des mécanismes pour gérer l’anxiété.

Chaque personne anxieuse va trouver son propre moyen de gérer son anxiété. Les jeunes vont parfois contrer leur anxiété en adoptant un comportement addictogène. Les produits concernés sont alors le cannabis, la cigarette, l’alcool ou encore les écrans, véritable phénomène de société.

Quels signes?

Quatre signes permettent de détecter l’addiction. D’abord, c’est la perte de contrôle. Une personne addict ne peut pas s’arrêter quand la plupart des gens savent se montrer raisonnables. Le deuxième signe, c’est le temps consacré au produit ou au comportement. Un jeune addict au jeu va passer beaucoup de temps à jouer. Le troisième signe, c’est l’intensité. Ce qui doit alerter, c’est un brusque changement de comportement. Enfin, le sommeil est un indicateur important. Quand il est altéré, l’enfant est irritable, à fleur de peau.

Comment réagir?

Les parents sur-réagissent, ils sont hyper paniqués. La relation de confiance est alors complètement perdue et la conséquence, c’est que soit le jeune va fumer beaucoup plus, soit il va se renfermer. Comme l’adolescent ou le jeune ne sont pas demandeurs de soins, il faut que l’enfant trouve un cadre sécurisant, qu’il comprenne que cette démarche n’est pas contre lui. Si le dialogue avec les parents ne fonctionne pas, ne pas hésiter à se tourner vers une tierce personne de confiance.
Passer par son médecin traitant ou s’informer sur un site gouvernemental, d’Etat, certifié ministère de la santé ou la sécurité sociale ou l’Agence régionale de santé (ARS). Attention aux sites qui proposent une solution rapide. Rien ne se résout d’un coup de baguette magique.

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Repérer des signaux dépressifs

Le repli sur soi est l'un des signaux de la dépression. Illustration Istock.

"Quand on est adolescent, on se questionne sur la place qu’on est en train de quitter, celle de l’enfance, et celle qu’on est amené à prendre en tant qu’adulte sans qu’on le soit encore. Elle doit encore être consolidée."

Brahim Hammouche est psychiatre à Thionville et membre de l’association France Dépression. "L’anxiété peut conduire à la dépression, poursuit-il. Cette dernière est d’ailleurs une pression qui se libère à la suite d’une grande anxiété."

Lors de l’adolescence, le corps connaît un véritable changement, les hormones agissent et cela peut être difficile à accepter. "Le jeune se pose des questions: 'Est-ce que j’aime les garçons ou les filles?', 'Que vais-je faire plus tard?', 'Est-ce que j’ai les bonnes copines, les bons copains?'"

Quels signes?

Lorsqu’il y a des replis, des échecs, une chute de notes brutale, il faut agir. "À partir du moment où c’est gênant pour l’ado en fait, il faut proposer une consultation avec un psychologue ou un psychiatre ou toute personne susceptible d’apporter de l’aide en santé mentale", estime le Dr Hammouche.

La dépression se traduit par des pertes de l’estime de soi, un repli, une dévalorisation, des échecs répétés, une aboulie ou une perte de motivation et d’intérêt. Elle peut être passive ou agressive. "Elle va alors se traduire par des scarifications et une mise en danger du jeune", précise Dr Hammouche.

"Tout ce qui va être consommation de produits type cannabis, mais également entorse à la loi avec des actes qui mènent devant le juge, doivent alerter", poursuit le psychiatre. S’il y a une rupture avec son monde ou environnement, il ne faut pas hésiter à consulter.

Comment réagir?

"Travailler sur l’ouverture, c’est important", explique le Dr Hammouche. L’ouverture aux autres, par exemple. Pour le psychiatre, l’activité physique permet d’acquérir l’estime de soi tout en évitant de figer les personnes dans une place. "À l’adolescence, l’agir est aussi important que le dire. Les gestes peuvent venir compléter les mots, voire, les remplacer, comme dans le cas des scarifications."

Les parents doivent être en première ligne. Ne pas hésiter à regarder les dispositifs d’accueil, de rencontres, de sensibilisation, des maisons des ados par exemple, ou les CMPI (Centre Médico-Psychologique Infantile), les CMPP (Centre médico psycho-pédagogique).

"Les thérapies de groupe marchent bien", poursuit le Dr Hammouche. Et d’ajouter: "Les parents doivent déculpabiliser, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas bien fait que leur enfant est en dépression. Il faut offrir à ses jeunes un environnement le plus accompagnant possible. L’adolescence est un cycle, une traversée… Comme quand on apprend à nager, parfois on a besoin d’une bouée, parfois on a besoin d’un maître-nageur, parfois on s’en sort tout seul…"

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