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Steiner: "Je ne me sens rattaché à aucun parti"

Deux mois après son élection à la tête de la Haute assemblée, Christophe Steiner conduira demain et mercredi des séances législatives importantes. Ses deux premières dans le siège de président

J.D. Publié le 27/06/2016 à 05:02, mis à jour le 27/06/2016 à 05:02
Christophe Steiner, président du Conseil national. Photo C.D.

Il reste souriant, détendu, chaleureux. Pourtant, les journées du président du Conseil national ressemblent bel et bien à un quotidien harassant. Christophe Steiner, élu il y a deux mois jour pour jour par l'ensemble des élus, a des journées marathon. Et d'abord deux journées dans une. Le matin, au bureau, à la Commission de contrôle des activités financières, où il est chargé de mission. Entre midi et 14 heures, au sport, « parce qu'il faut se maintenir en forme ». Et de 14 h 30 à 21 heures, « et souvent jusqu'à minuit », au Conseil national.

Après les épisodes tumultueux d'un début d'année qui ont férocement opposé un président et son vice-président, et qui se sont achevés sans grande surprise par la défaite de Laurent Nouvion, l'heure est à l'accalmie. La personnalité de Christophe Steiner est marquée par l'apaisement, la rondeur, l'écoute. Des qualités que la majorité des élus ont souhaitées avec détermination et qui marquent une nouvelle approche de la fonction.

« Je veille à ce que l'information circule. Certains élus à la tête de commissions ont été choisis pour leur compétence, pas pour leur rattachement à un parti politique. Ils savent ce qu'ils ont à faire. Je ne peux pas tout faire. Je délègue. »

Aujourd'hui, le président du Conseil national est très attaché à ce que « l'ambiance [soit] bonne » et a radicalement changé « la méthode de travail ». Reste toutefois qu'entre lui et Laurent Nouvion, il ne reste plus que « des échanges épistolaires sur des questions de forme ». Une situation qui ne trouvera peut-être d'issue qu'avec les prochaines élections en février 2018.

 

Mais d'ici là, il s'agit de se retrousser les manches pour voter sur le télétravail, l'extension en mer et, le mois prochain, sur la sécurité…

Pas le temps pour les chamailleries !

«J’ai été exclu de Rassemblement & Enjeux»

Dès le lendemain de votre élection, les amis de Laurent Nouvion ont pointé du doigt votre double fonction de fonctionnaire et président du Conseil national. Le problème est-il résolu?
C’est quelque chose qui se tranchera d’une manière ou d’une autre. Il faudrait un texte. Nous allons essayer d’intégrer un article dans la loi sur les fonctionnaires. À un moment donné, je choisirai de me mettre en disponibilité. C’est sûr que la charge de travail au Conseil national est énorme.

Vous avez été attaqué par les amis de Laurent Nouvion la semaine dernière lors d’une réunion «Horizon Monaco». Mais vous êtes pourtant rattachés au même parti tous les deux?
J’ai reçu, il y a trois semaines, une lettre recommandée expliquant que j’étais exclu, tout comme Marc Burini, Jean-Charles Allavena et Thierry Poyet.

Pour quel motif?
En ce qui me concerne, c’est pour «candidature dissidente».

Avez-vous changé d’étiquette?
J’ai toujours eu ma liberté de parole. Je ne me sens rattaché à aucun parti, surtout les partis pris. Ce n’est pas un problème puisqu’à Monaco, il n’y a ni ancrage politique, ni idéologie. Il n’y a ni droite, ni gauche.

Mais vous restez dans la liste «Horizon Monaco» tout de même?
Laurent Nouvion a dit que le nom «Horizon Monaco» lui appartenait personnellement car c’est une marque déposée. Considérant que nous avons tous été élus sur une liste intitulée «Horizon Monaco», c’est curieux… Le nouveau président du groupe politique «Horizon Monaco» a décidé de lever une option sur l’acte de propriété d’un nom. Ses amis ont décidé de se rattacher davantage à lui qu’à un mouvement. Je vois mal en France ou ailleurs un mouvement politique appartenir à un individu.

 

Entre Laurent Nouvion et vous, on comprend tout de même que les choses ne sont pas apaisées…
Béatrice Fresko ou Jacques Rit ont refusé une présidence de commission, refusé de faire des rapports… Qu’est-ce que je peux faire de plus? Je parle avec qui veut bien parler.

Voyez-vous Laurent Nouvion au Conseil national?
Il délègue sa présence. Il vient de temps en temps… Nous ne communiquons pas.

Comment sont vos relations avec l’UP?
Chacun a des positions avec des sujets de prédilection. On s’aperçoit rapidement que l’on peut très bien s’entendre. C’est d’ailleurs la même chose avec Eric Elena du parti «Renaissance» ou les trois élus de l’UM. J’ai, par exemple, mon cousin germain aux côtés de Jean-François Robillon. Il faut discuter et dégager une majorité. Il faut arrêter avec les pseudo-clivages politiques. J’ai de bonnes relations avec tout le monde. Ma porte est ouverte. Je suis président de tous les élus. Avec l’UP, nous échangeons régulièrement sur les questions de logement, sur le Très Grand Ida, sur les questions de santé. Et avec Thierry Crovetto, président de la CLEG, nous avons des échanges quotidiens sur le texte sur la sécurité nationale.

Quelles sont vos relations avec le ministre d’État?
Nous essayons de mettre beaucoup plus de fluidité entre nos deux institutions, plutôt que d’alerter les médias sur des divergences de points de vue. La méthode de travail est différente.

Parmi les permanents, avez-vous changé l’équipe qui était très proche de Laurent Nouvion?
J’ai décidé de ne pas avoir de chef de cabinet; à ce titre, Elodie Kheng ne remplira plus les fonctions de chef de cabinet. Nous sommes en train de négocier, pour elle, de nouvelles fonctions élargies car nous avons besoin des compétences et des gens qui soient fidèles à l’institution. J’ai mis à disposition de l’administration trois personnes, une du service juridique, la secrétaire de l’ancien président, et une personne qui était chargée de l’intendance. Nous enregistrons l’arrivée d’un renfort pour le secteur juridique, c’est ce qui m’importait le plus pour accélérer le travail législatif. Nous avons une bonne équipe, tout le monde travaille avec compétence, motivation et en bonne intelligence.

 

Aujourd’hui, vous êtes prêt pour avancer dans le travail législatif?
Nous nous concentrons sur les vingt-quatre textes de loi qui sont en souffrance et qui doivent être étudiés avant que n’arrivent les lois de budget.

Quels sont les prochains textes de lois qui vont être votés?
Nous devrions passer six textes: les deux lois sur le télétravail, l’extension en mer, la vente des médicaments, la proposition de loi sur les injures et la diffamation et la proposition de loi que nous allons déposer en séance publique sur la possibilité d’un taux variable dans le cadre du Contrat habitation capitalisation. Nous avons du pain sur la planche.

«La loi sécurité votée début juillet»

Photo C.D..

La loi sur la sécurité ne figure pas à l’ordre du jour de la session législative qui s’ouvre demain. Pourquoi?
Elle sera présentée en séance extraordinaire début juillet. Nous ne sommes pas parvenus à finaliser l’étude du texte dans les délais et à le caser dans la session légale, qui se termine le 30 juin. Nous avons déjà eu beaucoup de discussions sur cette loi. Un article bloquait encore. Il faudra bien trancher.

Celui sur les écoutes?
Non, sur la composition de la commission chargée de contrôler ces écoutes. Le gouvernement a prévu trois membres. Certains voudraient qu’il y ait plus de monde. Il y a encore un débat sur ce point. Mais aussi sur la saisine de cette commission, a priori ou pas. Le problème, c’est qu’il faudrait alors stipuler l’urgence, ce qui n’est pas facile à définir.

Où en sommes-nous?
À ce stade, le ministre d’État a désormais 24 h, et non plus 48 h, pour saisir la commission, laquelle doit se prononcer dans un délai de 48 h. Donc, le délai total est de 72 h. On a gagné 24 h. Mais il ne faudrait pas que si un pays tiers nous demande d’effectuer des écoutes sur telle ou telle personne, on ne puisse pas répondre tout de suite et que l’on se retrouve dans la situation qu’ont connue la France et la Belgique.

 

Les garde-fous encadrant les écoutes vous paraissent-ils suffisants?
La question principale est la suivante: faut-il que cette loi passe? La réponse est oui. Il n’y a pas de débat sur le principe de cette loi.

Y a-t-il vraiment urgence à la voter en juillet, sachant que Monaco n’est pas vraiment la cible des terroristes?
Regardez ce recruteur d’un groupe terroriste, donné pour mort dans les frappes américaines en Syrie, qui a braqué une bijouterie à Monaco et qui vit dans le quartier Saint-Roch à Nice. Nice, c’est où? Juste à côté…

Certains pensent que cette loi est liberticide…
Non. L’État doit assurer la sécurité des biens et des personnes. Je pense que les garde-fous sont suffisants. On a demandé au ministre d’État de revenir devant le Conseil national dans un an pour faire un point sur l’application de cette loi.

Elle sera donc votée en juillet…
J’ai envoyé un courrier au ministre d’État pour lui signifier que le Conseil national demandera la tenue d’une session extraordinaire pour le vote de cette loi.

Pour «une réfection complète du Larvotto»

La loi de désaffectation permettant de lancer le projet de l’extension en mer figure également à l’ordre du jour. Tout est calé sur ce texte?
La grosse difficulté aura porté sur les contreparties. J’ai entendu dire que Laurent Nouvion aurait demandé que 300 logements domaniaux soient construits en échange du vote de la loi de désaffectation. Je n’ai jamais trouvé trace de cette demande.

 

D’autres contreparties ont-elles été demandées au promoteur?
Pour notre part, nous avons demandé au gouvernement qu’il se rapproche du promoteur afin de réaliser une réfection complète du Larvotto. Nous souhaitons une harmonisation urbanistique entre l’extension en mer et la promenade du Larvotto, avec création de surfaces commerciales supplémentaires. On demande du costaud.
Les discussions avec le gouvernement sont en bonne voie sur ce point.

Combien pourrait coûter cette contrepartie réclamée au promoteur?
Cher. Je ne peux pas vous donner de chiffres précis. Ce serait financé par les revenus de l’extension et par le promoteur.

«Étendre le télétravail à la fonction publique»

Les deux textes sur le télétravail sont-ils finalisés?
Le gouvernement a eu les rapports sur le sujet, je ne pense pas qu’il y aura de problème pour voter ces lois.

Dès lors, quand les premiers contrats de télétravail pourront-ils être signés?
Difficile à dire. Ce texte s’applique en priorité au secteur privé. Il sera applicable immédiatement après parution au Journal officiel et la mise en place des décrets d’application. Après, ce sont les entreprises qui, en terme de management, le décideront. Par ailleurs, nous avons demandé au gouvernement d’étudier la possibilité d’étendre le télétravail à la fonction publique.

 

Mais encore?
C’est une proposition qui émane du Conseil national. Le gouvernement a répondu qu’effectivement, cela pourrait être intéressant d’ouvrir, sous certaines conditions, le télétravail à la fonction publique.

Mais les fonctionnaires résident déjà à Monaco. Quel serait l’intérêt?
La fonction publique concerne les fonctionnaires, certes, mais aussi les agents de l’État, dont une bonne partie réside en dehors de la Principauté. Et puis, même si les gens vivent à Monaco, ils peuvent pratiquer le télétravail. Cela peut présenter un intérêt.

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