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Pour faire face à l’urgence climatique faut-il former les élus?

A partir de ce lundi 20 juin, et pendant 3 jours, vingt-cinq scientifiques du climat se mettent à disposition des députés nouvellement élus pour les aider à appréhender la lutte contre le changement climatique. La formation est-elle la clé de l'action? On a posé la question à des experts azuréens.

Alexandre Ori Publié le 20/06/2022 à 17:55, mis à jour le 20/06/2022 à 17:55
Il reste trois ans à l’humanité pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre, sinon, le « monde d’après » Photo AFP

Ils sont vingt-cinq scientifiques à attendre devant l’Assemblée Nationale l’arrivée des députés pour la première séance parlementaire. L’objectif: proposer une formation éclair d'une vingtaine de minutes pour aider les élus à mieux  appréhender les enjeux environnementaux, sociaux et politique de la crise qui se profile et dont les effets se mesurent dores et déjà. 

Une initiative qui avait déjà été appelée de vive voix par  17 personnalités parmi lesquelles se trouvent Jean-Marc Jancovici, Boris Cyrulnik, Cyril Dion, ou encore Laury Thilleman. Dans la tribune, les cosignataires indiquent que « la formation est le préalable de l’action ». Les exigences étaient cependant à la hausse: « Nous attendons de vous que vous participiez à une formation exigeante, en vingt heures ».

En France, lors du débat du second tour de la présidentielle, l’urgence climatique s’est limitée à la planification du mix énergétique. Pour son second mandat, Emmanuel Macron promet que le Premier ministre sera directement chargé de la planification écologique.

Agir au niveau local 

"Pour agir, il ne faut pas attendre  la présidentielle et la COP annuelle. Parce que toutes les strates ont un rôle à jouer, de l’international jusqu’au niveau local".

 

Pour se faire entendre, Laurence Thiébaut, présidente de l’association Vie Initiative Environnement (VIE),  a formé sur une journée entière des élus du Conseil municipal de Vence. "Rien qu’en mettant la main à la pâte, ils peuvent réaliser l’ineptie de leur comportement antérieur," assure-t-elle tout en précisant que “ceux qui sont réfractaires ne sont pas venus, c’est l’écueil. Il faudrait que ce soit obligatoire".

Elle plaide ainsi pour des "solutions subtiles, qui prennent plus de temps à se mettre en place, qui sont parfois coûteuses, mais qui sont surtout plus durables". 

La formation s’est traduite par une action concrète: la mise en place de trois navettes gratuites "pour aller vers le centre-ville. Ça évite de prendre la voiture pour 5 km, moteur à froid. C’est moins de pollution et moins de parkings."

Le montant de cette mesure s’élève à "80.000 euros par an, soit 4 euros par habitant et par an".

Toujours à l’étude, une maison de l’écohabitat est aussi envisagée. La présidente de l’association VIE évoque  "un centre de conseil pour la gestion des déchets, pour savoir comment faire des conserves ou encore comment obtenir les subventions pour refaire son isolation ou installer des panneaux solaires". 

 

Faire des conférences et synthétiser les rapports

 " Il faut que des conférences soient régulièrement programmées et qu’elles réunissent tous les acteurs autour de la table," estime l’écologue Antoine Nicault. Il est coordinateur du Groupe Régional d’Experts Climat de la région Sud ( GREC) qui publie fréquemment des rapports sur l'état de la biodiversité, mais aussi des solutions concrètes pour accélérer la transition écologique.

Alors que les élus n’ont pas toujours le temps de lire les centaines de pages de ces cahiers, il estime que les scientifiques doivent parfois synthétiser pour faire passer le message. L’essentiel étant  "d’établir les causes, d’observer les conséquences et surtout, de montrer des exemples de solutions en faisant des retours d’expérience".

Il faut se poser une question : comment repenser le territoire?

Alors que le dérèglement climatique va irrémédiablement changer notre façon de vivre, le scientifique souligne l’importance d’établir une "dynamique collective. Pour cela, il faut se poser une question : comment repenser le territoire?"

C’est donc tout un raisonnement qu’il faut adopter. Il illustre par un exemple concret: les épisodes méditerranéens et leurs précipitations de plus en plus intenses et récurrentes. "Ça veut dire plus de crues, plus d’inondations alors qu’un million d’habitants en PACA vivent en zone inondable," expose l’expert du GREC Sud qui propose des pistes d’amélioration.

"Il faut donc désartificiailiser les sols pour qu’ils soient de nouveau perméables, ça limitera le ruissellement. Il faut aussi renaturer nos villes et leurs cours d’eau."

Un retard à rattraper

Ces conseils se heurtent parfois à une organisation et à des mentalités hermétiques. Jean-Pierre Gattuso, océanologue constate que les scientifiques sont écoutés, mais que leurs recommandations sont finalement peu suivies.

 

"En France, on a beaucoup de retard. On l’a vu avec la taxe carbone qui était totalement injuste et qui a en partie engendré le mouvement des gilets jaunes. Au contraire, il faut subventionner, aider les gens plus modestes pour la transition".

Il est essentiel de former les élus parce qu’il y a une vraie déconnexion.

 De son côté, Laurence Thiébaut constate qu’il persiste "un raisonnement à l’ancienne, avec une conception punitive de l’écologie".

Elle milite donc pour "une évolution conceptuelle, un changement de nos comportements et donc de nos mentalités".

Une politique qui manque de cohérence

Si d’une part il y a une volonté de s’emparer de ces enjeux avec la mise en place de mesures environnementales, la dimension économique, brouille la cohérence de certaines politiques à l'échelle nationale mais aussi locale.

Ainsi, en ce qui concerne la Métropole Nice Côte d'Azur, Jean-Pierre Gattuso observe de "bonnes initiatives qu’il faut poursuivre". Avec la coulée verte, Nice réduit ses îlots de chaleur. De plus le tramway et les bus électriques assurent un réseau de transport alternatif à la voiture. En matière de pistes cyclables, il estime qu'"il reste encore du chemin à faire pour les sécuriser".

Le scientifique pointe les navires de croisière à quai gardent leurs moteurs allumés pour avoir l'électricité à bord. "C’est une énorme pollution" déplore l’océanologue qui soutient la nécessité d’installer "tout un dispositif de rechargement électrique". Il souligne ainsi l’importance d’éclairer les décideurs politiques dans leurs décisions. 

 

"C’est normal qu’il y ait une sécurisation économique en parallèle de l’adaptation du territoire" rappelle Antoine Nicault. Il cite l’exemple des stations de ski. En l’absence de précipitations, elles compensent avec des canons à neige artificielle, gourmands en eau et en électricité. Alors que les hivers se font de plus en plus secs, l’écologue encourage avant tout à concevoir des alternatives pour "l’économie de montagne de demain". 

De manière générale, il regrette certains effets de communication qui cachent une politique qui "va dans un sens comme dans l’autre, qui manque de cohérence."

Toucher la société civile

Au-delà des élus, il est "primordial" d’acculturer le reste de la société civile. Aux yeux d’Antoine Nicault, un changement est uniquement possible si "les élus sont formés, évidemment, mais aussi les chefs d’entreprise et les usagers, les citoyens".  

Une prise de conscience collective qui permettrait peut-être de débloquer des politiques environnementales parfois frileuses face à un électorat réticent.  

Quand on connaît, on a moins peur et on passe à l'action.

Si 20 heures de formation, c’est "certainement beaucoup trop court", la prise de conscience de l’urgence climatique permettra de mieux "percevoir la vaste problématique et ouvrira ainsi à des débats où l’on parle de la même chose". L’expert du GREC Sud résume : " Il faut qu’il y ait une culture commune des enjeux à venir. Quand on connaît, on a moins peur et on passe à l'action. On ne subit plus".

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