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Plus d'une centaine de véhicules refoulés à la frontière, assouplissement de la "règle des 30 km" insuffisant... Va-t-on vers une crise diplomatique entre Monaco et la France?

Avant d'assouplir ses mesures, la France limitait les déplacements autour de Monaco à 30 km et 24 heures, sauf motif impérieux et PCR négatif. La Principauté a aussitôt riposté. Pour autant, une crise diplomatique est-elle en train de poindre? Les réponses de l’ambassadeur de France à Monaco, Laurent Stefanini,

Cédric Verany Publié le 16/02/2021 à 08:07, mis à jour le 16/02/2021 à 08:49
La police monégasque contrôle les Français à l’entrée de la Principauté. Photo JFO

Les deux Etats sont à couteaux tirés depuis que la France a limité, il y a quelques jours, l’entrée des habitants de la Principauté sur son sol.

Depuis le 1er février, la France impose en effet aux Monégasques et aux résidents de la Principauté, Français y compris, de présenter en cas de contrôle dans l’Hexagone à plus de 30 kilomètres de leur domicile, un test PCR négatif.

Une situation inédite alors que la circulation entre la France et la Principauté est dense et constante. Samedi, le gouvernement français a assoupli sa règle liminaire en permettant désormais aux résidents de la Principauté de circuler librement sur tout le territoire des Alpes-Maritimes.

 

Mais sans test PCR, ils ne peuvent pas franchir la limite des Alpes-Maritimes. Situation épineuse à quelques jours des vacances scolaires.

Riposte monégasque? Désormais un Français qui n’est ni salarié ou étudiant en Principauté, ni habitant des Alpes-Maritimes, doit aussi avoir un PCR négatif à présenter en cas de contrôle s’il se trouve plus de 24 heures sur le sol monégasque.

L’ambassadeur de France à Monaco, Laurent Stefanini, décrypte ce dossier. Il répond par la négative, à la question de savoir si s’esquisse une crise comme celle de 1962, année d’une brouille historique entre la France et la Principauté. La friction est cette fois sur des questions sanitaires. Interview.

Depuis une quinzaine de jours, les Monégasques ne peuvent plus circuler librement sur le territoire français. Comme expliquez-vous la décision française?
Laurent Stefanini, ambassadeur de France à Monaco: Nous sommes dans un contexte où la pandémie repart. Les taux de contamination, en particulier dans les Alpes-Maritimes et dans le sud-est de la France, sont préoccupants. On cherche à tout prix à limiter la circulation des personnes. Cette mesure vise l’ensemble des pays frontaliers. Elle n’est pas dirigée vis-à-vis de Monaco. La Suisse, le Luxembourg, l’Italie ou la Belgique sont dans le même cas. Il faut trouver les moyens qui assurent une réduction du nombre de déplacements afin d’éviter un nouveau confinement et permettre le plus possible aux activités économiques de continuer.

À la différence d’un pays frontalier, Monaco est enclavé dans la France. L’assouplissement décrété pour les résidents monégasques depuis le 13 février, autorisés à se rendre librement dans les Alpes-Maritimes est un premier pas?
Le rayon de 30 kilomètres a été élargi à l’ensemble des Alpes-Maritimes car 30 kilomètres c’était un peu serré, ça ne permettait pas d’aller à Auron ou à Cannes. Nous avions plaidé, le ministre d’État et moi-même, un régime encore plus souple, mais les autorités françaises ont considéré qu’il fallait garder le principe général que pour des déplacements qui ne sont pas urgents, on doit présenter un test PCR négatif. Ce n’est donc pas interdit de se déplacer, mais il faut avoir avec soi un test fiable prouvant qu’on n’est pas contaminant. Et à partir du mercredi 17, le gouvernement princier élargit la possibilité de faire des tests PCR, ça va faciliter les choses pour les résidents.

Laurent Stefanini, l’ambassadeur de France à Monaco. Photo JFO.

Demeure ce frein pour les Monégasques de se rendre librement dans le Var, où beaucoup ont des résidences secondaires. Le dossier peut-il évoluer?
Samedi, nous avons été déçus que malgré nos arguments, le gouvernement français n’élargisse pas un peu, notamment au département du Var. Mais nous n’avons pas perdu espoir de continuer à faire pression sur Paris. Ça dépendra dans les jours qui viennent du taux d’incidence dans les Alpes-Maritimes. Je devais, à titre personnel, ce week-end me rendre à Ramatuelle voir une amie. J’ai renoncé à ce déplacement car il n’était pas indispensable. Et même ayant été testé cinq fois, toujours négatif, je ne suis pas absolument sûr de ne pas transporter le virus des Alpes-Maritimes vers le Var ou l’inverse. L’idée est de limiter le plus possible les déplacements de personnes tant que le virus circule et tant que les campagnes de vaccination n’ont pas pu toucher assez largement la population générale.

 

Vous comprenez que les Français de Monaco peuvent être agacés de ne pas pouvoir circuler librement dans leur pays?
Nous avons eu dans les premiers temps, quelques protestations mais les Français de Monaco, ont compris. Le problème est le même à Genève. Un Français résident à Genève ne peut pas aller aussi facilement à Paris qu’un Français résident à Annemasse ou à Divonne les communes limitrophes. Là aussi, il y a une petite discrimination. Nos compatriotes résidents dans les pays voisins de la France, râlent et nos ambassades répercutent à Paris ces difficultés.

Dès ce lundi, Monaco applique sur son territoire la même règle aux ressortissants Français qui ne résident pas dans les Alpes-Maritimes. Une loi du Talion comme l’imagine certains?
Je comprends qu’à titre de réciprocité, même si c’est un peu dommage, que la Principauté impose le même type de mesures pour les Français non-résidents qui doivent venir plus de 24 heures à Monaco. Mais la décision s’inscrit dans la logique de limiter les déplacements de personnes qui auraient envie de se distraire en venant passer quelques jours en Principauté sans vraie raison. Elles peuvent toujours le faire, mais en démontrant qu’elles sont négatives au virus.

Le traitement réservé à la Principauté par la France, diffère de celui appliqué en 2020 pendant les deux confinements. Pourquoi Monaco est désormais considéré comme un pays étranger?
Que Monaco soit un pays étranger c’est une évidence. La convention de 1963 sur la circulation des personnes dit qu’il y a une totale liberté de circulation des personnes dans le cadre des réglementations en vigueur. C’est-à-dire qu’il peut avoir des raisons qui ne sont pas politiques, mais proprement sanitaires. Ces dernières semaines, des différences de situation sont à noter entre la France et Monaco: les restaurants ouverts à midi, les spectacles en matinée. Monaco a pris des mesures d’assouplissement ces dernières semaines qui différent face aux règles strictes appliquées en France.

Cette histoire, refroidit-elle les relations bilatérales entre les deux pays?
Non, les relations sont excellentes, il n’y a pas du tout de brouille, on travaille dans le même sens. Même si la crise sanitaire ralentit beaucoup de projets.

Notamment la visite d’Emmanuel Macron en Principauté. Est-elle toujours d’actualité?
Toujours, mais je ne sais pas quand elle pourra se faire. On envisageait le mois de mars mais c’est encore, à mon avis, un peu trop tôt.

"L’assouplissement n’est pas suffisant"

Depuis ce lundi, les Français qui ne sont pas résidents dans les Alpes-Maritimes doivent présenter un test PCR négatif à la Covid-19 pour pouvoir pénétrer en Principauté.

Le conseiller de gouvernement-ministre pour l’Intérieur, Patrice Cellario, a assuré que cette mesure était en vigueur "pour se préserver de la circulation active du virus".

Et pas pour répondre à la France qui ne laisse pas les Monégasques aller plus loin que les frontières du 06, sans PCR négatif.

Sur le terrain ce lundi, des contrôles étaient effectifs aux entrées de la Principauté, aussi bien à l’Ouest qu’à l’Est en passant par l’héliport.

169 véhicules refoulés lundi

Et ce sont 169 véhicules qui ont été refoulés du territoire pour défaut de présentation d’un test PCR négatif sur les 30.155 véhicules entrés en Principauté entre 7 heures et 18 heures.

Une séquence inédite. "Mais il n’y a pas de problème particulier avec la France", répète Patrice Cellario, "ce sont deux pays qui de longue tradition travaillent ensemble et mettent au point des dispositions ensemble. La situation dans la Principauté est un peu différente qu’en France, chaque gouvernement analyse en fonction des données dont il dispose les mesures à prendre. Il n’y a pas de bras de fer, il y a une situation que nous souhaitons la plus fluide possible".

Concernant la décision de la Principauté de contrôler finalement les Français, Patrice Cellario a assuré la volonté du gouvernement princier n’était pas de stigmatiser la population française.

"On ne vise personne! Depuis le 24 février 2020, nous avions pris un certain nombre de mesures pour que des personnes venant de différentes zones où le foyer de l’épidémie est actif devaient faire l’objet soit d’une mise en quarantaine soit présenter un test négatif de moins de 72 heures.

Au début du mois de février 2021, nous avions restreint ces dispositions au monde moins la France. Et cette fois, nous avons réduit au département des Alpes-Maritimes, car nous sommes dans un bassin de vie avec ce département et qu’il est légitime que nous soignons avec attention le cas des personnes qui résident dans les Alpes-Maritimes".

Un calque sur la France, qui elle aussi a assoupli samedi ses directives laissant les Monégasques circuler librement dans le département voisin pour des déplacements inférieurs à 24 heures.

Un mieux, qui chiffonne toujours sur le Rocher.

"La mesure d’assouplissement n’est pas suffisante", rappelle Patrice Cellario, le gouvernement estimant que la convention franco-monégasque qui garantit la libre circulation des ressortissants des deux pays de part et d’autre de la frontière, n’est pas respectée.

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