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Nouveau chef de Cabinet du prince Albert II, Laurent Anselmi se confie: "La haute autorité du Prince est la clé de notre système"

Les cinq nouveaux membres du Cabinet du prince Albert II prennent leurs fonctions ce lundi, au Palais princier. Leur chef, Laurent Anselmi, détaille l’esprit de think-tank qu’il veut insufler pour inscrire la smart city Monaco dans l’avenir, sans renier son identité. Interview fleuve.

Thomas Michel Publié le 17/01/2022 à 07:45, mis à jour le 17/01/2022 à 08:01
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Avant de prendre officiellement ses fonctions de chef de Cabinet du prince Albert II, Laurent Anselmi a répondu aux questions de Monaco-Matin depuis un appartement du Palais princier autrefois décoré par la princesse Grace et devenu bureau. Une capsule temporelle symbolique. Photo Michael Alesi

Entièrement renouvelé, rajeuni et féminisé, le nouveau Cabinet du prince Albert II se réunit pour la première fois, ce lundi, au Palais princier. A sa tête, Laurent Anselmi, jusque-là conseiller de gouvernement-ministre des Relations extérieures et de la Coopération, qui renoue avec la vie palatine après avoir occupé un poste de conseiller de 2005 à 2008 au sein de ce même Cabinet.

Père de deux filles, ce Monégasque de 59 ans, titulaire d’un DEA de droit public fondamental, est rodé aux relations internationales mais aime à rappeler ses origines rurales dans le hameau de Morignole, au-dessus de La Brigue.

Laurent Anselmi dessine pour Monaco-Matin l’ébauche de sa méthode de travail et trace les grandes lignes de son action. "C’est la notion constitutionnelle de haute autorité du Prince qui est la clé de notre système, et tout ce qui relève de la fonction exécutive doit travailler dans ce sens.L’important pour notre réussite sera la synergie entre gouvernement et Cabinet et, d’un côté comme de l’autre, tout le monde y est déterminé. "

"Le nouveau style du Cabinet du Prince sera direct"

Laurent Anselmi devient ce lundi le nouveau chef de Cabinet du prince Albert II. Michaël Alesi.

Par votre nomination, le Prince entend "donner une nouvelle impulsion à la Principauté". Est-ce le signal que vous allez travailler autrement ?
Le style du nouveau Cabinet sera direct. Les gens ne se cacheront pas derrière leur petit doigt. Ce style sera caractérisé par l’ardeur au travail, les gens qui sont là sont des bosseurs. Il y aura aussi de l’authenticité. Nous venons tous du service public, nous sommes des fonctionnaires de l’État, mais nous sommes immergés dans la société monégasque et pas dans une tour d’ivoire. Nous ne sommes pas des technocrates éthérés mais des personnes à l’écoute des aspirations des milieux économiques et de la population. L’information pourra aussi remonter par nous.

Le souverain a souhaité rajeunir et féminiser son Cabinet…
C’est un Cabinet intergénérationnel, de 27 à 60 ans. C’est une nouveauté. Du fait de leur expérience, des membres du Cabinet ne seront pas au même grade dans l’administration mais leurs missions seront d’égales importances. Ils ont des profils différents mais ils sont unis par une même éthique du service public. Ce sont aussi des administrateurs polyvalents qui seront aptes à sortir de leur zone de confort et appréhender des dossiers dans des matières qui ne leur seront pas forcément familières. C’est un challenge qu’on s’est donné et c’est aussi une nouveauté.

Vous refusez de vous enfermer dans "une tour d’ivoire" mais, par essence, un Cabinet officie dans l’ombre. Comment éviter d’être hors-sol le temps passant ?
C’est une des conditions de notre réussite. Cela se fera de manière naturelle. Du fait de la personnalité des uns et des autres, ils ne sauraient être des gens déconnectés.

"les droits des monégasques ne sont que la contrepartie de devoirs"

Reste à créer une émulation…
Ce sera mon rôle. Même si j’ai été conseiller de Cabinet il y a longtemps, il y a une part d’inconnu et d’imprévu dans mon travail. C’est évident, mais c’est peut-être ça aussi qui fait l’intérêt de la mission.

Quel message souhaitez-vous adresser aux Monégasques ?
Le 23 juin 2006, devant le Conseil national, le Prince a prononcé un discours fondateur dans lequel il s’est adressé aux Monégasques pour leur dire qu’il défendrait toujours leurs droits, dans le cadre d’une relation entre le Prince et les Monégasques qui est exceptionnelle, et fondée sur une union personnelle. Et il a fait ce qu’il a dit. Exemple : le Plan national pour le Logement décidé et voulu par le Prince. Mais il leur a dit aussi que ces droits ne sont que la contrepartie de devoirs et il les a précisés : fidélité absolue au Prince et aux institutions, dévouement et exemplarité. C’est le message que ne peuvent oublier nos compatriotes.

 

"si chacun joue sa partition, ce sera une belle symphonie"

L’ont-ils parfois oublié selon vous ?
Rien ne me permet de le dire. Mais je pense que dans le cadre de la nouvelle impulsion voulue par le Prince, cela doit être rappelé et mis en avant. Après, les Monégasques font partie d’une communauté qui comprend aussi les résidents et les gens qui viennent tous les jours travailler en Principauté. La continuation de la success story monégasque, c’est l’affaire de tous. Chacun doit jouer sa partition, et si chacun la joue ce sera une belle symphonie.

Quelles seront les thématiques prégnantes ces prochains mois ? Les dossiers les plus chauds ?
Palais et gouvernement vont réfléchir ensemble à l’avenir de Monaco et à comment projeter le pays compte tenu des transitions numérique, énergétique, etc. Il faut aussi penser quels sont les secteurs porteurs. Ou encore le devenir du foncier et du bâtissable à Monaco : que veut-on ? Il y a le Plan national pour le logement des Monégasques mais il y a aussi le reste des personnes qui y habitent ou qui ont vocation à y habiter. Notre sécurité, sous le label Monaco Safe. La santé publique, l’éducation, le sport…

"Au service
d'un patron qui est
le Prince"

Laurent Anselmi, chef de Cabinet du prince Albert II. Michaël Alesi.

Le Prince souhaite redonner sa juste place à l’exécutif, quelles seront vos relations avec le gouvernement ?
Avec le gouvernement, et c’était le sens des dernières paroles que j’ai prononcées en conseil de gouvernement, nous devons être en totale synergie et symbiose. Il y a une chaîne de commandement qui part du Prince. Il donne le ton, les directives, sa vision, des instructions, et le gouvernement administre le pays avec la puissance de l’administration. La mission du Cabinet, c’est de veiller à ce que cette chaîne de commandement soit efficace du haut jusqu’au bas, et que l’information remonte du bas vers le haut. Donc le cabinet est une structure de réflexion, de proposition, d’impulsion et de contrôle, et il ne peut pas y avoir d’opposition entre le Cabinet et le gouvernement. Sans doute que, du fait du positionnement, il peut y avoir une divergence de points de vue, au sens littéral du mot, mais ça ne peut être que positif. Nous sommes déterminés et j’ai l’accord du ministre d’État pour tenir des séminaires de remue-méninges gouvernement-cabinet sur les grandes politiques publiques : la mobilité, la sécurité, la dépendance, la santé. Un réel échange au service d’un patron qui est le Prince.

Et avec les autres institutions ?
Le système monégasque est un système de dialogue. La mission du Cabinet, qui est une espèce de tour de contrôle, est de faire en sorte de mettre de l’huile dans les rouages. Il est donc évident que le chef et les membres du Cabinet doivent avoir des contacts avec les tenants de l’ensemble des institutions. Le Conseil national et la Direction des Services judiciaires bien sûr, mais aussi le Conseil d’État, le Conseil de la Couronne, le Conseil économique et social, etc. Ce qu’on appelle les corps constitués. Mais je souhaite aussi qu’on ait des échanges avec la Fédération patronale et les syndicats par exemple. L’intuitu personae est important dans notre cité-état et nous serons présents de manière discrète, sans ostentation, mais en recherchant l’efficacité au service du Prince et du pays.

j'ai peut-être gagné en rondeur
et diplomatie"


Vous comptez prendre des mesures radicales dès les premiers jours ?
Non. Il faut quand même que je me réimmerge dans le Palais. J’ai une formation d’universitaire, d’abord j’observe et j’analyse. En plus nous n’avons pas d’obligation en termes de communication, d’affichage. Il n’y aura pas de révolution mais on va réfléchir à tous les process.

Votre expérience au Cabinet va-t-elle vous servir ?
Mon expérience remonte à 2008. Cela fait quand même longtemps et le monde a changé depuis. De la montée en puissance des réseaux sociaux à la pandémie, et puis les gens ont aussi changé au Palais. Je ne suis pas en mesure de vous dire si mon expérience me servira tant que ça. Ce qui est clair, c’est que je pense avoir gardé la détermination et l’énergie qui étaient la mienne à cette époque, et pense avoir développé des aptitudes pour capitaliser sur mon expérience. J’ai peut-être gagné en rondeur et en diplomatie.

 

"le prince a été assez avant-gardiste"

La vision du monde du Prince a-t-elle évolué ?
Les années apportent un gain de maturité et l’évolution du monde fait que notre vision s’adapte. Le Prince a été assez avant-gardiste sur un certain nombre de sujets et l’évolution des choses le renforce dans ses convictions.

Qui souhaitez-vous attirer à Monaco ?
La vocation de Monaco, c’est l’accueil. Des résidents qui adhèrent à notre projet, qui vont venir développer de l’activité propre, apporter leur savoir, investir. Monaco est un pays avec une forte identité nationale – je suis d’ailleurs le président de la Commission pour la langue monégasque – et en même temps d’un extrême cosmopolitisme. Il n’y a pas beaucoup d’endroits au monde où les gens s’expriment aussi facilement en français, en anglais, en italien. C’est cette dualité qui est attractive et on souhaite faire venir des résidents mais aussi de la main-d’œuvre. Il n’y a pas de chômage significatif à Monaco, on importe de l’emploi et ou souhaite avoir des salariés qualifiés qui vont entrer dans nos transitions numérique et écologique, ou contribuer à l’attractivité médicale.

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