Rubriques




Se connecter à

Moi, Président: vous avez voté pour l'instauration d'une immigration choisie, voici notre décryptage

Vous avez été près de 300 à participer à notre dernier sondage pour “Moi, Président” et 56% d’entre-vous ont désigné l’immigration choisie comme proposition favorite. Que signifie précisément cette notion et quels pays l’ont déjà mise en place? Qui sont les candidats qui la remettent aujourd’hui au cœur du débat? Décryptage et analyse.

Gaëlle Belda Publié le 17/12/2021 à 18:30, mis à jour le 20/12/2021 à 18:30
decryptage
L’immigration est un grand thème de la présidentielle de 2022, c’est sans surprise celui de nos lecteurs cette semaine, après la démocratie directe en semaine 1, puis le service civique obligatoire en semaine 2. Photo DR

L’immigration est un grand thème de la présidentielle de 2022, c’est sans surprise celui de nos lecteurs cette semaine, après la démocratie directe en semaine 1, puis le service civique obligatoire en semaine 2. Largement en tête devant le "mandat de 7 ans pour le Président" (26%), la démocratie directe a ainsi recueilli 56% des suffrages. 

Pour la troisième semaine consécutive, nous allons donc entrer dans le détail de cette idée pour la France, émise par Fred, un lecteur niçois. Qui n’a pas été le seul à pointer du doigt la politique d’immigration de notre pays. Les uns pour dire leur inquiétude - ou leur agacement - quant à un flux migratoire qu’ils estiment bien trop dense et source de difficultés majeures. Les autres pour exprimer la nécessité de faire des choix économiques et humains cohérents avec les besoins et la situation du pays. 

Pas question d’enflammer un débat qui fait déjà couler beaucoup d’encre. Nous choisissons de nous intéresser au terme exact d’immigration choisie, de le définir et de voir un peu ce que ça implique. Si d’autres pays l’appliquent, s’ils ont des résultats et si nos candidats à la présidentielle s’y sont sérieusement penchés déjà.

Qu’est-ce que l’immigration choisie?

Cela consiste à "choisir" ses immigrés pour le pays d’accueil, selon certains critères définis par les décideurs. Souvent, ces critères sont économiques: cela peut donc consister à favoriser les travailleurs qualifiés et qui pourraient être très utiles à l’économie nationale. A contrario, on peut aussi ouvrir la porte aux travailleurs peu qualifiés, si le pays manque de ressources dans certains domaines. D’autres critères peuvent entrer en ligne de compte comme la faculté à s’intégrer dans le pays: capacité à comprendre la langue, la culture ou les valeurs.
L’immigration choisie - qui peut être mise en œuvre via un permis de travail - s’oppose à une immigration "subie". Dans ce cas, on entre dans le pays pour des raisons familiales ou comme demandeur d’asile.

Les autres propositions de notre dernière consultation

Nos lecteurs ont donc été 56% à souhaiter que l’on travaille sur la question de l’immigration choisie, une suggestion de Fred, un lecteur niçois. Juste derrière, avec 26% des suffrages, c’est l’idée de René-Gilles, de Nice, qui a séduit et du "Mandat de sept ans non renouvelable pour le président de la République". Les "mesures fortes en faveur de la santé mentale", de Julie, habitante de Mouans-Sartoux, ont enregistré quelque 7% des voix.

Le "Débat public sur les questions éthiques liées aux nouvelles technologies", a séduit à la hauteur de 6%. Une problématique évoquée par Julien, de Vallauris, cette intéressante proposition pour la France fera peut-être l'objet d’un décryptage d’ici l’échéance printanière. Enfin, la création d’un "Grenelle du handicap", soufflée par Michel, lecteur niçois également, a mobilisé 5% de nos votants. Le handicap étant une thématique forte relevée par nombre de nos participants.

Elle répond à quelle(s) problématique(s)?

Une politique d’immigration choisie peut être justifiée par une explosion démographique et le souhait de maîtriser le flux. Elle répond généralement à un manque de ressources, de main d'œuvre qualifiée ou non. 

Il y a, en effet, des offres d’emplois qui ne trouvent pas preneur malgré, parfois, un fort taux de chômage: ceci peut être lié au niveau de qualification ou à la pénibilité du travail. Pour y remédier, certains gouvernements décident de sélectionner leurs candidats à l’immigration afin qu'ils comblent ce besoin.

En France, notamment, les études professionnelles souffrent d’une mauvaise connotation et sont plutôt dévalorisées. Pourtant, la plupart répondent à une réelle demande. Les professions qui exigent de longues études supérieures peuvent elles-aussi être pénalisées par un manque d’engouement. Chercheurs, chirurgiens, médecins, avocats, ingénieurs-informaticiens: on estime, par exemple, que ces métiers subiront une forte pénurie d'ici 30 ans, au maximum.

Des prévisions à prendre au sérieux: dans les années 1990, on a pensé que le besoin en médecins ou en informaticiens ne serait pas criant. Les places d’étudiants ont volontairement été réduites… Raté. Aujourd’hui, pour combler le manque, beaucoup de médecins spécialistes et hautement qualifiés, notamment, viennent d'Afrique - principalement du  Maghreb.

Est-ce que ça a été mis en place ailleurs?

Le Canada s’est lancé dans les années 60. Le pays a mis en place un système à points: pour y travailler, la note minimum doit être de 67 points (28 points max attribués aux compétences linguistiques, 25  études, 15 pour l'expérience, 12 pour l'âge, 10 pour une promesse d'embauche et 10 encore pour l'adaptabilité). On peut gagner des points supplémentaires en s’installant dans des territoires en souffrance. Le dernier plan de migration prévoyait l'arrivée de plus d'un million de travailleurs jusqu'en 2021.

Une stratégie particulièrement inspirante pour l’Australie, qui a mis en place, en 2009, quelque chose d’assez similaire, avec un droit d’entrée fixé à 60 points (30 points max en fonction de l’âge, 20 pour la maîtrise de l’anglais, 20 pour le niveau d’études, 15 pour l’expérience professionnelle dans un emploi similaire à celui demandé, en Australie ou à l’étranger, et 5 à 10 points pour d’autres facteurs, dont les compétences de son conjoint).

Le gouvernement conservateur australien privilégie de plus en plus les candidats disposant déjà d’une promesse d’embauche. Les employeurs qui délivrent ce sésame, doivent prouver qu’ils ne pouvaient pas embaucher un natif. 

En terme de main d’oeuvre, on estime le besoin de l’Allemagne à au moins 260.000 immigrés par an d’ici 2060

 

 

 

Le 1er mars 2020, l’Allemagne a sauté le pas, partant d’un constat: on y manque de travailleurs, notamment dans le domaine de la santé et de l'informatique. On chiffrait, à l’époque,  la pénurie de main-d'œuvre qualifiée, à 1,2 million d'emplois. La loi du 1 mars 2020, a aussi facilité les expulsions des migrants sans titre de séjour mais elle permet aux migrants qualifiés d’entrer en Allemagne sans contrat d'embauche, pour six mois. Il leur faut quand même être en mesure de subvenir à leurs besoins et de parler un peu allemand.

Au moment de l’entrée en vigueur de cette loi, on estimait le besoin de l’Allemagne a au moins 260.000 immigrés par an d’ici 2060 pour répondre au manque de main-d’œuvre. 

Des politiques de quotas

En parallèle, il y a ceux qui ont une politique de quotas. C’est le cas, Outre-Atlantique - c’est la carte verte américaine: 55.000 sont délivrées chaque année avec des quotas par pays -. et plus généralement dans les pays anglo-saxons. En Europe, quelques pays, dont l'Autriche, se sont inspirés de ces méthodes.

 

Pour faire face à la pénurie de compétences, le Japon - qui ne veut pourtant pas parler de "politique d’immigration" - a créé deux visas ont été créés en 2019, comme le relate cet article de BFM. Le Japon emploie actuellement 1,28 million d’étrangers - choisis -, soit 2% des effectifs du pays.

Dans l’Union Européenne, enfin, chacun ses règles. Une dizaine de pays applique des politiques de quotas. Par exemple, L'Estonie limite les travailleurs étrangers à 0,1% de la population soit 1315 personnes en 2019. Quant à l'Autriche, évoquée plus haut, elle s’inspire du Canada en mettant en place un système de points pour 45 métiers.

Pour quels résultats?

La question est de se demander si l’immigration aggrave les difficultés budgétaires auxquelles sont confrontés les pays concernés ou si elle les aide, au contraire, à y faire face. Une étude de 2013 (oecd.org), s’est intéressée aux pays membres de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) en menant des analyses comparatives de l’impact fiscal de l’immigration, en s’appuyant sur des données émanant de tous les pays européens en question, ainsi que de l’Australie, du Canada et des États-Unis. 

Il y est écrit que "[...] l’impact fiscal de l’immigration varie mais, dans la plupart des pays, il est faible par rapport au PIB (produit intérieur brut) et, en moyenne, proche de zéro dans l’ensemble de la zone OCDE."

Il y est dit aussi que si la situation fiscale des immigrés est généralement moins bonne que celle des autochtones, ce n’est pas parce qu’ils affichent une dépendance plus grande à l’égard des prestations sociales mais bien parce qu’ils payent moins d'impôts et cotisent moins à la sécurité sociale. L’emploi restant le "facteur déterminant" et surtout dans “les pays dotés de systèmes de protection sociale complets. L’âge des immigrés a aussi une forte influence.

Autre inquiétude: que les immigrés aient un impact sur le chômage ou les salaires. Selon toutes les études recensées par le rapport de France Stratégie, en France comme dans les autres pays, "l’impact est faible". 

 

Comme le souligne, une analyse des Echos: "Dans les pays où les mécanismes salariaux sont rigides et où le Smic est haut, comme en France, l'impact sur les salaires est nul. Mais ce constat doit être nuancé dans certains cas, par exemple sur les revenus des non-qualifiés, comme dans la construction. Les premiers concernés par une concurrence sont alors très souvent les immigrés des années précédentes."

Peut-on instaurer une politique d’immigration choisie en France?

Nicolas Sarkozy a tâché d’instaurer une immigration choisie: cette politique avait été annoncée par le premier ministre, Dominique de Villepin, le 8 juin 2005 dans sa déclaration de politique générale. Puis, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, avait ouvert les portes à l’immigration “de travail” par la loi du 24 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration. 

L’idée de celui qui était alors président de l'UMP, était d’instaurer une immigration "choisie" ou "sélective" en opposition à une immigration “subie”. Le même type de politique que pratiquent la Grande Bretagne et l'Allemagne. 

Nicolas Sarkozy voulait attirer ce qu'il appelait "les compétences rares, les personnes hautement qualifiés, informaticiens, experts en biotechnologie, scientifiques". Il proposait alors de leur accorder une carte de séjour de trois ans. Pour les visas accordés aux étudiants (les universitaires étaient prioritaires), il partait sur un système d'immigration à points. 

Quant aux immigrés qui vivaient déjà en France, les règles devaient être durcies et en particulier pour le regroupement familial. La prime à la clandestinité, elle aussi, ne serait plus automatique mais au cas par cas - consiste à obtenir un titre de séjour en démontrant que l’on réside sur le territoire depuis dix ans. A l’époque, plusieurs centaines de milliers de clandestins étaient concernés.

Nicolas Sarkozy répète qu'il faut continuer dans la voie de l'immigration choisie

 

 

 

Le débat était lancé mais c’était compter les effets de la crise de 2008, puis de la vague migratoire du printemps arabe de 2011. Alors candidat à sa réélection, Nicolas Sarkozy martèle qu'il faut "continuer dans la voie de l'immigration choisie". Mais alors qu'en novembre 2007, Brice Hortefeux fixait pour objectif de "faire progresser l'immigration économique", Claude Guéant a souhaité la "maîtriser" plus sévèrement.. Le ministre de l'Intérieur affirme alors qu'il faut désormais "diminuer l'immigration du travail et le regroupement familial". En avril 2011, il enterre la loi de 2007.

Ce revirement n’a pourtant pas convaincu les économistes et démographes spécialistes de la question, interrogés par Le Figaro.fr, Xavier Chojnicki, du Centre d'études prospectives d'informations internationale (Cepii), a même rappelé “qu'en matière d'emploi, il existe un relatif consensus pour constater qu'autochtones et immigrés sont plutôt complémentaires. La plupart des études réalisées constatent d'ailleurs un très faible impact de l'immigration sur le taux de chômage." (Lire plus haut, "Pour quels résultats")

Le cœur de l'immigration en France, reste aujourd’hui le regroupement familial, tempéré par les réfugiés, puisque le pays est signataire de la convention de Genève, et par l'entrée des étudiants.

Des candidats à la présidentielle déjà engagés en ce sens?

En matière de politique d’immigration, bien entendu, tous les gouvernements ont phosphoré. Cet article du Monde revient notamment sur la centaine de réformes sur l’immigration en France depuis 1945. C’est encore aujourd’hui l’un des thèmes majeurs de l’élection présidentielle. 

L’immigration choisie, en 2019, le gouvernement d’Edouard Philippe l’a abordée en présentant un ensemble de mesures en vue de "reprendre le contrôle de notre politique migratoire", avec entre autres l’intention de renforcer l’immigration "de travail", en mettant en place des objectifs chiffrés pour répondre aux besoins non couverts - il y a une une liste des métiers en tension fixée en 2008 par arrêté et réactualisée en 2019. L'épidémie de Covid-19 a ensuite relégué le sujet au second plan. 

Il y a quelques jours, sur le plateau de TF1, Emmanuel Macron s’exprimait sur la question. Il s’oppose à "l'interdiction d’immigration", soutenue par le candidat "Reconquête" Eric Zemmour qui mise sur une "immigration zero". Le président de la République insiste: "Nous aurons besoin de cette immigration de travail qui est limitée, choisie, maîtrisée, pour faire tourner notre économie."

Dès le mois de mai, François Bayrou, président du Modem et haut commissaire au Plan, parlait lui aussi "d’immigration économique". "L’apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités", a-t-il déclaré, s'alarmant notamment d'une "faible vitalité démographique qui menace le système social".

 

Valérie Pécresse, la candidate des Républicains, valorise la notion de "quotas démocratiquement votés par le Parlement chaque année" - "à la canadienne ou à l’américaine". Elle veut renégocier les accords migratoires avec tous les pays. Elle est l’auteure d’une loi constitutionnelle qui va dans ce sens. (Interview Europe 1, octobre 2021)

Enfin, Marine Le Pen a présenté son plan Citoyenneté-identité-immigration, qui comprendra donc, un "plan complet de maîtrise de l'immigration". La présidente du Rassemblement national n'utilise pas le terme "d’immigration choisie" mais "maîtrisée": "Par la reprise en main de nos frontières, de notre politique de visas." Elle veut refondre "l’ensemble du droit applicable aux étrangers". Elle souhaite faire de cette proposition une priorité nationale qui s’articulerait, dans un premier temps, autour d’un référendum. 

Présidentielle 2022: c’est à vous de jouer!

Tout a commencé par un grand sondage auquel il est possible de participer jusqu’au premier tour de l'élection présidentielle. L’idée est de vous donner la parole: déposez vos propositions pour la France, en vue de la Présidentielle.

Ces mêmes propositions sont ensuite sélectionnées, cinq par cinq, et soumises au vote de nos lecteurs. Chaque semaine, celle qui remporte le plus de suffrages est analysée et décryptée. 

Vous avez déjà été nombreux à jouer le jeu et à partager avec nous ce qui vous préoccupe le plus. Certains ont détaillé leurs choix, d'autres ont été plus brefs. Dans tous les cas, nous avons un lot intéressant de réflexions et d'idées que nous partagerons largement, sur notre site Internet, au fil des semaines.

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.