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Moi, Président: “Il faut instaurer la démocratie directe", on a passé au crible cette proposition pour la France

Vous avez été près de 500 à voter pour votre proposition préférée, et 63% à souhaiter l’instauration d’une démocratie directe. Il est question de politique et de révision du système en place. Décryptage et analyse de la toute première idée soumise par un lecteur. Chaque semaine, jusqu'à l'élection présidentielle, nous publierons dans "Moi président", une proposition citoyenne.

Gaëlle Belda Publié le 01/12/2021 à 18:32, mis à jour le 01/12/2021 à 18:41
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Illustration DR

Vous avez été 63% à voter en faveur de la démocratie directe, une suggestion de José, toulonnais. L'idée c'est d'être pleinement impliqué dans des décisions qui concernent la France. C'est être appelé bien plus régulièrement aux urnes.

C’est une forme de démocratie qui puise sa source dans l’antiquité grecque - la démocratie athénienne, au Ve siècle av. J.-C., est un des premiers exemples - et dans laquelle les citoyens exercent directement le pouvoir, sans l’intermédiaire d’élus. 

Ici, chaque citoyen devient acteur du système. La démocratie directe répond à la volonté de “rendre la parole au peuple”, une des grandes revendications des Gilets jaunes. Ils militent notamment en faveur du référendum d'initiative citoyenne (RIC). Ils veulent ainsi pouvoir abroger une loi, modifier la constitution, révoquer un élu en cours de mandat, et proposer une loi. 

 

Les autres propositions de cette première consultation?

"Simplifier les lois" - 23% des suffrages - a bien failli supplanter toutes les autres: cette proposition a séduit largement, bien avant que nos lecteurs privilégient la démocratie directe (63%).

La "valorisation de l'expérience des seniors" n'a mobilisé que 10% des participants. Et pourtant, la thématique revient régulièrement dans notre sondage Moi, Président: vous avez des idées pour la France. La condition des personnes âgées et autres retraités vous préoccupe grandement, nous y reviendrons dans les semaines qui viennent.

Encore plus loin, avec 4% des votes, la "suppression de la notation à l'école". L'idée était d'en finir avec la compétition les uns par rapport aux autres pour donner envie aux enfants de donner le meilleur, les uns avec les autres. La jeunesse, l'éducation feront forcément l'objet d'un décryptage d'ici avril 2022. 

D'autres pays se sont-ils déjà lancés?

La Suisse ou l'État américain du Vermont, ont une forte tradition de démocratie directe. Ils maintiennent toujours, en parallèle, un système parlementaire. Le système de consultation populaire suisse est régulièrement cité comme modèle. Nos lecteurs n’ont d’ailleurs pas manqué de le pointer du doigt. 

Comment ça fonctionne? Le premier point, c’est ''l'initiative populaire'', considérée comme l'un des piliers de la démocratie directe en Suisse, et qui vient des citoyens. Pour qu'une proposition soit soumise au vote, elle doit recueillir au moins 100.000 signatures. Ensuite, vient le ''référendum obligatoire'', chaque fois qu'on touche à la constitution. Les révisions de la Constitution n’entrent en vigueur que si la majorité du peuple et des cantons les acceptent en votation. Et enfin, on a le ''référendum facultatif''. Lorsque les citoyens s’opposent à certaines décisions du Parlement, ils doivent récolter 50.000 signatures valables dans les 100 jours à compter de la publication officielle de l’acte ou que huit cantons le demandent. La loi sera soumise au vote du peuple et elle n’entrera en vigueur que si la majorité du peuple l’accepte.

Pour quels résultats?

Ce système a pour principal intérêt de rendre les citoyens actifs et impliqués. La politique fait partie du quotidien des Suisses. Pour être efficace, la démocratie directe a besoin  de consensus: de personnes qui se mettent autour d’une table et qui acceptent la décision prise. C’est aussi, chez nos voisins suisses, un système qui nourrit un débat démocratique sur des questions de société. 

Depuis janvier 2018, les citoyens ont notamment été amenés à se prononcer sur: l'impôt, la suppression des redevances radio et télé, la monnaie, les jeux d'argent, les pistes cyclables, les aliments équitables, la sécurité alimentaire, l'initiative pour les vaches à cornes, pour l'autodétermination, contre le mitage (gel des zones à bâtir)...

Intéressant donc mais pas sans petits défauts. Interrogé, dans le cadre d’un de nos dossiers "Solutions" par notre consoeur Sophie Casals, Patrick Vallélian, directeur général et rédacteur en chef du site Sept.info, expliquait aussi que “pour passer une loi, il faut trouver le meilleur équilibre. On est consulté mais la mise en place d'une loi est un processus très long. La machine est très subtile, c'est comme une montre. On est dans un système critiquable, perfectible, mais il s'auto-améliore, il a le mérite de permettre un débat sain et vigoureux sur lui-même."

Enfin, il souligne les faibles taux de participation des citoyens, souvent appelés aux urnes. "On a entre 30 et 40% de taux de participation, ce n'est pas énorme, pose Patrick Vallélian. C'est sans doute lié à la fréquence des consultations, mais aussi au fait qu'on n'a pas un avis sur tout."

Est-ce applicable en France?

Pour François Garçon - enseignant-chercheur pour l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne,  président de Démocratie directe pour la France et vice-président de la chambre de commerce suisse en France -, le modèle suisse serait "idéal pour notre pays". Ce qui ne signifie pas que nous soyons prêts à basculer. Il a exposé son analysé, sans détour, lors d’une interview avec le journaliste du Temps.ch, Richard Werly, le 24 novembre: "La priorité de la France, pour qu’elle devienne une véritable démocratie participative, est d’instaurer le référendum au niveau communal. Ce serait une première mise en jambe. Il faut que les Français comprennent qu’ils ont un pouvoir, et qu’ils peuvent l’exercer de manière visible dans leurs communes. La démocratie communale est l’école de la responsabilité individuelle, qui n’existe pas en France."

 

Sondé par Nice-Matin sur le même sujet, le journaliste suisse Richard Werly, avait expliqué que, pour lui “le référendum et la démocratie directe, ce n'est pas juste un article dans une constitution. Pour que ça fonctionne, il faut d'abord une culture de la démocratie directe. Elle est au rendez-vous en Suisse, où lorsqu'il y a un référendum, la campagne se concentre sur l'objet du référendum, qui n'est pas que national à la différence de la France. En effet, on peut aussi bien être amené à voter pour ou contre la construction de tours à Genève que sur l'interdiction des minarets à l'échelle nationale."

Patrick Vallélian est plus direct: "L'État c'est le peuple. Le modèle suisse est difficilement transposable en France, car ça doit passer par une constitution, une nouvelle organisation de l'Etat." Il enchaîne: "En France la population dit: on veut être consulté. Alors, la réponse c'est quoi? Le grand débat public, les cahiers de doléances, c'est très positif. Y aura-t-il une volonté d'aller plus loin sur la redéfinition des pouvoirs sur le mode fédéral par exemple?"

Présidentielle 2022: c’est à vous de jouer!

Tout a commencé par un grand sondage auquel il sera possible de participer jusqu’au premier tour de l'élection présidentielle. L’idée est de vous donner la parole: déposez ici vos propositions pour la France, en vue de la Présidentielle.

Ces mêmes propositions sont ensuite sélectionnées, cinq par cinq, et soumises au vote de nos lecteurs. Chaque semaine, celle qui remporte le plus de suffrages est analysée et décryptée. 

Vous avez déjà été nombreux à jouer le jeu et à partager avec nous ce qui vous préoccupe le plus. Certains ont détaillé leurs choix, d'autres ont été plus brefs. Dans tous les cas, nous avons un lot intéressant de réflexions et d'idées que nous partagerons largement, sur notre site Internet, au fil des semaines.

Le prochain vote? C'est juste ici! Cliquez et choisissez la proposition qui vous séduit le plus!

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