Métro, télécabine... le point sur les pistes du gouvernement princier pour fluidifier le trafic à Monaco et au-delà

À court comme à long terme, en dehors comme dans la Principauté, l’exécutif princier n’exclut aucune piste pour fluidifier le trafic et améliorer son attractivité. Le point sur les projets à l’étude.

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Thibaut Parat Publié le 21/12/2022 à 14:30, mis à jour le 22/12/2022 à 14:28
De ce parking des Salines (1 200 places) pourrait partir un cheminement piéton jusqu’aux quartiers de Fontvieille et de la Condamine. Cyril Dodergny

Si la thématique sensible du logement a eu le droit à son Plan national afin de résorber la pénurie d’appartements domaniaux, celle de la mobilité apparaît déjà comme l’un des enjeux de la décennie en cours pour la Principauté, dont les accès routiers sont congestionnés en heures de pointe. Sans parler de la circulation intra-muros.

Un frein à l’attractivité du pays qui fut au cœur de récents débats au Conseil national, en amont du vote du budget primitif 2023.

Face à des élus soucieux de connaître les délais des différents projets à l’étude, le ministre d’État, Pierre Dartout, a insisté sur le distinguo à faire entre les projets à moyen et long terme pour fluidifier l’accès à la Principauté, nécessitant des infrastructures lourdes, et ceux à plus courte échéance pour désengorger le trafic intra-muros.

Le moyen et long terme

Métro entre Nice et Monaco avec un éventuel passage par la Brasca, télécabine, liaison souterraine entre la Brasca et l’îlot Charles-III. Autant de dossiers qualifiés d’Arlésienne.

"Nous avons analysé les différentes hypothèses avec ses avantages et ses inconvénients. Certaines s’excluent les unes des autres, d’autres sont complémentaires. Nous ne pouvons faire les choix nécessaires car nous n’avons pas toutes les données budgétaires et cela nécessite des accords avec la France, tant au niveau de l’État que des collectivités territoriales", résume Pierre Dartout.

Une chose est sûre: la récente annonce d’Emmanuel Macron sur l’ambition française de développer des RER dans dix métropoles de l’Hexagone n’a pas laissé insensible les autorités monégasques. "Il n’a pas cité la ville de Nice mais, sans vouloir parler en son nom, il y a de fortes chances qu’elle figure dans la liste, estime Pierre Dartout. C’est un élément important pour nous car Monaco ne serait pas le seul financeur du projet. Celui-ci devra être défini en étroite collaboration avec la France."

Quant au télécabine, dont la liaison pourrait relier le futur parking des Salines à l’entrée ouest de Monaco et le centre-ville, le dossier n’est pas encore tranché car en balance avec un réseau d’ascenseurs et de passerelles. "Il faut être conscient qu’on ne pourra pas tout faire. D’abord, pour des raisons financières. Ensuite, parce que certaines infrastructures peuvent se révéler en concurrence."

La liaison souterraine entre la Brasca et l’îlot Charles III nécessiterait, elle, la création d’un parking pour "dissuader le plus possible de personnes de rentrer dans Monaco". Un projet qui serait coûteux. "On connaît le coût d’un tunnel, environ 100 millions d’euros par kilomètre. En pente, ce serait plus cher. Il ne faut exclure aucune solution."

Un cheminement piéton du parking des Salines à l’îlot Pasteur

Parmi les projets à court terme, Céline Caron-Dagioni, conseiller de gouvernement - ministre de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme en a dévoilé un nouveau à partir du futur parking-relais des Salines, près du Jardin exotique donc, dont les 15 niveaux souterrains comptabiliseront 1.820 places.

Prévu pour début 2024, l’ouvrage dissuadera, lui aussi, les pendulaires de s’engouffrer davantage en Principauté. "L’idée est de créer une liaison piétonne entre ce parking et l’îlot Pasteur - où le collège et le centre administratif sont prévus - car celui-ci est au carrefour de la Condamine et de Fontvieille, dévoile-t-elle. Ce parcours piéton est un moyen de renaturer son territoire. On n’a pas nécessairement envie d’être dans une galerie enfermée ou dans des ascenseurs".

Ce cheminement piétonnier de haut jusqu’en bas devrait desservir le Musée d’anthropologie, où des travaux d’accessibilité sont programmés, le belvédère du boulevard de Belgique et le quartier Plati. "Cela permettra de redonner de la vie à ce quartier qui a été enclavé et a subi les désagréments des chantiers".

Le projet sera présenté par l’exécutif aux élus du Conseil national au terme du premier trimestre 2023. "Tout cela se fera en complément des liaisons mécanisées", précise Céline Caron-Dagioni.

Notamment la galerie des Salines, dont le lancement opérationnel est estimé pour octobre 2023. Depuis ce même parking des Salines, ses utilisateurs pourront rejoindre le CHPG mais aussi la partie basse de l’avenue Pasteur, près du parking du cimetière.

De cet endroit, ils pourront emprunter une passerelle surplombant le boulevard Charles-III - pas encore créée - pour rejoindre la zone de l’îlot Pasteur.

Des bus renforcés?

En parallèle, la Compagnie des Autobus de Monaco a été missionnée par l’exécutif pour créer de nouvelles lignes de bus, directes, entre ce parking d’entrée de ville et l’îlot Pasteur et Fontvieille, mais aussi une autre vers le Casino de Monte-Carlo. "Et ce, sans passer par 25 arrêts. C’est similaire à ce que l’on a mis en place avec la navette du CHPG depuis la ZAC Saint-Antoine", poursuit Céline Caron-Dagioni.

Côté Est, enfin, après avoir considérablement revu à la baisse le contingent de places publiques au parking des Sources (233 sur 1.100), l’État mène actuellement des sondages au niveau du giratoire de Saint-Roman pour un projet de parking. Là encore, un dossier majeur devant être mené de concert avec les autorités françaises.

Pierre Dartout a proposé au Conseil national de tenir une commission plénière d’étude (CPE) en février 2023, dans la foulée des élections nationales du 5 février, pour aborder plus en détail toutes ces questions de mobilité avec les futurs conseillers nationaux.

L’expérimentation de nouveaux couloirs de bus permettra de viabiliser un tracé pour un transport collectif en site propre. Photo archives Cyril Dodergny.

Le projet de transport collectif en site propre (TCSP) relancé

Pour alléger le trafic intra-muros, entre les quartiers de Saint-Roman et Fontvieille, les projets de métro ou de transport collectif en site propre (TCSP (1)) ont été étudiés par le gouvernement princier mais jamais concrétisés sur le terrain.

"Ces solutions sont-elles d’actualité ou exclues?", a questionné Balthazar Seydoux, vice-président du Conseil national lors de la séance budgétaire du 12 décembre.

Céline Caron-Dagioni, conseiller de gouvernement - ministre de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme, a confirmé à l’élu Primo! que "la solution de TCSP est toujours d’actualité » et demeure « la plus rapide à mettre en œuvre".

La Direction de la Prospective, de l’Urbanisme et de la Mobilité (la DPUM), qui devra budgéter les éventuels ouvrages souterrains et analyser les impacts sur la circulation actuelle, possède déjà une base de travail.

"Il y avait deux projets de TCSP: le premier, beaucoup plus ambitieux avec des ouvertures de tunnel et un autre, moins ambitieux et moins invasif, a détaillé Céline Caron-Dagioni. Tout ce qui a été fait n’est pas à jeter. On sera dans la version la plus ambitieuse."

L’expérimentation de nouveaux couloirs de bus permettra, justement, de viabiliser un tracé et "sacraliser" des voies.

Une perspective qui a rendu sceptique Franck Lobono, élu de la majorité. "Je ne suis pas dans les études et je ne suis ni architecte, ni ingénieur. Je le dis avec le bon sens populaire qui est le mien: est-ce raisonnable de créer une voie de TCSP dans un pays où deux bus n’arrivent pas à se croiser? J’ai le sentiment que la situation en surface devient de plus en plus compliquée à Monaco. Ne faut-il pas abandonner un projet de surface pour en privilégier un souterrain?"

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