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«L’important, c’est le principe d’humanité»

À Monaco, Simon Missiri, le directeur du bureau de la région Europe de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, évoque les migrations

Recueilli par nicolas hasson-fauré Publié le 18/10/2016 à 11:43, mis à jour le 18/10/2016 à 11:49
Alors que les hauts représentants de sept sociétés nationales de la Croix-Rouge de petits États d’Europe, du Comité international de la Croix-Rouge et de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge se réunissent à Monaco, Simon Missiri (avec le prince et ci-dessous) revient sur les migrations en Europe.
Photo Philippe Fitte / Croix-Rouge monégasque

Il a démarré sur le terrain, au Soudan. Simon Missiri a rejoint la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge il y a une trentaine d’années. Il est aujourd’hui le directeur du bureau de la région Europe. Simon Missiri est venu à Monaco alors que la Croix-Rouge monégasque reçoit les hauts représentants de sept sociétés nationales de la Croix-Rouge de petits États d’Europe, du Comité international de la Croix-Rouge et de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, depuis hier et jusqu’à ce soir. Pour échanger sur des problématiques communes. Parmi les points centraux de cette rencontre, justement: les migrations. Simon Missiri revient sur ce sujet au centre de l’actualité européenne, en insistant sur le «principe d’humanité».

Quelle est l’approche de la Croix-Rouge sur les migrations en Europe?
Pour nous, c’est le principe d’humanité qui est le plus important.On ne fait pas de différence entre les gens qui fuient des zones de guerre ou ceux qui veulent échapper à une pauvreté extrême. C’est notre message aux citoyens de l’Europe. Depuis le début de ce dossier, l’Europe a fait preuve d’un niveau exceptionnel de solidarité. Aujourd’hui, nous observons de plus en plus de réticence aux migrations. Et notre rôle, c’est d’augmenter le niveau d’humanité et de solidarité.

Cela veut dire s’adresser à l’opinion publique, directement?
Absolument. De la Turquie à l’Allemagne en passant par les Balkans, notre mission est de porter assistance aux gens. Mais une grande partie de notre rôle consiste aussi à éduquer les deux communautés: les migrants et les citoyens d’Europe. Pour apprendre comment vivre ensemble, comment coexister. Avec des classes de langue, des cours sur la culture. On ne peut pas renvoyer ces gens. Beaucoup des pays d’où ils viennent ne le permettent même pas.Alors, il faut soutenir une présence, sur le plus long terme, des migrants en Europe. Cela veut dire qu’il faut trouver un moyen pour leur donner une vie décente, mais sans accabler des pays d’Europe qui ne se trouvent pas dans un contexte économique très favorable. Comme la Grèce, qui a montré un exemple exceptionnel de solidarité mais où 40 % de la population n’a pas de réel accès aux soins.Nous devons trouver un moyen de vivre ensemble. Il y a un moyen. Il faut se souvenir que la civilisation sur cette planète a été façonnée par les migrations.

 

Quelle forme prend ce travail, sur le terrain?
Cela dépend du contexte. C’est très différent d’un pays à l’autre. Mais il faut éduquer les migrants à la réalité de ce qu’il y a autour d’eux. C’est quelque chose qu’ils doivent accepter. Beaucoup arrivent avec des illusions: ils sont en Europe, c’est un paradis, un havre de paix. C’est la perception qui est entretenue par les passeurs. Il faut de l’éducation. Il faut apprendre la langue. Il faut apprendre à respecter les cultures.

Faut-il aussi effectuer un travail d’éducation auprès des citoyens européens?
Oui. Bien sûr. Nous discutons du lancement d’une campagne européenne contre la xénophobie. Pour qu’il y ait plus de tolérance. Cela nous inquiète beaucoup. D’autant que beaucoup de ces peurs naissent de la peur.

En Europe, les mouvements qui ne sont pas favorables aux migrations gagnent du terrain. Cela vous inquiète?
Oui.Dans l’optique de certains mouvements populistes, tout se mélange: les réfugiés syriens avec la liberté de mouvement en Europe, par exemple. Les migrations sont devenues quelque chose de négatif, dans certains esprits. Cela nous inquiète beaucoup. Il faut combattre cela. Ce n’est pas juste.

Dans ce contexte, comment voyez-vous le futur en Europe?
Je suis confiant. L’Europe a des milliers d’années d’histoire derrière elle, avec beaucoup de choses, des guerres, des années de collaboration… Nous arriverons à renverser la situation. À se diriger vers quelque chose de positif pour nos citoyens, pour ceux qui sont venus se réfugier ici, dont beaucoup retourneront dans leurs pays d’origine quand la paix et la stabilité seront revenues. Mais bien sûr, c’est une vision à long terme.

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