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"Les idées que je porte trouvent un écho auprès des Français"... L'interview exclusive d'Eric Zemmour à Var-Matin

Eric Zemmour explique pourquoi il a souhaité se présenter dans la quatrième circonscription du Var. Le candidat d'extrême droite évoque son procès gagné devant la cour d'appel de Paris, confie ses regrets de ne pas avoir fait front commun avec le RN et LR et tend les bras au Niçois Philippe Vardon.

Lionel Paoli Publié le 12/05/2022 à 20:45, mis à jour le 12/05/2022 à 20:59
interview
"La droite aurait eu davantage de chances si nous nous étions présentés unis", affirme Eric Zemmour. (Photo Frank Muller)

La chemise blanche, lumineuse sur le pantalon crème, met en valeur un bronzage impeccable. Eric Zemmour paraît radieux. Les mocassins plantés dans la pelouse de son ami Marc-Etienne Lansade (1), le candidat d’extrême droite vient d’apprendre une "excellente nouvelle". La cour d’appel de Paris confirme sa relaxe pour "contestation de crimes contre l’humanité".

Il était poursuivi pour avoir affirmé, lors d’un débat télévisé, que "Pétain a sauvé les juifs français."
"C’est bien la preuve qu’on m’a fait, au sens propre, un mauvais procès", grince-t-il. "Je n’ai jamais nié le génocide des juifs. On a voulu m’atteindre en déformant mes propos. Maintenant, la vérité est rétablie ; j’en suis heureux et soulagé."

Puis, d’un geste vif, il balaie le problème. Comme pour renvoyer cet épisode dans les oubliettes. Et signifier qu’il entend désormais conjuguer ses engagements au futur.

Vous êtes candidat dans le Var où vous n’habitez pas. Vous êtes donc un "parachuté" ?
Il ne s’agit pas d’un parachutage ; j’ai l’intention de m’implanter ici. Vous le savez, j’ai une histoire particulière avec ce département. C’est ici, l’été dernier, que j’ai accordé à votre titre la première interview qui annonçait ma campagne. C’est à Toulon que j’ai tenu mon premier meeting, c’est également ici que Marion Maréchal m’a rejoint. J’aime le Var et les Varois. En retour, j’ai l’impression qu’ils m’aiment bien.

Vous avez d’abord été annoncé à Cannes, dans la huitième circonscription des Alpes-Maritimes. Vous avez hésité ?
Il n’en a jamais été question. [Il sourit] Vous savez, il y a eu beaucoup de rumeurs infondées qui circulent…

Dans cette 4e circonscription du Var, vous avez obtenu l’un de vos meilleurs scores le 10 avril : 14,7 % des voix. C’est tout de même deux fois moins que Marine Le Pen (32,2 %). Vous pensez avoir une chance ?
[Il hausse les épaules] Qui peut le savoir ? Dans une élection, il arrive de perdre – mon expérience récente me permet d’en témoigner. Mais personne ne peut prévoir les résultats à l’avance.

 

 

J’ai le sentiment que les idées que je porte trouvent un écho auprès des Français

Les sondages promettent à Reconquête !, au mieux, un ou deux sièges au Palais Bourbon. Cela ne vous décourage pas ?
Oh, il en faut davantage pour me décourager ! La campagne commence à peine. J’ai le sentiment que les idées que je porte trouvent un écho auprès des Français.

Quel intérêt d’être élu, si vous n’êtes pas assez nombreux pour former un groupe (2) ?
Etes-vous capable de me citer le nom de tous les députés RN ? Je parie que ce n’est pas le cas. En revanche, la France entière connaît le nom et les convictions de Jean Lassalle. C’est la personnalité de l’élu qui compte. Après, ce qui est certain, c’est que la droite aurait eu davantage de chances si nous nous étions présentés unis.

Vous avez tendu la main au RN et à LR. Sans résultat ?
[Il secoue la tête] Aucun de mes appels n’a été entendu. J’ai bien compris que, pour des questions d’ego, les dirigeants de ces partis préfèrent perdre séparément plutôt que gagner ensemble. C’est regrettable. D'autant plus que les électeurs, eux, souhaitent que nous fassions front commun.

 

 

Marine Le Pen est allée jusqu’à dire que j’étais entouré de nazis !

Ne portez-vous pas une part de responsabilité ? Pendant la campagne, vous n’avez pas ménagé vos attaques contre Marine Le Pen…
Bien sûr. Mais comme vous le dites, c’était la campagne. Moi-même, je n’ai été ménagé par personne ! Marine Le Pen a repris contre moi tous les arguments de la gauche. Elle est allée jusqu’à dire que j’étais entouré de nazis ! Faut-il rester bloqué sur des petites phrases prononcées de part et d’autre ? Je ne le crois pas.

Relever que le "nom de Le Pen est associé à l’échec pour la huitième fois", au soir du premier tour, ce n’etait peut-être pas la meilleure façon de préparer l’union...
On ne doit jamais regretter d’avoir dit la vérité.

N’était-ce pas, a minima, une erreur stratégique ?
Il faut savoir dépasser ce genre de choses. Regardez à gauche : ils ont été sans pitié les uns avec les autres pendant la campagne. Mais aujourd’hui, ils sont unis. Pourquoi, à droite, ne sommes-nous pas capables de faire la même chose ? C’est d’autant plus regrettable que la Nupes de Jean-Luc Mélenchon réactive le clivage gauche-droite.

A Nice, le frontiste Philippe Vardon a été privé d’investiture parce qu’il réclamait, comme vous, des candidatures d’union. S’il quitte le RN, ou s’il est exclu, vous êtes prêt à l’accueillir ?
Bien sûr. C’est un homme de conviction, intelligent et cultivé. S’il le souhaite, nous l’accueillerons les bras ouverts. Nous sommes sur la même ligne.

Dans les Alpes-Maritimes, Reconquête ! ne présente pas de candidat dans la circonscription d’Eric Ciotti (LR). Est-ce lui qui vous l’a demandé ?
Pas du tout. Nous avons voulu faire un geste pour montrer que nous étions unitaires. C’est pour cela que nous n’avons pas présenté de candidat contre Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Eric Ciotti.

 

 

Je n’ai aucune difficulté à accueillir ces Européens qui sont catholiques et partagent notre culture occidentale

Un mot sur la présidentielle. Franchement, vous vous attendiez à un score aussi faible (7,07 %) ?
Au début du mois de février, lorsque nous dépassions Marine Le Pen, évidemment pas ! C’est la guerre en Ukraine qui a rebattu les cartes. Notre dynamique a été cassée.

Votre première réaction, appelant à ne pas accueillir les réfugiés ukrainiens, ne manquait-elle pas d’humanité ?
Je pense qu’elle était maladroite sur la forme. Je n’ai aucune difficulté à accueillir ces Européens qui sont catholiques et partagent notre culture occidentale. C’est que je ne voulais pas, c’est que cela serve de prétexte pour recevoir n’importe qui ! Je souhaitais que l’émotion n’emporte pas toute capacité de réflexion.

Songez-vous déjà au match retour de 2027 ?
[Il éclate de rire] C’est un peu tôt ! Mais je suis là pour inscrire mon mouvement dans la durée.

 

1. Le maire de Cogolin, qui a quitté le FN en 2017, a rejoint Eric Zemmour en février.
2. Pour former un groupe à l’Assemblée nationale, il faut au moins quinze députés.
 

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