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"Le Traître et le néant", le livre de deux journalistes qui éparpille Macron "façon puzzle"

Avec son complice Gérard Davet, le journaliste Fabrice Lhomme publie "Le Traître et le néant". Une enquête très documentée sur le Président et son entourage, réalisée malgré le black-out de l’Élysée.

Lionel Paoli (lpaoli@nicematin.fr) Publié le 25/10/2021 à 10:25, mis à jour le 25/10/2021 à 10:30
"L'Élysée vous enferme dans un palais doré", estime Fabrice Lhomme. "Macron a fonctionné en vase clos". Photo Vincent Capman

Il y a dix ans, Sarko m’a tuer pointait les failles d’un quinquennat chaotique. Sept mois plus tard, Nicolas Sarkozy quittait l’Élysée. Il y a cinq ans, Un Président ne devrait pas dire ça…" écornait l’image de François Hollande. Quinze jours plus tard, le chefd'État renonçait à se représenter.

C’est dire si le nouvel opus de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Le Traître et le néant, était attendu. Et une fois encore, les deux journalistes du Monde jettent un pavé (638 pages!) dans le marigot politique. Nourris de dizaines de témoignages édifiants, cette enquête retrace l’itinéraire d’Emmanuel Macron, un enfant gâté de la République, aussi brillant que manipulateur.

Le succès de votre précédent ouvrage vous a plutôt simplifié ou compliqué la tâche?
Les deux. Aux yeux de certains de nos interlocuteurs, nous étions devenus incontournables. Mais pour les macronistes… [Il sourit] L’Élysée a fait passer la consigne: interdiction absolue de nous parler!

 

L’impossibilité d’avoir des contacts avec le "premier cercle" ne vous a pas découragé?
On n'attendait rien des proches du Président. Notre souci était de parvenir à trouver des éléments inédits. C’est un peu comme gravir l’Everest par une face inexplorée!

Au début de votre enquête, saviez-vous quel homme était Emmanuel Macron?
Pas vraiment. Nous sommes partis sans a priori. C'était comme un puzzle dont il fallait patiemment réunir les pièces.

Vous faites le portrait d'un couple replié sur lui-même. Les Macron n'ont pas d'amis, dites-vous. Gouvernent-ils ensemble le pays?
Dire cela serait excessif. Macron, c'est l’archétype du pouvoir exercé en solitaire. Mais Brigitte fait partie des rares personnes que le Président écoute. Or, elle n'a pas été élue par les Français…

Pour atteindre son objectif, écrivez-vous, Macron a trahi ceux qui l'ont aidé. Ce n’est pas le premier: Chirac avec Giscard, Sarkozy avec Chirac…
Oui, mais ce qui est frappant avec Macron, c'est la dissimulation permanente, le systématisme et la méthode employée: de grands sourires avant le coup de couteau.

Vous racontez que Macron, en 2017, a trahi Bayrou qui espérait être Premier ministre. Comment expliquez-vous que le président du MoDem ne semble pas lui en tenir rigueur?
Macron est un charmeur. Même un vieux renard comme Bayrou lui trouve des excuses, en invoquant des obligations tactiques ou en rejetant la faute sur d’autres. Surprenant!

Ancien cadre de la banque Rothschild, Emmanuel Macron est-il la "marionnette des puissances financières"?
Il est trop intelligent pour cela. En revanche, les puissances de l’argent ont misé sur lui après le crash inattendu de Fillon. Et force est de constater que sa politique a d’abord bénéficié aux plus riches.

 

Sur le financement de sa campagne, vous pointez des zones d’ombre?
Les principaux bénéficiaires de son action de 2012 à 2016, au secrétariat général de l’Élysée puis au ministère de l’Économie, sont précisément ceux qui ont payé sa campagne en 2017. La justice est saisie – même si le parquet ne semble pas pressé de traiter ce dossier… Il n’y a peut-être rien d’illégal, mais moralement, le procédé du retour d’ascenseur est discutable.

Le Président aurait tendance à exagérer ses performances sportives. Ainsi lorsqu'il prétend avoir couru un marathon, dont vous ne trouvez aucune trace?
Cela peut paraître anecdotique, mais aucun document n’existe sur cet événement. Pourquoi vouloir faire croire qu'on est plus beau qu'on ne l’est? Cela dit quelque chose de son ego. Et de son rapport à la vérité.

Vous décrivez un chef d’État totalement déconnecté des réalités. Pensez-vous que l’expérience accumulée pendant son mandat a amélioré ou aggravé cet état de fait?
Ça n'a pas pu l'améliorer. L'Élysée vous enferme dans un palais doré; Macron a fonctionné en vase clos. Le mouvement des "gilets jaunes" est notamment lié à sa déconnexion du réel. Souvenez-vous de ses remarques blessantes sur "ceux qui ne sont rien", la morgue avec laquelle il conseillait à un chômeur de traverser la rue pour trouver du travail…

Vous évoquez le "vide idéologique" du macronisme. La gauche et la droite vous paraissent mieux pourvues?
Oui, tout de même. La droite républicaine a un problème d'incarnation, le Parti socialiste a un problème d'incarnation et de ligne. Mais il y a des idées, des discussions. Au sein de LREM, il n'y a jamais rien eu. On ne peut pas avoir une colonne vertébrale avec des cadres comme Ferrand, qui vient de la gauche de la gauche, et Darmanin qui vient de la droite de la droite. Ce qui les réunit, c'est l'opportunisme!

Le Monde, votre propre journal, a refusé de publier les bonnes feuilles de votre livre. Le Journal du dimanche (JDD), il y a huit jours, évoquait une "levée de boucliers" interne. Cela vous a surpris?
Ni surpris, ni gêné. On a proposé ces extraits en exclusivité à notre journal. Notre direction a craint que ces textes soient perçus comme trop engagés avant la campagne présidentielle. On n'est pas des militants, pourtant, mais je peux comprendre…

Au Monde, le binôme que vous formez avec Davet est surnommé "Melon et Melon", selon le JDD. C’est exact?
C'est Le Canard enchaîné qui, le premier, a sorti ça. Je pense que c’est surtout dicté par la jalousie. Quant à l’article du JDD auquel vous faites allusion, il s’agit d’un papier de commande totalement malveillant; bourré d’erreurs et de propos diffamatoires. Ça ne m’étonne pas d’un journal qui traite très, très bien Macron…

Depuis des années, vous travaillez avec Davet. Vous n'avez jamais envie de réaliser des projets l'un sans l'autre?
Le truc, à la base, c'est qu'on est amis depuis trente ans. On a les mêmes centres d'intérêt; on aime travailler sur les mêmes choses. On a plusieurs projets ensemble, dont une pièce de théâtre inspirée de Un président ne devrait pas dire ça. Nous avons aussi écrit le scénario d'un film, Un monde d'hier réalisé par Diastème, qui sortira l'an prochain. Et une BD autour des présidents de la République. Puis une série inspirée d'une affaire que nous avons couverte. [Il sourit] Je voudrais aussi faire un bouquin sur le chanteur de Clash. Mais ça, ce n’est pas son truc, à Gérard: je le ferai sans lui!

 

Le Traître et le néant, de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, éditions Fayard. 638 pages, 24,50 euros.

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