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"Le terrorisme est devenu viral": un spécialiste évoque la menace à Monaco et sur la Côte d'Azur

Gilles Kepel, le politologue spécialiste de l’islam, professeur de sciences politiques à Menton, a expliqué lundi, pour la "Monaco Méditerranée Foundation", les risques terroristes dans la région.

Joëlle Deviras Publié le 27/10/2021 à 08:26, mis à jour le 28/10/2021 à 14:59
L'attentat du 14 juillet 2016 avait fait 86 morts. Franz Chavaroche / NICE MATIN

Faut-il craindre un risque d’attentat terroriste à Monaco? La question est éminemment sensible et c’est celle à laquelle Gilles Kepel a tenté de répondre, en filigrane, de sa conférence "Du Moyen-Orient au jihadisme en Europe", lundi soir, au One Monte-Carlo, pour la Monaco Méditerranée Foundation dirigée par Sandra Braggiotti.

Sandra Braggiotti et Gilles Kepel, lundi soir, dans une salle de conférences du One Monte-Carlo. Photo DR.

Professeur des Universités à l’université Paris Sciences et Lettres (PSL), titulaire de la Chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École Normale Supérieure, fondateur du campus Moyen-Orient Méditerranée pour Sciences Po et professeur à Sciences Po Menton, le politologue, spécialiste de l’islam, a dressé un tableau de la situation actuelle dans les Alpes-Maritimes et Monaco, notamment devant le ministre d’État Pierre Dartout, et son ministre pour l’Intérieur Patrice Cellario.

Monaco et le département voisin sont-ils aujourd’hui particulièrement vulnérables face aux risques terroristes?
Le retour des talibans au pouvoir, le dysfonctionnement de l’OTAN, Monsieur Erdogan qui fait ce qu’il veut et menace ses voisins, avec les problèmes de migrations tout particulièrement dans la Riviera française, les attentats de Notre-Dame de L’Assomption à Nice, tout cela montre les bouleversements de notre environnement auxquels, bien sûr, Monaco ne peut pas ne pas être sensible. La Principauté accueille en effet une population cosmopolite importante, dans un contexte où ces thèmes ne font pas toujours bon ménage.

Monaco doit donc être très vigilant?
Il se sent extrêmement concerné. Monaco a vécu, d’une certaine manière, sous le parapluie américain comme tant d’autres pays de la région, en liaison étroite avec la France. Aujourd’hui, l’ordre mondial est déstabilisé. Les États-Unis s’intéressent surtout à la Chine. Nous sommes donc évidemment très préoccupés par ces évolutions dans toute la région, à la fois du point de vue international mais aussi au niveau local. Rappelez-vous que l’un des grands activistes du jihad azuréen, le Niçois sénégalais Omar Omsen, avait acquis sa gloire comme djihadiste en prison en ayant été au départ braqueur d’une bijouterie de Monaco.

 
Gilles Kepel: "Omar Omsen, avait acquis sa gloire comme djihadiste en prison en ayant été au départ braqueur d’une bijouterie de Monaco". (Photo Eric Ottino).

La Principauté a donc été visitée par les islamistes…
Monaco concentre beaucoup de richesse dans un petit territoire et vit sur un modèle qui s’articule autour de la très grande sécurité et une immense liberté. C’est quelque chose qui a bien fonctionné tant que, dans notre région, avec le parapluie américain, la Méditerranée apparaissait principalement comme une zone pacifique. Le terrorisme était alors peu présent. Or, aujourd’hui, les Alpes-Maritimes ont été très impactés par le terrorisme. Elles sont le deuxième département après la Seine-Saint-Denis pour les départs en Syrie, notamment en raison de cet agitateur maralpin issu des quartiers de l’Ariane à Nice, Omar Omsen, qui est toujours présent dans la zone dite libre en Syrie avec d’autres Azuréens.

Existent-ils des extrémistes dans les communes limitrophes de Monaco?
On dit qu’il y a eu pas mal de départs depuis Beausoleil. Monaco est à côté de Nice. Il ne faut pas se faire d’illusion. Les Alpes-Maritimes ont une population émigrée originaire principalement de la Tunisie. Certains sont parfaitement intégrés. Mais il y a deux types de problème. La ville de M’saken en Tunisie est l’aboutissement de toutes les pièces détachées de contrebande d’Afrique du Nord, qui arrive principalement de la vallée du Var à Nice (ce que l’on appelle l’oued). De plus, il y a eu dans cette ville une prédication très radicale. C’était la ville de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le conducteur de camion de l’attentat du 14 juillet à Nice. C’est aussi la ville du dernier terroriste tunisien en France Jamel Gorchene, qui a poignardé une assistante d’un commissariat de Rambouillet en mars dernier. Gorchene était passé par la Côte d’Azur. Nous avons donc des flux assez problématiques.

Comment évolue le risque terroriste?
Il évolue considérablement. Comme la pandémie, le terrorisme est devenu viral. Alors que l’on a eu des organisations structurées. Al Qaïda était un système pyramidal. Ensuite on a eu un djihadisme réticulaire qui a été Daesh qui a touché particulièrement la France. Aujourd’hui, les assassins de l’enseignant Samuel Paty et de la basilique de Notre-Dame de L’Assomption à Nice n’étaient pas membres d’une organisation. Il y a un jihadisme d’atmosphère et les individus vont passer à l’acte sans qu’on leur ait donné un ordre. Il n’y a pas de hiérarchie. Et c’est donc de plus en plus difficile à détecter.

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