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Le soir où la Région Paca a basculé à droite

Mis à jour le 14/12/2015 à 05:15 Publié le 14/12/2015 à 05:15
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Le soir où la Région Paca a basculé à droite

19 h 59.

20 h : à son QG, Christian Estrosi tombe dans les bras de Renaud Muselier

19 h 59. De nombreux militants, une horde de journalistes, attendent l'instant des résultats au rez-de-chaussée de l'hôtel Plaza de Nice. Christian Estrosi est retranché dans un bureau au premier étage. Une tablette numérique posée devant lui actualise les résultats de sa ville en permanence. Le téléviseur mural est branché sur TF1. Autour de lui, Renaud Muselier, tête de liste Bouches-du-Rhône, Eric Ciotti, patron du Département et Anthony Borré, son directeur de campagne.

Tous, à l'exception d'Eric Ciotti, ont laissé tomber la veste, et arborent la même chemise blanche et une cravate noire.

Dans un coin, Jean-Luc Mano, ancien journaliste, conseiller spécial en communication du candidat, donne des consignes. Une dizaine de personnes, pas plus, est là. Il est 20 heures. Christian Estrosi se lève. TF1 annonce Xavier Bertrand vainqueur dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie, puis vient immédiatement le score attendu. 55 % pour le candidat Républicain. « Bravo Christian ! » Des applaudissements nourris dans la petite salle. Estrosi tombe dans les bras de Renaud Muselier, le saisit amicalement par le cou. L'accolade avec son futur premier vice-président à la région est franche. Eric Ciotti applaudit à l'instar de toute la team du candidat Républicain. On sent du soulagement, même si depuis quelques dizaines de minutes, l'issue semblait acquise. Mais la campagne a été dure, alors la pression se relâche dans ces mains qui claquent à l'unisson.

Très vite, les deux filles de Christian Estrosi viennent le serrer dans leurs bras.

Au rez-de-chaussée, c'est du délire. La vague des militants s'embrasse, se congratule. On n'entend plus les commentateurs politiques dans la prestigieuse grande salle moquettée de rouge. Les chaises aux montants dorés sont prises d'assaut. Dans l'euphorie, on grimpe dessus.

À l'étage, en petit comité, c'est l'heure de la photo souvenir. Jean-Luc Mano est tout sourire. Arrivent les proches, la porte s'ouvre et se referme sur des amitiés, des soutiens de campagne. Rudy Salles vient saluer le candidat qui pose avec ses deux filles, puis qui claque une bise à Maud Fontenoy, la navigatrice. Puis il prononce les premiers mots : « Je ressens beaucoup de bonheur, beaucoup de joie, le rassemblement des valeurs républicaines était au rendez-vous. » Il n'en dira pas plus. Son équipe de campagne l'isole pour qu'il puisse rédiger le discours de victoire.

Au rez-de-chaussée du Plaza Hôtel, les sympathisants applaudissent à tout rompre les résultats des candidats Républicains d'autres régions de France. Le Front national est hué. Copieusement. « La Francilienne, elle va vite retourner chez elle », prédit Murielle, une militante, sûre, visiblement, que Marion Maréchal-Le Pen ne siégera pas longtemps à la région Paca. Quelques minutes plus tard, Christian Estrosi apparaît dans la salle. Une ovation s'élève. « C'est une immense victoire, lance le nouveau président de la Région. (...) Que soient remerciés les hommes et les femmes qui malgré leurs divergences ont su participer à ce vaste rassemblement et que soient remerciés ceux qui à gauche ont fait le sacrifice de leur présence au conseil régional. » Il se « dispense » de saluer Marion Maréchal-Le Pen, « après les insultes, la calomnie, la haine ». Le discours se termine, Eric Ciotti bondit en premier sur la scène, puis l'ensemble des soutiens.

Jusque tard dans la soirée, tous fêteront cette victoire durement acquise.

Au QG de Marion Maréchal-Le Pen, les militants FN touchés mais pas coulés

 

Drôle d’ambiance, hier soir, au Florida Palace de Marseille, où Marion Maréchal-Le Pen était attendue pour l’annonce des résultats du second tour des élections régionales. C’est à se demander si, en cette fin d’après-midi, les journalistes ne sont pas plus nombreux que les sympathisants du Front national. Un comble quand on sait ce que pense la députée du Vaucluse des médias en général. Une salle de fêtes transformée en salle de presse géante, voilà pour l’ambiance. Et tant pis pour le dancefloor.

Le champagne prêt à couler

Pourtant, alors que les bureaux de vote commencent à fermer leurs portes, le champagne est déjà prêt à couler à flots dans le camp frontiste. « Peu importe le gagnant, ça sera trois euros la coupe », prévient le barman, bien conscient que le match peut encore basculer des deux côtés. Le suspense est haletant, les mines verrouillées à double tour. À l’extérieur, un groupe de vigiles croit encore à une « grande victoire ». Mais dès 19 heures, les premières tendances donnant gagnant Christian Estrosi refroidissent vite les esprits.

Franck Allisio, porte-parole de la candidate FN, est alors le premier à faire face à la nuée de micros qui l’assaillaient.« Les gens ont pris peur, à force de regarder la télé et d’ouvrir les journaux », analyse-t-il, l’air à moitié abattu. Cette défaite, Franck Allisio la met donc sur le compte de cette « coalition » dont a été victime selon lui, le Front national. Et le porte-parole de Marion Maréchal-Le Pen d’ironiser sur « la victoire d’Estrosi, le candidat de la gauche ». Tout aussi déçu, mais bien meilleur joueur, Thierry, un militant arrivé avant les autres, reconnaît que « c’est le jeu de la démocratie ». Mais pour lui, « l’important, c’est d’avoir gagné les esprits et d’avoir montré que nos idées devenaient de plus en plus à la mode ».

Retenir « la victoire »

Tous préfèrent donc retenir la « victoire » du premier tour. Frédéric Boccaletti en tête. « Nous n’avons rien à nous reprocher », analyse le directeur de campagne de la benjamine du clan Le Pen. Qui regrette toutefois « le traitement des médias qui ont eu un comportement abject » vis-à-vis de son parti. Il n’est décidément pas le seul à le penser. Ce soir, les journalistes en prennent pour leur grade. « On nous a présentés comme des pestiférés », estime de son côté Georges, un autre militant persuadé que « la prochaine fois, il n’y aura pas besoin de second tour pour gagner ». La déception commence officiellement à se lire sur tous les visages. Mais au FN, un militant touché n’est, semble-t-il, jamais coulé. « Cette élection marque la fin d’un système politique, préfère ainsi croire Jean-Bernard Formé, conseiller municipal à Lorgues. D’ailleurs, on a beaucoup de villes dans lequel le FN est arrivé premier ».

« Hâte d’être en 2017 »

Les comptes sont donc plus ou moins faits. Il est 21 heures lorsque Marion Maréchal-Le Pen arrive, pour s’exprimer face caméra? Fausse alerte. Un petit tour et puis s’en va. Sans doute intimidée par cette « horde de journalistes » qui l’attend au pied du podium, la candidate préfère renoncer. Pour revenir finalement vers 22h30, tout sourire, acclamée par des militants qui ont déjà « hâte d’être en 2017 ».

 

Les réactions régionales

 

Michel Vauzelle, président PS sortant de la Région

« Ce soir la République l’a emporté. Le peuple de Paca a su réagir dans la dignité en défendant par son vote les valeurs républicaines. Ce sursaut nous le devons d’abord à la gauche et à sa responsabilité devant la République. La résistance a gagné. Je suis fier de nos concitoyens, qui malgré des convictions différentes, ont fait le choix qui s’imposait. Je forme le vœu que Christian Estrosi, dont je salue l’élection, dirige notre Région dans un esprit ouvert au débat démocratique. Dans la période que nous vivons, l’écoute, la solidarité, la prise en compte des plus fragiles devront guider l’action régionale. Il n’y aura pas de développement économique, social et culturel de la Région si de larges catégories de nos concitoyens sont laissées au bord du chemin. »

Christophe Castaner, ex-tête de liste PS et alliés

« J’assume totalement le choix de notre retrait au soir du premier tour: Christian Estrosi le sait, il doit sa victoire au sens de la responsabilité du Parti socialiste. Nous ne siégerons pas dans l’hémicycle régional. C’est le prix de la victoire de Christian Estrosi et de notre détermination à privilégier nos valeurs à nos carrières. Nous serons dès demain les vigies exigeantes du respect des engagements pris par le nouveau président de Région. Il nous trouvera sur son chemin chaque fois que nécessaire quand il s’éloignera du pacte républicain qui le lie aujourd’hui à la Région.
Dès le début de l’année je proposerai la création d’un observatoire régional composé d’élus sortants, de candidats. Ainsi nous ferons vivre une force de proposition, d’opposition pour préparer l’alternance politique et la reconquête par la gauche des territoires perdus en 2014 comme en 2015 ».

Jean-Marc Coppola, ex co-tête de liste EELV-Front de gauche

« D’abord, le sursaut contre le FN est une satisfaction. Mais la seule question posée à ce second tour était: “Voulez-vous oui ou non du Front national? C’est une victoire par défaut de la droite, qui doit avoir la victoire modeste. La grande mobilisation ne s’est pas faite sur son projet.Il faut désormais passer au stade où la politique répond positivement aux attentes des citoyens. La politique, ce n’est pas que du renoncement.Les années à venir s’annoncent difficiles. Nous sommes déterminés, dans un état d’esprit offensif. »

Isabelle Bonnet, ex-tête de liste Lutte Ouvrière

« Il faudrait être naïf pour croire que la victoire d’Estrosi en Paca protège les habitants de la région des idées crasses du FN. La montée du FN pèsera sur la vie politique et sociale. D’autant plus que la droite comme le PS, en compétition pour regagner l’électorat du FN, reprennent son discours sécuritaire et réactionnaire.»

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