Le Conseil national valide le budget rectificatif de 2 milliards d’euros pour l'année 2022

Hier soir, la majorité des élus du Conseil national a voté en faveur du budget rectificatif 2022 qui affiche un excédent de 8,8 Me. Seuls quatre conseillers nationaux ont voté contre.

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Thibaut Parat Publié le 19/10/2022 à 11:06, mis à jour le 19/10/2022 à 13:26
Conseil national

Alors qu’une année auparavant, la pandémie de Covid-19 continuait de "plomber" les finances de la Principauté, que le budget rectificatif 2021 affichait toujours un déficit de 8,8 millions d’euros, celui de l’année 2022 dépasse la barre historique des 2 milliards d’euros de recettes et de dépenses. Pour cette fois-ci, dans un contexte économique pesant d’inflation, atteindre 8,8 millions d’euros d’excédent.

Hier soir dans l’hémicycle du Conseil national, au terme de trois séances publiques, les vingt élus présents ont voté majoritairement en faveur du projet de loi gravant dans le marbre ce budget rectificatif. À quatre voix discordantes près : celles des élus Primo ! Franck Lobono, Thomas Brezzo et Guillaume Rose, rejoints par leur homologue de l’Union monégasque, Jean-Louis Grinda (lire ci-contre).

Tour à tour, les parlementaires monégasques ont égrené leurs arguments devant les membres du gouvernement princier, tantôt le félicitant pour ses actions, tantôt le tançant pour ses "engagements non respectés" ou la supposée lenteur de ses décisions.

Mesures pour le pouvoir d’achat

Coté satisfecit, d’abord. Le Conseil national a salué les mesures prises par l’exécutif pour contrer la baisse du pouvoir d’achat. "L’État est au rendez-vous avec la revalorisation du traitement des agents et retraités du service public et de l’hôpital, ainsi que par la possibilité, pour nos entreprises, d’octroyer une prime sans charge à leurs salariés", a rappelé Balthazar Seydoux.

Comme d’autres, le vice-président du Conseil national et président de la commission des Finances et de l’Économie nationale a salué les comptes florissants du pays, facilitant la mise en route de projets structurants, et appelé à préserver l’attractivité, par ailleurs pierre angulaire de la politique princière.

 

Des louanges, certes. Mais Brigitte Boccone-Pagès, fraîchement élue à la tête du Conseil national le 6 octobre, a rappelé son mantra: la nécessité de préserver la qualité de vie. "Si notre économie va bien, et si les prévisions sont au beau fixe, le Conseil national doit rappeler au gouvernement que les priorités qui sont les siennes demeurent inchangées: le logement et la mobilité."

Héritière revendiquée de Stéphane Valeri, désormais au conseil d’administration de la Société des Bains de Mer, la première présidente de l’histoire de l’institution a imposé son style, son ton, souvent offensif durant les débats.

La mobilité et le logement furent au cœur des débats

Encore ce mardi soir, ces deux thématiques dépendant du Département de Céline Caron-Dagioni, assaillie de remontrances quant aux annulations ou reports d’opérations immobilières lors des deux précédentes séances, ont été largement évoquées.

Les conseillers nationaux ont réclamé "des solutions concrètes et rapidement réalisables » pour éviter une potentielle pénurie de logements domaniaux en 2026, ainsi que des "arbitrages" sur certains projets de mobilité. Karen Aliprendi (Primo !) demandant même, à nouveau, un plan national sur cette question.

Invité par la présidente du Conseil national à prendre la parole, le ministre d’État Pierre Dartout a décliné la proposition. Face aux assauts répétés des élus ces derniers jours, la ligne de conduite gouvernementale avait été claire : ne pas se prononcer, ni s’engager, sur des points n’ayant pas été définitivement confirmés par des études, d’autant plus dans un pays au territoire aussi contraint. Quant à la mobilité, bon nombre de décisions se prennent en concertation avec le pays voisin qu’est la France. Aucune marge de manœuvre, donc, pour agir unilatéralement.

 

Rendez-vous en décembre pour le budget primitif 2023

Avant de préciser qu’ils voteraient favorablement, certains élus ont donné rendez-vous en décembre prochain à l’exécutif. "Il s’agit désormais que les engagements pris par le gouvernement soient tenus (...) J’espère un plan réalisable et concret, présenté lors du budget primitif 2023, pour pallier les carences actuelles, afin d’envisager un vote favorable", a précisé Michèle Dittlot, élue Primo !.

Et Brigitte Boccone-Pagès de conclure son intervention: "La balle est désormais dans le camp du gouvernement. Monsieur le Ministre, vous pouvez compter sur le Conseil national pour faire avancer les projets du gouvernement. Vous pouvez compter sur notre vigilance, notre rapport au terrain, et notre volontarisme politique, pour contribuer à notre place à développer sans cesse l’attractivité de notre pays et à renforcer inlassablement notre modèle économique et social avancé, sans oublier jamais de préserver les deux fondamentaux que sont la priorité nationale et le pacte social monégasque."

Tour à tour, les élus du Conseil national ont argumenté leur vote. Quatre d’entre eux, même s’ils ont adressé des notes positives au gouvernement princier, ne lui ont pas fait de cadeau.

"Pour" ou "contre", les élus ont expliqué leur vote

ILS ONT VOTE CONTRE

Franck Lobono : "Depuis 2018, le gouvernement a toujours eu ma confiance, mais ça, c’était jusqu’à aujourd’hui... Malheureusement, sur ce budget rectificatif, la confiance est rompue en matière de logement. Le compte n’y est plus, les programmes annoncés ont disparu, la dérive est constatée avec les livraisons de 2024, 2025 et 2026 qui sont très compromises. Je ne veux pas d’une nouvelle pénurie."

Guillaume Rose : "C’est parce que je tire les conséquences des nombreux échecs des projets ayant trait à la mobilité, mais aussi parce que nous, conseillers nationaux, semblons être les seuls ici à voir et constater l’assourdissante réalité de la vie quotidienne, bloqués dans le moindre de nos déplacements, que je voterai contre ce budget rectificatif, encore plein d’études destinées à enterrer de vrais projets."

Thomas Brezzo : "Quand je regarde en arrière, je m’aperçois que mon enthousiasme du début de la mandature a laissé place au scepticisme après quelques mois. Mais aujourd’hui c’est ma lassitude et mon agacement qui prédominent. C’est avec la tête froide que je pense pouvoir vous dire aujourd’hui que la confiance est rompue. Dans une relation de couple, un tel comportement conduirait deux partenaires à la rupture."

Jean-Louis Grinda (Union monégasque) : "L’événement du 6 octobre était une soirée historique. Pour la première fois, une femme accédait à cette lourde charge de la présidence de l’Assemblée, élue à l’unanimité. Ce soir-là, ce n’était pas la victoire d’un camp sur l’autre et, malgré nos différences, la totalité [de l’auditoire] s’est levée comme un seul homme pour féliciter une femme et saluer comme il se devait une telle avancée historique. Le gouvernement, seul, bien seul, tout en applaudissant, a choisi de ne pas suivre ce mouvement de sympathie. Il est à mes yeux regrettable que devant Monaco debout, l’exécutif soit resté assis. Tout un symbole ! Et s’il n’y avait qu’une raison à mon vote négatif, je choisirais celle-ci !"

ILS ONT VOTE POUR

Franck Julien : "Si je vote ce soir en faveur de ce budget rectificatif, c’est parce que j’ai confiance dans la transformation profonde de notre économie pour répondre aux défis de demain. Pour tout dire, si je vote ce soir ce budget rectificatif, c’est parce que j’ai confiance dans ce qu’on appelle le fond."

Michèle Dittlot : "Je vous accorderai ce soir mon vote en faveur de ce budget. La raison en est simple : je souhaite que les moyens financiers soient accordés pour que les opérations domaniales prévues voient enfin le jour."

Marc Mourou : "Ce budget rectificatif 2022 a permis d’obtenir de nombreuses avancées dans les domaines du social et de la santé bien que certains sujets restent toujours en suspens. Autre grand point de satisfaction, la déconjugalisation de l’Allocation Adulte Handicapé."

Daniel Boeri : "Nous nous trouvons dans une situation paradoxale ! Les comptes du pays sont bons. Notre "0 dette" est remarquable, alors que les comptes de nos voisins se dégradent fortement. Toutefois, le contexte économique, social et énergétique se détériore de façon plus intense et plus fréquente qu’attendu. Le spectre de la récession est devant nous."

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