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"La Ve République ne s’est pas très bien comportée avec les rapatriés d’Algérie", résume Jean-Charles Jauffret

Auteur du livre La guerre d’Algérie: les combattants français et leur mémoire, paru aux éditions Odile Jacob, Jean-Charles Jauffret est un spécialiste de la guerre d’Algérie. Il décrypte la réception ce mercredi à l’Élysée des rapatriés d’Algérie.

P.-L. Pagès Publié le 26/01/2022 à 21:10, mis à jour le 26/01/2022 à 18:18
Jean-Charles Jauffret, professeur émérite d’Histoire contemporaine à Sciences Po Aix, spécialiste de la guerre d’Algérie. (Photo D. R.) DR / Nice Matin

Cette démarche d’Emmanuel Macron est-elle une bonne chose?

Le temps a passé. Les rapatriés d’Algérie ont aujourd’hui pour la plupart 80 ou 90 ans. Vouloir apaiser les mémoires, dans la logique du rapport de Benjamin Stora remis il y a un an, va dans le bon sens. Même si l’on peut regretter les maladresses du départ du Président de la République qualifiant la colonisation de "crime contre l’Humanité". Ses paroles ont été très mal vécues par les Français d’Algérie.

On vous sent malgré tout dubitatif?

Il va falloir être très attentif aux mots employés par le Président de la République. Reconnaître la responsabilité de l’État dans la répression sanglante par la police de la manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 est une chose. La reconnaître à nouveau pour la fusillade de la rue d’Isly à Alger le 26 mars 1962, où des forces françaises ont tiré sur d’autres Français, en est une autre. Ce serait la reconnaissance juridique de la guerre civile.

 

Y a-t-il des arrière-pensées électorales derrière cette invitation des rapatriés à l’Élysée?

À même pas trois mois de l’élection présidentielle, c’est gros comme une maison. Les fils, petits-fils et même arrières petits-fils de rapatriés d’Algérie, qui entretiennent souvent une mémoire de regrets, voire de haine (comme c’est le cas d’ailleurs chez les Harkis ou les anciens du FLN), représentent plus de deux millions d’électeurs! En invitant les représentants de cette communauté, Emmanuel Macron veut clairement ratisser les platebandes de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour. Voire de Valérie Pécresse.

Pourquoi, soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, est-ce si difficile pour les rapatriés et leurs descendants d’être apaisés?

Parce qu’on les a arrachés à leur terre natale! Il ne faut pas oublier que la grande majorité des Français nés en Algérie, et qui s’appelaient d’ailleurs eux-mêmes "Algériens", n’avaient jamais passé de vacances en métropole avant d’y être rapatriés. Et puis il faut voir la façon épouvantable avec laquelle on les a accueillis en France. Alors maire de Marseille, Gaston Defferre a eu des paroles désobligeantes à leur égard. Ils ont par ailleurs très mal vécu le fait de ne pas pouvoir bénéficier de la double nationalité, contrairement aux Algériens vivant en France. Il faut reconnaître que la Ve République ne s’est pas très bien comportée avec eux.

Croyez-vous la paix mémorielle atteignable?

 

On y arrivera peut-être à condition de laisser les historiens faire leur travail. Cela passe par un plus grand accès aux archives, des deux côtés de la Méditerranée. Cela passe aussi par la lecture de leurs travaux. Or bien souvent les historiens ont en face d’eux des porteurs de mémoires qui ressortent toujours les mêmes stéréotypes, entretiennent la même façon de cultiver la haine.

Un mot sur la loi d’indemnisation des Harkis débattue au Sénat dans la nuit de mardi à mercredi?

C’est une bonne chose que de reconnaître la souffrance des Harkis. On verra si le texte est voté en l’état par l’assemblée nationale en deuxième lecture. Si tel est le cas, les Français d’Algérie pourraient s’en servir de modèle pour demander à leur tour réparation…

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