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"J'ai toujours assumé mes décisions": après dix ans au gouvernement princier, Marie-Pierre Gramaglia fait le bilan

Après une décennie à la barre du département de l’Équipement, l’Environnement et l’Urbanisme, la ministre quitte ses fonctions le 1er septembre, "sereine et confiante".

Marie Cardona Publié le 28/08/2021 à 08:30, mis à jour le 28/08/2021 à 10:34
Après plus d’une décennie en poste, Marie-Pierre Gramaglia quitte ses fonctions. Photo DEEU

Elle est la membre du gouvernement actuel en poste depuis le plus longtemps. Dix ans et quelques mois.
Au 1er septembre, Marie-Pierre Gramaglia quittera l’exécutif. Épilogue d’une décennie endurante à la tête de la direction de l’Équipement, l’Environnement et l’Urbanisme, où elle aura connu quatre ministres d’État.

Arrivée, sous le premier mandat de Michel Roger, la juriste de formation, ex-directrice des communications électroniques, a su faire siens les domaines qui dépendent de son ministère : les grands travaux, la transition environnementale du pays, la gestion des questions d’urbanisme…

À sa nomination, il y a dix ans dans un "monde d’avant" pas si lointain, l’arrivée d’une femme à la tête des grands chantiers de la Principauté avait pu faire sursauter certains dans ce milieu, reputé machiste et de facto administré par des hommes depuis toujours.

 

Après Sophie Thevenoux (aux Finances entre 2009 et 2011), Marie-Pierre Gramaglia est seulement la deuxième femme à occuper un poste de conseillère de gouvernement dans toute l’histoire du gouvernement du pays. C’est si peu.

À sa manière, à ce poste, elle aura été aussi la concrétisation en Principauté de l’arrivée de femmes à des fonctions de premier rang.

Plusieurs fois, des bruits de couloir l’ont annoncée sur le départ. Cette fois, c’est concret. Avant de céder son fauteuil de conseillère de gouvernement-ministre à Céline Caron-Dagioni, interview-bilan.

Dix années à la tête de la direction de l'Équipement, l'Environnement et l'Urbanisme, vous attendiez-vous à un si long mandat de ministre lors de votre prise de fonctions en janvier 2011 ?
Ce fut une décennie passionnante, et je suis fière de cette longévité à laquelle je ne m’attendais pas, non. Lorsque le prince souverain m’a nommée à cette fonction il y a plus de dix ans, ce fût d’ailleurs un honneur immense mais aussi une grande surprise, sachant que jusque-là, ce poste a vu se succéder des hommes généralement issus du sérail des travaux publics. Même si ce secteur d’activité, très important pour la Principauté, ne représente qu’une partie des missions du département, de ses directions et services qui couvrent de larges pans de la vie de notre pays.

 

Vous avez œuvré pour les plus grands chantiers qui dessinent la Principauté de demain. Quel est, pour vous, le plus symbolique ?
Chaque projet urbanistique représente un nouveau challenge pour notre ville-état. Il est important de comprendre que sa réalisation a toujours comme ambition de répondre à un besoin identifié en matière de logements pour les Monégasques, d’équipements publics, de résidences, d’espaces d’activités économiques. Parmi les chantiers publics en cours, il est difficile de dire quel est le plus symbolique, tant chacun répond à un objectif majeur : le nouveau CHPG pour la santé, l’îlot Pasteur pour l’éducation, les bâtiments domaniaux réalisés dans le cadre du plan de logement. Au cours de cette décennie écoulée, je retiendrai une opération d’envergure dont la réalisation n’était pas acquise et soulevait beaucoup de réserves : le tunnel descendant Albert II, aujourd’hui reconnu par tous pour sa grande utilité. Je me félicite de la pugnacité et de l’énergie que j’ai pu mettre dans la défense de ce projet.

Je suis confiante sur la finalité des opérations

De grands travaux sont en cours pour des équipements à venir essentiels pour le pays (l'extension en mer, l'hôpital, le nouveau collège). Vous partez sereine sur leur bonne livraison ?
Les équipes sont mobilisées sur ces chantiers d’envergure publics et privés et je sais que tout est mis en œuvre pour leur livraison. Maintenant, j’ai appris tout au long de ces dix ans que chaque chantier a sa propre vie, avec ses aléas. Alors oui, je suis confiante sur la finalité des opérations, mais avec un planning d’exécution couvrant souvent plusieurs années il faut aussi se montrer réaliste.

Quid de l'usine de traitement des déchets, dont plusieurs projets ont jalonné ces dix années ?
Nous parlons de l’avenir du traitement des déchets en Principauté et c’est vrai qu’il s’agit d’un dossier important. Le choix qui sera fait nous engage sur des décennies. La direction de l’Aménagement Urbain est totalement mobilisée sur ce sujet, et je pense que d’ici quelques semaines, des informations seront données sur ce dossier.

En une décennie, les actions environnementales en Principauté ont augmenté de façon considérable, vous êtes satisfaite de ce développement que vous avez mis en action sous l'impulsion du souverain ?
C’est vrai que l’environnement est un volet important de ce département. Au cours de cette décennie, le prince souverain a impulsé une politique pour une Principauté toujours plus respectueuse de son environnement, avec la préservation de la biodiversité marine et terrestre, la gestion de la ressource en eau, la surveillance et le contrôle des pollutions. Parmi les initiatives, je rappellerai également la politique en faveur de la décarbonation des modes de déplacement, le lancement du label BD2M pour une construction plus durable, la création de nouveaux réseaux thalasso-thermiques et la régulation des consommations énergétiques des bâtiments. Nous avons également travaillé avec les acteurs et services concernés à une gestion raisonnée des déchets avec, par exemple, l’objectif "zéro déchet plastique à usage unique en 2030", initié il y a cinq ans.

 

 

"Tout mettre en œuvre pour parvenir à la réduction des gaz à effet de serre"

Les objectifs de réduction d'impact environnemental de la Principauté pour 2030 sont-ils tenables ?
Il ne s’agit pas de savoir si nous allons pouvoir tenir l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de moins 55 % d’ici 2030 comparé à 1990. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour y parvenir. La création de la Mission pour la Transition Énergétique répond à cette volonté déterminée. Les actions portent simultanément sur les trois pôles concernés en Principauté : la mobilité, les déchets et l’énergie dans les bâtiments. À cela j’ajoute la mobilisation de notre communauté qui adhère au Pacte National de la Transition Énergétique, soit individuellement soit via les collectivités, entreprises, institutions, associations. Cet effort est collectif mais concerne aussi chacune et chacun dans ses gestes quotidiens en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Avez-vous des regrets dans tous les dossiers que vous avez traités, qui n'ont pas avancé aussi bien que vous l'espériez ?
Si j’ai des regrets ? Certainement, mais ils restent dans mon jardin secret ! Je ne retiens que le positif et je veux remercier toutes les équipes qui m’ont accompagnée durant cette décennie. Sans ces femmes et ces hommes dans les services et au département, rien n’aurait pu s’accomplir. J’ai toujours privilégié le travail d’équipe et l’écoute même si, in fine, les décisions finales me revenaient et si je les ai toujours assumées.

Au 1er septembre, comment envisagez-vous votre avenir professionnel ?
Mon futur s’écrit bien sûr au service de mon pays et du souverain. Mais dans un premier temps, d’ici quelques jours, je vais accompagner ma fille Laura qui représente la Principauté au championnat du monde moins de 21 ans d’endurance équestre aux Pays-Bas.

Chantiers: "L’enjeu est bien de trouver le juste équilibre entre qualité de vie et développement immobilier"

Les chantiers ont provoqué, et provoquent toujours, l'exaspération de nombreux résidents qui regrettent leur accumulation. Avez-vous compris ce ras-le-bol et pensez-vous avoir fait assez pour limiter leur impact sur le quotidien des résidents ?
C’est vrai que la Principauté compte de nombreux chantiers, mais ceux-ci répondent à des besoins. Nous sommes conscients que toutes les opérations publiques et privées peuvent être sources de nuisances. Depuis plusieurs années je me suis attachée, avec mes équipes et en étroite collaboration avec les acteurs du BTP, à mettre en œuvre de multiples actions afin de réduire leur impact telles que les réunions de riverains, les arrêtés ministériels encadrant les horaires et les seuils des bruits de chantiers, la mise en œuvre de dispositifs réduisant les bruits de chantiers comme les palissades anti-bruit. Ce ne sont là que quelques exemples de notre volonté de répondre aux demandes de notre communauté, même si je peux comprendre que les efforts que nous encourageons en faveur du respect du cadre de vie peuvent parfois se heurter à la réalité du terrain. L’enjeu c’est bien de trouver le juste équilibre entre qualité de vie et développement immobilier.


Concernant les transports, verra-t-on un jour une Principauté moins embouteillée ? Les projets de métro urbain jusqu'à Nice, de navettes maritimes et de téléphérique vont-ils aboutir ?
La mobilité a été tout au long de ces dix années un dossier important dans mon portefeuille d’actions, car elle constitue un enjeu clé pour la qualité de vie, l’attractivité, le développement économique et la transition énergétique. Pour la navette maritime entre les ports de Nice et Cap d’Ail, l’appel d’offres infructueux a amené la métropole niçoise à repousser ce projet, mais nous pouvons rester raisonnablement optimistes. Le projet de métro urbain reste pour l’instant dans les cartons, tout comme le téléphérique ou le transport en commun en site propre. De tels projets demandent des infrastructures et des financements conséquents. Dans la période actuelle, où la pandémie de la Covid-19 est toujours aussi prégnante, ces projets ont changé de rang de priorité. Mais la mobilité c’est aussi le choix que nous faisons chaque jour dans nos déplacements, comme je l’ai dit bien souvent : ai-je besoin de prendre ma voiture ? Pourquoi ne pas essayer un vélo électrique ou le bus, voire y aller à pied !

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