"J'ai le sentiment du devoir accompli": les confidences de Stéphane Valeri avant son départ du Conseil national

Pot de départ ce vendredi matin pour le président du Conseil national entouré des élus et de l’équipe des permanents de l’Assemblée. À quelques jours de l’ouverture des débats budgétaires, Stéphane Valeri passe la main à sa vice-présidente Brigitte Boccone-Pagès.

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Joelle Deviras Publié le 30/09/2022 à 12:04, mis à jour le 30/09/2022 à 15:02
Stéphane Valeri quitte ce vendredi soir la vie politique. Photo Romain Fondacaro

Alors que le président du Conseil national va quitter ce soir son équipe, les Monégasques ont tous ce matin, dans leur boîte aux lettres une longue lettre de Stéphane Valeri dans laquelle il les remercie "du fond du cœur" et fait le bilan du travail accompli. Une page se tourne pour lui mais aussi pour les Monégasques qui lui ont accordé leur confiance durant 25 ans.

En vous mettant en position de prendre la tête de la SBM, mettez-vous un terme définitif à votre carrière politique?
Vous savez, pour moi, la politique, c’est servir son pays et ses compatriotes. En étant élu dès 1988 pour la première fois, ainsi qu’en 1993, puis devenu trois fois président du Conseil national en 2003, 2008 et 2018, j’ai fait de la politique au sein de l’assemblée législative de la Principauté. Mais j’ai aussi servi l’État en étant nommé par le Prince comme conseiller de gouvernement-ministre des Affaires Sociales et de la Santé entre 2010 et 2017. Devenir prochainement président délégué de la principale société monégasque, dont l’État est actionnaire majoritaire, si importante pour l’emploi et pour le rayonnement de Monaco, c’est évidemment continuer à servir le pays autrement.

Quitter la vie publique après tant d’années, ce n’est pas rien. Que ressentez-vous à titre personnel?
Je ressens bien sûr une grande émotion de quitter cette institution si chère à mon cœur et pour laquelle je me suis beaucoup investi. Mais comme je l’ai écrit à mes compatriotes, c’est un changement qui se produit avec le sentiment du devoir accompli. Nous avons remis le Conseil national à sa juste place dans les institutions, comme un partenaire indépendant du gouvernement, mais aussi comme une ressource institutionnelle pour l’État. Nous l’avons vu par exemple au moment de la crise sanitaire. L’Assemblée joue à nouveau tout son rôle de relais des attentes et des besoins légitimes des Monégasques et des résidents. Et depuis 2018, l’essentiel de nos engagements a été tenu.

Vous quitterez le Conseil national ce vendredi soir. Avez-vous organisé quelque chose avec les élus et salariés du Conseil national pour votre départ?
Ce vendredi matin, les équipes ont souhaité organiser au sein de l’Assemblée un verre de l’amitié regroupant élus, permanents du Conseil national et assistants d’élus. Ce sera un moment fort et chargé d’émotion pour moi, mais que je souhaite simple, au moment où nous avons encore beaucoup de travail pour effectuer le passage de relais à ma vice-présidente, et ce à quelques jours de l’ouverture des débats budgétaires.

 

Passer le flambeau à une femme est également la marque d’un changement. Brigitte Boccone-Pagès pourrait être la première femme présidente de l’histoire du Conseil national. Est-ce une avancée dont vous seriez fier au regard de votre engagement politique vers l’égalité femme/homme?
J’étais très heureux et fier qu’au début du mandat, sur ma proposition, les élus accordent leur confiance à une femme pour devenir pour la première fois vice-présidente du Conseil national. Ce sentiment sera encore plus fort au moment où Brigitte Boccone-Pagès va devenir la première femme présidente de notre Assemblée. Ce sera un beau symbole de notre travail commun depuis 2003 pour faire avancer l’égalité femme/homme dans notre pays.

La liste qu’elle conduira gardera-t-elle le nom de Primo! Priorité Monaco?
Nous avons travaillé dans l’union nationale ces dernières années. Je veux d’ailleurs en remercier l’ensemble des élus. Il est donc logique de proposer aux Monégasques une liste d’union portant un projet qui réponde à leurs attentes et leurs aspirations, dans le respect de la diversité des opinions de chacun, mais dans le rassemblement autour de ce qui unit les Monégasques. Une liste d’union nationale ne peut évidemment pas porter le nom d’une formation politique quelle qu’elle soit.

Est-ce dans cet esprit "d’union nationale" que vous quittez le Conseil national?
Mes fonctions prennent fin au sein d’un Conseil national apaisé, après des périodes de conflits et de divisions parfois profondes, lors des deux mandats précédents, qui n’ont pas été sans conséquences sur l’harmonie de notre communauté nationale. Je souhaite que l’union nationale perdure. Il s’agit de travailler ensemble pour l’intérêt général, en dépassant les querelles de personnes. Cet état d’esprit a fait ses preuves, et notamment depuis mars 2020 où pour affronter les conséquences de la crise sanitaire, nous avons travaillé tous unis pour trouver avec le gouvernement les meilleures solutions pour le pays, sous l’autorité du Prince.

On sait que Béatrice Fresko et Jean-Louis Grinda étaient prêts à vous suivre. Savez-vous s’ils suivront votre successeur?
Je le souhaite et je n’en doute pas.

Avez-vous constitué une liste de candidats?
J’ai évidemment participé jusqu’à mon départ, à l’élaboration de cette liste d’union nationale.

 

Vous ne participerez pas aux votes des projets et propositions de loi à l’ordre du jour du Conseil national d’ici la fin de l’année. Un regret?
Non, car il faut savoir tourner la page. Je veux désormais me consacrer totalement à mes nouvelles fonctions.

Un père, un grand-père et un arrière-grand-père employés de Jeux. Photo Jean-François Ottonello.

Dans l’amour de la SBM

Entre Stéphane Valeri et la SBM, c’est une histoire de père en fils depuis quatre générations. Certes, lui et Jean-Luc Biamonti n’ont ni le même profil ni le même parcours. Toujours est-il qu’ils ont des points communs: la force de travail, la vision, l’ambition. Lundi, Stéphane Valeri occupera un nouveau bureau. Direction Fontvieille où les locaux de la direction sont dorénavant installés.

Quelle mission avez-vous pour la SBM à partir du 3 octobre?
Tout d’abord, je souhaite me familiariser avec le fonctionnement de cette grande entreprise pour encore mieux la connaître. Et le conseil d’administration de l’entreprise m’a confié plusieurs missions. Il s’agira pour moi d’analyser l’organisation actuelle de la société. Je suis également chargé de proposer des évolutions pour renforcer le modèle social, responsable et durable de la SBM. Enfin, car je crois au potentiel de la SBM au-delà de nos frontières, je vais identifier puis étudier des opportunités de développement à l’international, que ce soit par le biais de projets d’acquisitions ou par la mise en place de partenariats potentiels.

Comment allez-vous travailler avec Jean-Luc Biamonti?
Il s’agit pour moi de prendre progressivement connaissance des dossiers en cours. Cela se fera par une transition en bonne intelligence avec le président Biamonti. Nous nous sommes d’ailleurs déjà vus ce jeudi pour cela et c’est bien dans le cadre d’une transmission harmonieuse que nous allons travailler.

Aurez-vous un bureau, des collaborateurs, dès lundi?
Je disposerai d’un bureau et je pourrai en même temps compter sur l’arrivée de ma fidèle assistante personnelle qui travaille à mes côtés depuis 2003. Je vais bien évidemment rencontrer dans les prochaines semaines l’ensemble des principaux collaborateurs de la société, qui à terme seront aussi les miens.

Vous avez écrit: "Je rejoins donc cette grande société à laquelle ma famille et moi-même sommes très attachés depuis plusieurs générations." Pouvez-vous nous expliquer cette histoire familiale avec la société?
J’ai été élevé dans l’amour de la SBM par un père employé de jeux, qui avait atteint le poste de directeur adjoint des Jeux. Mon grand-père et mon arrière-grand-père étaient également employés de jeux et mon père conserve précieusement la médaille donnée au personnel de l’entreprise en 1913, transmise par son grand-père, à l’occasion du 50e anniversaire de la création de la SBM. Comme pour la mienne, la plupart des familles de Monégasques ou d’enfants du pays ont eu, ont ou auront un de leur membre travaillant pour ce fleuron de l’économie de la Principauté. Et puis, la SBM représente aussi une entreprise très importante pour moi, car elle fut mon premier employeur puisque j’y ai commencé ma carrière professionnelle après mes études à l’ESCP Business School.

Vous devriez prendre les rênes d’une société qui retrouve les profits et qui a devant elle des projets ambitieux à Monaco.
C’est en quelque sorte un beau cadeau, non? La situation de la société ne m’est pas inconnue, puisque j’en suis les principales évolutions depuis 2003, au sein du comité tripartite gouvernement-Conseil national-SBM, que ce soit en tant que président du Conseil national ou en tant que membre du gouvernement. Après la période très difficile de la crise sanitaire, les résultats sont en effet exceptionnels et j’ai la chance d’intégrer une entreprise à nouveau profitable. Il faut s’en féliciter et en attribuer le mérite d’abord au président Biamonti, ainsi qu’à l’ensemble de ses principaux collaborateurs. Plus largement, je sais combien ses salariés sont fiers de travailler pour la SBM et contribuent chacune et chacun dans leur domaine de compétence et de responsabilité à sa réussite.

Diriger une grande maison comme la SBM, seule société cotée en Bourse, c’est un gros challenge n’est-ce pas ?
Oui, c’est effectivement pour moi un beau challenge. Je vais m’y investir pleinement pour être à la hauteur de la confiance qui m’a été accordée, afin d’atteindre les objectifs que nous nous fixerons. Il s’agira d’écrire ensemble, comme je l’ai toujours fait dans l’écoute et la concertation, les nouveaux chapitres de l’histoire de cette société si emblématique de la Principauté.

Brigitte Boccone-Pagès: une femme en successeur

La continuité de Stéphane Valeri a été assurée depuis longtemps avec Brigitte Boccone-Pagès. Elle a pris rien que sa place de vice-présidente, mais toute sa place. Dans la vie du pays, elle a su se montrer de plus en plus présente sans jamais faire de l’ombre au président, son ami.

Vous étiez potentiellement leader pour une liste lors des prochaines élections. Est-ce Brigitte Boccone-Pagès qui prend votre suite?
C’est évidemment dans la logique des choses. Brigitte Boccone-Pagès est ma vice-présidente depuis 2018 et m’a accompagné dans mes trois mandats de président, en 2003, 2008 et 2018. Elle connaît parfaitement le fonctionnement de l’institution.
Elle a travaillé à mes côtés à la mise en place et à la consolidation de l’union nationale.
C’est une femme de convictions. J’ai toute confiance en elle pour poursuivre le travail engagé avec détermination.

Depuis combien de temps connaissez-vous Brigitte Boccone-Pagès et comment avez-vous travaillé durant toutes ces années, ensemble, au Conseil national?
Nous partageons le même engagement pour le pays depuis plus de 20 ans. Nous avons beaucoup travaillé ensemble dans le respect mutuel et en toute loyauté.
Depuis qu’elle est devenue en 2018 la première femme vice-présidente du Conseil national, notre collaboration a encore été renforcée.

Quel regard portez-vous sur son parcours et son engagement politique?
Son parcours prouve sa fidélité à ses convictions. Elle possède cette capacité à ne jamais rien lâcher. À chaque étape, d’abord comme conseillère nationale, puis comme présidente de commission, et enfin comme vice-présidente, elle a toujours su assumer ses nouvelles responsabilités avec réussite.

Comment travaillez-vous tous les deux actuellement avec Brigitte Boccone-Pagès?
Nous sommes dans une période de transmission, notamment en ce qui concerne le fonctionnement du Cabinet et du secrétariat de la présidence, afin que tout se passe dans la continuité et se poursuive avec efficacité.

Fresko et Grinda prêts à suivre Boccone-Pagès

Béatrice Fresko

"Durant la crise Covid-19, Stéphane Valeri s’est montré un président fédérateur. Le travail s’est fait et je pense pouvoir affirmer que les points de clivage n’étaient pas nombreux. Je me suis, d’ailleurs, déjà exprimée sur ce sujet. Or d’ici quelques mois, nous allons vers de nouvelles élections pour lesquelles le paysage politique se trouve modifié. Les candidats vont avant tout rejoindre une liste, composée de plusieurs candidats et pas seulement une tête de liste. D’un côté comme de l’autre, il nous faut savoir si nous pouvons travailler tous ensemble de manière posée et efficace, pour l’intérêt de Monaco et des Monégasques. J’espère pouvoir avoir rapidement un entretien avec Brigitte Boccone-Pages pour qu’elle puisse m’exposer sa vision et son projet pour notre pays et nos compatriotes."

Jean-Louis Grinda

"Le retrait de Stéphane Valeri ne remet pas en cause l’union nationale. Par ailleurs, je me réjouis très sincèrement qu’une femme puisse accéder ainsi, pour la première fois, à la présidence du Conseil national."

2018-2022: un mandat sous le signe de la modernisation

Au cours de la dernière mandature, Stéphane Valeri a contribué à faire des avancées en termes de logement mais également d’un point de vue sociétal. Ce qui lui fait dire avoir "le sentiment du travail accompli".

Mais quels sont ces pas en avant?

"Je dirais que tout d’abord, nous avons tenu notre engagement de mettre fin à la pénurie de logements domaniaux. Grâce au Plan national logement décidé par le Prince souverain et souhaité par le Conseil national, tous les foyers monégasques dont la situation le justifie seront bien logés dans leur pays avant la fin 2023.

Nous avons aussi réussi à améliorer le Contrat Habitation Capitalisation (CHC) en le rendant plus accessible.

Pour les enfants du pays, ils pourront bénéficier à partir de l’an prochain des très nombreux appartements du secteur protégé, libérés par les Monégasques attributaires dans le parc domanial.

Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé à construire un immeuble qui leur sera dédié sur l’emprise de la villa les Lucioles, rue Louis-Aureglia, achetée par l’État dans ce but."

"Sur le plan législatif, ce mandat a été marqué par une accélération de la modernisation de nos lois."

"Sur les questions de société, nous avons adapté nos textes à l’évolution des mentalités. Ainsi, l’IVG a été dépénalisé pour les femmes, et le contrat de vie commune entre deux personnes qui s’aiment, a été mis en place.

En outre, par son positionnement sur la négociation d’un éventuel accord d’association avec l’Union Européenne, le Conseil national n’a eu de cesse de défendre ce qu’il considère comme des lignes rouges qui doivent garantir la priorité nationale dans tous les domaines, la préservation de notre identité et la pérennité du modèle social et économique monégasque.

Cette position ferme rappelée encore mardi dernier au vice-président de la Commission européenne, constitue selon moi un atout pour les négociateurs monégasques.

En matière économique enfin, nous avons pris nos responsabilités en adaptant nos lois aux directives européennes, sans pour autant surtransposer des dispositions supplémentaires qui auraient porté atteinte à nos entreprises, nos commerçants et nos travailleurs indépendants. Nous avons par ailleurs voté de nombreuses lois afin de favoriser le développement du numérique, facteur d’attractivité et de croissance."

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