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"Il est temps que je porte ma propre parole": le conseiller spécial de François Fillon s'exprime pour la première fois depuis l'élection présidentielle

Conseiller spécial de François Fillon pendant la campagne présidentielle, Jérôme Chartier sort du silence après un an et demi de diète médiatique. Il a choisi le groupe Nice-Matin pour sa première interview.

Propos recueillis par Denis Carreaux Publié le 25/11/2018 à 20:00, mis à jour le 26/11/2018 à 11:04
Paris VIIe, le 1er octobre 2018. Jérôme Chartier, ancien député LR du Val-d'Oise, va reprendre la parole après sa défaite aux dernières législatives. Photo Olivier Corsan/le parisien

C’est un grand brûlé de la politique. Porte-parole puis conseiller de François Fillon, Jérôme Chartier a été fidèle jusqu’au dernier jour.

Encaissant coup sur coup la déroute de son candidat et sa propre défaite aux législatives dans le Val-d’Oise, le vice-président (LR) de la région Ile-de-France a vécu une descente aux enfers politique.

Un an et demi après la présidentielle, il a choisi le groupe Nice-Matin pour sa première interview. Celle d’un revenant.

 

Vous avez disparu des radars après la défaite de François Fillon. Comment avez-vous traversé cette épreuve?
"En trois mois, je suis passé du statut de conseiller spécial du candidat élu d’avance et futur ministre du premier cercle à celui de légionnaire du dernier carré, puis défait. Lorsque je repense à cela, je n’en tire ni amertume ni regret. Face au choc tellurique de la présidentielle de 2017, j’ai pris le temps d’encaisser l’impact, de l’assimiler, de le comprendre et d’en tirer une force nouvelle.

Vous avez été fidèle jusqu’au bout à François Fillon. Vous ne l’avez jamais regretté?
Je ne me suis jamais posé la question d’abandonner. Simplement parce que n’est pas ma nature. La fidélité est une conviction, pas une posture. Certes, on en assume ensuite les conséquences, mêmes les plus rudes. Mais ça ne peut remettre en cause ce que l’on est profondément.

Vous ne lui en avez jamais voulu?
J’estime que beaucoup de ce qui a été reproché à François Fillon aurait pu être parfaitement expliqué si nous n’avions pas été plongés à ce moment-là dans un tsunami médiatique et judiciaire qui a dépassé ses propres acteurs. Et à cause de cela, nous sommes tous passés à côté de l’enjeu de l’élection. Ce rendez- vous présidentiel, plus qu’un autre, c’était le choix de l’avenir du pays, et le débat a été totalement occulté. Macron croyait avoir gagné facilement en surfant sur le tsunami, il paye aujourd’hui au prix fort ce débat volé. Personne ne comprend le sens général des réformes, et impossible de demander des efforts aux français s’ils ne savent pas à quoi ça sert. Cette incompréhension se retrouve chez les Français qui ont revêtu un gilet jaune ces derniers jours, chez les retraités avec la CSG en plus et la pension en moins, chez les maires de France qui sont le socle de la République. Quel est le sens de ces efforts. Vers où Macron veut conduire le pays? Quel est le calendrier? Quelle est sa vision? Voilà à quoi sert un débat présidentiel.

Qu’avez-vous fait après le choc de la défaite à la présidentielle?
J’ai beaucoup voyagé, en France, à travers le monde. J’ai observé, écouté, parfois simplement en m’installant à la terrasse d’un café. Si le téléphone a arrêté de sonner après juillet 2017 (après l’élection législative perdue dans le Val-d’Oise), j’ai pu compter néanmoins sur des personnes d’une rare fidélité. Notamment François Fillon qui m’appelait tous les jours, on se voyait plusieurs fois par semaine. Et puis Valérie Pécresse qui m’a confirmé dans mes fonctions de numéro 2 de la Région Ile-de- France en me confiant le portefeuille convoité des relations internationales et celui du Grand Paris, alors que certains de mes "meilleurs amis" (rires) lui avaient chaudement recommandé de m’achever en me plantant un glaive entre les omoplates. Je pense aussi à d’autres. C’est aussi dans ces moments de reconstruction qu’on reconnaît ses amis.

Pour autant, vous n’avez pas décidé de faire une croix sur la politique. De quoi avez-vous envie?
Ce temps fut mon chemin de Damas. J’ai compris que mon engagement était pour mon pays et pour sa République, et qu’il n’y en avait pas d’autre pour moi. Je me sens profondément heureux aujourd’hui, comme je crois que je ne l’ai pratiquement jamais été dans une vie politique faite essentiellement de contraintes. Heureux d’agir comme je le fais à la Région, aux Entretiens de Royaumont (la 15e édition de ce rendez-vous de réflexion se tient vendredi et samedi dans le Val-d’Oise autour du thème "Être une femme") qui sont devenus le premier rendez-vous des francophiles du monde entier, ailleurs aussi. Je ne suis plus dans l’urgence d’exister et je n’ai plus envie de m’exprimer dans le commentaire. Je l’ai trop fait, et ça ne grandit jamais le politique. Surtout, j’ai compris qu’il était temps que je porte désormais ma parole plutôt que de porter celle d’autres.

Votre entourage n’a pas tenté de vous faire lâcher la politique?
J’ai la chance de partager la vie d’une femme merveilleuse (Virginie Calmels, 1ere adjointe au maire de Bordeaux et ex-n°2 des Républicains) qui a été là à tous les instants et qui est ma première supportrice. Quand on vit une période aussi rude que celle que j’ai traversé, être aimé procure une force sans commune mesure.

 

Vous êtes un homme différent après cette épreuve?
Je ne pense pas que l’on change, je pense que l’on mûrit, et parfois en accéléré à la mesure de la puissance des épreuves auxquelles nous sommes confrontés. Je suis aujourd’hui comme je crois que j’ai toujours eu envie d’être, sans me l’avouer, parfois trop aveuglé par une ambition mal placée. Faire partie d’un gouvernement n’est pas mon histoire. J’ai le sentiment que les ministres ne font plus que surfer sur ce que fait le seul entourage du chef de l’Etat. Quand on s’engage dans un parcours politique, on a toujours en tête d’entrer au gouvernement, voire de devenir président de la République pour certains! Je ne dis pas que cela n’a pas été le cas dans le passé, il m’aura fallu cette période pour comprendre que l’on peut contribuer efficacement au développement de son pays de tant de façons plutôt qu’au sein d’un gouvernement. Je suis impressionné par cette capacité de mobilisation qui existe partout, avec des Français du privé, des associations, engagés dans la vie civile et qui se révèle plus efficace souvent que l’action publique d’Etat qui s’est profondément embolisée. La société est en train de se bouleverser, la place de l’action publique doit s’adapter et je ne suis pas certain que tous l’aient bien compris.

Vous pensez trouver votre place au sein des Républicains?
Cette grande famille politique a été l’objet après la campagne présidentielle d’une tentative de déstabilisation de quelques uns qui voulaient entraîner dans leur sillage les élus et militants du mouvement vers Emmanuel Macron. Un an et demi après, leur opération a échoué. Les Républicains restent une grande force, qui n’a pas encore retrouvé toute sa vigueur et doit achever sa phase de remise en question. Mais ce n’est pas parce que le parti est peu audible en ce moment qu’il ne doit pas se préparer avec détermination pour être prêt au moment où il le redeviendra. Il doit se consacrer à la construction d’une alternative politique nouvelle s’appuyant sur une vision absolument réaliste de la société française d’aujourd’hui, et le faire en respectant toutes celles et tous ceux qui incarnent cette grande famille. Il y aura un moment, dans pas si longtemps, où les Français retendront l’oreille vers les Républicains.

Ce moment se fait attendre...
J’estime que nous sommes dans une phase intermédiaire de l’histoire des Républicains, qui se situe entre la relance de l’UMP par Nicolas Sarkozy et la présidentielle de 2022. Elle ouvre une possibilité majeure, celle de renouveler profondément la façon de faire de la politique pour un parti. Pendant un temps, les Français de la Droite et du Centre ont apporté leur soutien à Emmanuel Macron parce qu’ils ont pu penser qu’il incarnait un "nouveau monde" et qu’il allait réaliser une bonne part du programme de François Fillon. Un an après, l’illusion a volé en éclats, elle n’a pas résisté à la règle du "en même temps" qui consiste à vouloir tout concilier et donc rien décider franchement. Gouverner, c’est décider, c’est choisir, c’est appliquer un projet pour une Nation. C’est engager le pays sur une destinée. Le "en même temps" est l’apanage de l’immobilisme, c’est la gestion du temps présent, et personne ne peut s’en contenter.

Vous avez beaucoup voyagé depuis un an. Quels enseignements en tirez-vous?
Que les seuls politiques plébiscités sont ceux qui obtiennent des résultats pour l’emploi, l’économie et la sécurité. L’efficacité du politique est le seul rempart contre le populisme, et détourner le terme comme le fait le chef de l’Etat ne changera pas la nature du risque sur la démocratie. Je tire aussi de mes voyages mon effroi sur les conséquences des changements climatiques. La situation est encore plus grave que ce qu’on peut imaginer, l’avenir de la race humaine est directement menacée. Et j’ai l’impression que les chefs d’Etat se satisfont globalement de leur impuissance... Ce fléau impactera tôt ou tard la France directement et gravement. S’y résoudre est un fait. S’y préparer est un devoir, ça n’est même plus une option."

Offre numérique MM+

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