Face au risque de pénurie de logements domaniaux, le Conseil national exige des engagements pour les Monégasques

Le Conseil national a redit ce jeudi soir son inquiétude quant à la production de logements domaniaux. Et parfois le ton est monté face aux propos jugés "un peu fragiles" du gouvernement en la matière.

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Julie Baudin Publié le 14/10/2022 à 14:05, mis à jour le 14/10/2022 à 14:04
Lors de la séance de ce jeudi, les échanges entre la nouvelle présidente du Conseil national et le Ministre d’État ont parfois été tendus. La tension est encore montée d’un cran sur le dossier du logement. Photo Jean-François Ottonello

Ce jeudi soir, la tension est montée d’un cran entre les élus du Conseil national et les membres du gouvernement princier lors de la séance publique du budget rectificatif.

Une nouvelle fois, la question des constructions domaniales a donné lieu à quelques échanges vifs.

"Il s’agit de préparer l’avenir"

En relais des conseillers nationaux, qui a tour de rôle ont pris la parole sur ces questions, la nouvelle présidente de la Haute assemblée, Brigitte Boccone-Pagès, s’est montrée très affirmée. Il n’aura pas fallu longtemps pour qu’elle prenne toute l’ampleur de son nouveau rôle. Et qu’elle lui donne son propre ton.

Elle n’a pas hésité à multiplier les relances face aux membres du gouvernement, plus posés à l’image du Ministre d’État, au risque aussi d’être peu convaincants.

"Le logement, vous le savez, est la priorité absolue pour le Conseil national afin que non seulement la pénurie soit résorbée, mais que la situation soit durable pour nos compatriotes dans les années à venir, a rappelé en introduction de séance la présidente. Le rythme des livraisons de logements domaniaux doit correspondre à l’évolution de la demande légitime des foyers monégasques. Je rappelle à nos compatriotes que grâce à l’action du Conseil national 2023 verra la fin de la pénurie. Bien sûr il s’agit pour nous aujourd’hui de préparer l’avenir afin que plus jamais nous ne connaissions une telle situation."

 

"Ces engagements ne sont pas respectés"

Dès sa première intervention, Franck Lobono qui préside la commission Logement, a reproché au gouvernement de ne pas avoir tenu ses engagements en matière de programmes. "On a pour 2025-2026 des engagements du gouvernement. En décembre 2021, au moment de voter le budget, ces engagements sont pris, on a une lettre de 14 décembre 2021 où sont énoncés un certain nombre de programmes. Et puis voilà… Aujourd’hui ces engagements ne sont plus respectés et, depuis un an, on assiste à un détricotage du Plan national pour le logement."

Mais, loin de se crisper pour autant sur cette situation qu’il dénonce clairement, Franck Lobono semble tendre, dans un premier temps, la main au gouvernement. Tout en le plaçant devant ses obligations vis-à-vis des Monégasques. "Je ne vais pas vous demander dans l’urgence de nous faire des propositions pour la semaine prochaine avant le vote du budget rectificatif. On l’a vu, vous faites des promesses, vous trouvez des solutions qui en fait n’en sont pas et quelques mois après vous annulez ces propositions, avec des raisons qui sont peut-être justifiées."

"Que le gouvernement prenne un contrat moral devant les Monégasques"

Et de poursuivre, "Ce que je veux aujourd’hui c’est qu’on évite dans la précipitation des solutions trop rapides, mais qu’on aille vers des choses qui soient concrètes. Ce soir je voudrais que le gouvernement prenne un engagement, un contrat moral vis-à-vis des Monégasques et qu’il revienne au budget primitif avec des vraies solutions, de vrais programmes chiffrés, quantifiés et datés. Le but c’est qu’ensemble on arrive à trouver des solutions et qu’on les trouve de façon pérenne et garantie."

A tour de rôle les élus nationaux ont ensuite fait part de leurs inquiétudes sur l’impact de constructions en cours, sur le logement des Enfant du pays, sur l’urbanisation de certains quartiers comme celui de l’Annonciade, et sur des programmes qui pour l’heure restent au point mort, faute de maîtrise foncière totale, à l’image des "Lieres/Nathalie".

Les membres du gouvernement ont tenté d'apporter des réponses qui n’ont pas convaincu la Haute assemblée.

 

Exemple avec le dossier des "Lieres/Nathalie". Céline Caron-Dagioni, le conseiller de gouvernement-ministre de l’Équipement, n’a pas été en mesure de répondre sur une date de livraison. "Pour vous dire quand cela sera livré encore faudrait-il savoir quand je pourrais émettre le permis. Aujourd’hui, en l’état du contentieux que vous connaissez sur le foncier, ce n’est pas possible. Ça dépendra de notre capacité à résoudre le problème de la propriété de trois caves."

Et Brigitte Boccone-Pagès de ne pas lâcher l’affaire: "Aurons-nous des opérations concrètes déterminées dans le temps à court terme et à moyen terme pour le budget primitif 2023? Car ce budget sera déterminant pour obtenir le nombre de logements domaniaux qui nous manquent."

"Analyse des opportunités"

Mais à "opérations concrètes", Céline Caron-Dagioni va répondre par "analyse des opportunités".

Alors fatalement la discussion se crispe.

"Nous échangeons au niveau du gouvernement sur des opportunités, sur des opérations en cours de projection de constructions assez rapides qui sont détenues par des partenaires privés, répond Céline Caron-Dagioni. Nous n’avons pas aujourd’hui de décisions. Nous avons obtenu des propositions, reste à savoir si elles sont supportables pour le budget de l’État et si elles sont négociables…"

"Merci pour ces précisions mais ça, c’est votre travail, tance la Présidente. Nous, pour le budget primitif 2023, il nous faut des propositions fermes! Je préfère vous le dire aujourd’hui au nom des conseillers nationaux pour que vous ne soyez pas surpris: vous êtes prévenue!"

Pierre Dartout qui était resté jusque-là en retrait, avec quelques regards plutôt tendus échangés avec Brigitte Boccone-Pagès, a tenu à se montrer rassurant. Et à défendre le travail de son gouvernement et notamment celui du département de Céline Caron-Dagioni, une nouvelle fois prise à partie par la présidente du Conseil national, comme lors de la précédente séance. "Nous travaillons Madame mais dans un contexte qui est difficile car je le répète les questions de foncier à Monaco sont tout sauf simples…"

 

Pas de quoi calmer la ténacité de la présidente qui a fait remarquer au Ministre d’État: "Toutes ces contraintes nous les connaissons, nous sommes, pour beaucoup, tous nés à Monaco. Nous savons qu’il y a 2 km2… Mais nous voulons avoir des réponses pour le budget."

"Nous ne sommes pas ici dans une enceinte technique"

Sur son fauteuil, Franck Lobono "trépigne". "Nous ne sommes pas ici dans une enceinte technique. Nous prenons ici des décisions politiques. Nous nous engageons pour les Monégasques. Nous ne voulons pas aujourd'hui de réponses précises mais nous voulons entendre votre engagement moral et nous ne l'avons pas entendu ce soir."

"Rendez-vous au budget primitif 2023"

"Tout ce que j'ai entendu ce soir est un peu fragile", a conclu sur le même ton Brigitte Boccone-Pagès. Nous vous donnons donc rendez-vous au budget primitif 2023 pour des propositions concrètes. Mais ce soir nous aurions aimé quelques pistes…"

Quand la présidente assure Céline Caron-Dagioni du "plein soutien" de la Haute Assemblée

La question de la mobilité en Principauté qui avaient occupé une bonne partie de la première séance s’est encore invitée hier soir dans le débat.

La présidente du Conseil National, Brigitte Boccone-Pagès, a d’abord tenu à s’adresser à Céline Caron-Dagioni - faisant au passage remarquer son absence, elle arrivera avec quelques minutes de retard - avec qui les échanges sur ce dossier avaient été vifs.

"Je voudrais avoir un mot pour Madame Caron, qui a été au centre des débats de jeudi dernier. Je voudrais Madame Caron, vous dire que vous trouverez toujours avec le Conseil national un partenaire franc toujours prêt à vous aider à vous accorder les crédits nécessaires et les postes dont vous aurez besoin pour remplir la plénitude des missions qui vous sont conférées. J’assure donc l’ensemble de vos équipes et vous-même de notre plein soutien".

Puis Brigitte Boccone-Pagès s'est adressée à Patrice Cellario, le conseiller de gouvernement-ministre de l’Intérieur. "La Principauté connaît un regain des problèmes de circulation. Nous l’avons évoqué à l’ouverture de ces séances budgétaires. Nous avons constaté que l’unité de préservation du cadre de vie semble beaucoup moins visible qu’avant. À un moment où les grands événements d’affaires ou sportifs ont retrouvé les niveaux d’avant la crise Covid et à l’instant où nous traversons une crise des carburants qui génère des files d’attente et qui rajoute à ces problèmes de circulation, nous voudrions savoir quelle est, d’une part, la situation à date et, d’autre part, quels sont les moyens que le département de l’Intérieur met en œuvre pour répondre à ces problèmes?"

"L’Unité de préservation du cadre de vie est très active tout azimut, a répondu Patrice Cellario. Le problème de la circulation est pris quotidiennement à bras-le-corps par la Sûreté. Je le rappelle, des effectifs supplémentaires pour la Sûreté ont été actés. Ils sont en cours de recrutement."

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