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"Du bon sens": pourquoi Monaco a décidé de "synchroniser" les vacances scolaires avec la France

Commissaire général chargée de l’Education nationale, Isabelle Bonnal détaille la nécessité d’avoir synchronisé les vacances avec la France. Et les choix proposés pour occuper les élèves

Cédric Verany Publié le 08/04/2021 à 09:31, mis à jour le 08/04/2021 à 09:31
Isabelle Bonnal, dans son bureau à la direction de l’Education nationale. Photo Manuel Vitali/Dir’Com’

Avec son franc-parler habituel, Isabelle Bonnal remet l’église au milieu du village. Ou plutôt le pupitre au milieu de la salle de classe. Tout récemment élevée à la fonction de commissaire général chargée de la direction générale de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, elle entend calmer les esprits chafouins du décalage dans le temps des vacances de Printemps.

"S’agiter parce qu’on écoute des annonces faites par d’autres, ça ne rime à rien. Qu’on s’adresse à mon service et on vous dit les choses telles qu’elles sont", prévient celle qui est à la tête de l’Éducation nationale en Principauté depuis dix ans. Et qui s’exprime pour la première fois pour argumenter le choix du gouvernement de s’aligner au calendrier scolaire modifié par la France pour ce mois d’avril 2021 : anticiper de deux semaines les vacances de manière à freiner la propagation de l’épidémie dans l’Hexagone.

"Quand le président Macron a fait ses annonces, je suivais son intervention à la télévision, dans mon salon et j’étais en ligne avec Monsieur le conseiller de gouvernement pour l’Intérieur. Le soir même, nous avons commencé à travailler avec mes équipes pour trouver des solutions", glisse-t-elle pour l’anecdote.

 

En rappelant que ses choix, font d’abord appel au bon sens. Interview.

La décision d’aligner le calendrier des vacances de Printemps à Monaco sur celui modifié par la France était la meilleure option selon vous?
Il faut penser à tout le monde et pas qu’à son intérêt personnel. On ne peut pas faire comme si la France n’existait pas! Nous dépendons de la France pour la préparation et le passage des examens. Il faut être synchronisés, c’est une question de bon sens, pas d’asservissement. On ne peut pas être un îlot et faire comme on veut. Pour trois jours et demi, on peut s’organiser. Là où c’est plus difficile, c’est quand il s’agit de quatre semaines. Dans la mesure où 67% de nos professeurs sont des Français détachés, qui habitent en France avec des enfants scolarisés majoritairement en France, il nous était un peu difficile de demander à ces professeurs de lâcher leurs enfants et venir travailler chez nous.

C’est la raison principale qui a motivé ce choix?
Pas seulement. On aurait pu dire, c’est aux professeurs de se débrouiller. Mais ce qui est apparu prioritaire, c’est une question sanitaire. À Monaco, nous gérons bien la crise, tout est fait pour qu’il n’y ait pas de cluster au sein des établissements. Pour l’instant nous y sommes arrivés. Alors, faire venir à Monaco des gens de l’extérieur pourrait avoir un impact sur la circulation du virus. Puisque le but en France de ces mesures est d’éviter les flux de circulation, autant ne pas les favoriser. Il faut être cohérent!

Techniquement, si les écoles étaient restées ouvertes à Monaco et fermées en France, des problèmes administratifs auraient pu être créés?
Tout à fait! Un exemple? Le rectorat sera fermé. Nous attendions des visites d’inspecteurs, des formateurs. Si eux sont fermés et nous ouverts, comment faisons-nous pour travailler? Si j’ai besoin de professeurs remplaçants, c’est le rectorat que j’appelle et là encore, je n’aurai eu personne au bout du fil. On est trop liés avec la France pour se permettre d’être en décalage.

 

Vous comprenez la contrariété de certains parents de devoir revoir leurs plans et avancer leur départ en vacances?
Partir en vacances, mais où ? Je comprendrais qu’on soit fâchés si on devait faire un voyage, mais on est tous bloqués! Les règles en France sont claires, on ne peut pas aller plus loin que dix kilomètres à la ronde, où alors il faut un motif impérieux. Le choix que nous avons fait est le moins catastrophique.

Le centre de loisirs de La Turbie doit être fermé, mais vous proposerez finalement une alternative de centre aéré pour les deux semaines de vacances à venir?
Il n’a jamais été question de le fermer. Il y a eu une confusion. Le bâtiment est fermé à La Turbie parce que les autorités françaises ont fermé tous les centres aérés et ce n’était pas possible d’avoir une dérogation. Tout ce qui devait se faire sur le site de La Turbie se fera donc à Monaco. Les enfants, de 3 à 12 ans, seront accueillis à l’École des Revoires et à l’École du Parc. Les animations se feront dans le parc Princesse Antoinette. Il ne s’agit pas de parquer les enfants dans un site clos ! Ça serait absurde. Ils vont faire des activités à l’air libre. Toutes les animations qu’ils ont l’habitude de faire, ils pourront les faire. Déjà 120 parents avaient pré-inscrit leurs enfants. Mes collaboratrices les ont appelés pour savoir s’ils maintenaient l’inscription aux nouvelles dates. Et d’autres ont pu se greffer. Nous pouvons accueillir environ 250 enfants qui seront gérés par nos 25 animateurs.

Et pour les plus grands?
Le passeport culture est disponible pour les élèves de 11 ans à 25 ans. Il est gratuit cette année au lieu de 20 euros. On peut s’inscrire en ligne ou au Centre d’information de l’Éducation nationale. Déjà 134 jeunes ont adhéré. Ils choisissent les activités qu’ils veulent : aviron, couture, escape game, plongée, théâtre. C’est extrêmement riche. Ils ne seront pas pénalisés, sauf pour le tennis que nous ne pourrons pas proposer, en raison du tournoi au Monte Carlo Country Club. Mais, je le répète, notre souci a été de ne pas abandonner les enfants et de soulager les parents du mieux possible. On ne laissera pas dehors des enfants sans garderie.

Cette semaine, les cours se déroulent en présentiel à Monaco, alors que la France a fait le choix déjà du distanciel. Est-ce que ça a posé des problèmes d’effectifs dans le personnel?
Je dois dire que j’ai été surprise, je pensais qu’il y aurait plus d’absents que ça. Mais les professeurs ont été solidaires, pour ne pas que les enfants en pâtissent. ça m’a fait plaisir que les enfants ne perdent pas cette semaine.

Vous avez été professeur pendant 34 ans, vous savez qu’un programme pédagogique se prépare sur une année. Le fait d’intervertir ces semaines de vacances va demander aux professeurs de revoir leurs plannings d’enseignements?
Déplacer d’une ou deux semaines, ce n’est pas un drame. L’an dernier, c’était bien pire. Nous nous sommes retrouvés du jour au lendemain en distanciel. Il faut être réactif quand on est professeur. Nous avons averti tous les chefs d’établissements, pour que les professeurs ne mettent pas tous les contrôles en même temps et qu’il y ait une bonne répartition. Et les matières principales seront renforcées les derniers temps. Je crois que nous avons de la chance. Dans la vie, il faut regarder le verre à moitié plein et pas à moitié vide. Le nôtre est aux trois quarts plein. Je remercie pour ça, toutes les équipes qui y mettent beaucoup de cœur. Nous ne sommes pas dictateurs, on discute, on se concerte pour faire le mieux possible dans cette situation.

 

Quid des bacs blancs?
On est en train de tout revoir. Tous les chefs d’établissements nous ont envoyé leur planning du mois de mai avec tous les préparatifs.
Tout a été analysé par mes services et nous allons faire en sorte de faire au mieux.

L’année scolaire s’est déroulée pour le moment 100% en présentiel. Une satisfaction pour vous, ce n’était pas gagné pourtant…
Je l’ai toujours dit : la santé avant tout ! Mais je sais que les cours en présentiel c’est essentiel, c’est la meilleure façon d’apprendre. Nous sommes parés à tout : le présentiel, le distanciel, une pédagogie hybride. Le présentiel évite d’être toute la journée derrière un écran et pas sortir de la maison. Venir à l’école, voir ses camarades, ses professeurs, ça donne un sens à la vie de nos élèves. Beaucoup de parents m’ont remercié pour le présentiel. Partout en Europe, on ouvre, on ferme, on rouvre les écoles, c’est une cacophonie ! On fait des erreurs, mais on essaye d’être à l’écoute, de réagir le mieux possible avec nos moyens. Les gens oublient parfois que nous avons des avantages énormes en Principauté. Vous savez, rien n’est un dû…

Le Conseil national communique sa "satisfaction"

Dans un communiqué diffusé ce mercredi soir, le Conseil national a fait savoir qu’il accueillait "avec satisfaction" les mesures prises par le gouvernement pour organiser la garde et les occupations des élèves de la Principauté pendant ces deux semaines de vacances à venir.

"Devant les difficultés réelles rencontrées par les familles de Monaco au niveau de leur organisation, les élus se réjouissent que leurs craintes comme celles des parents concernés aient été entendues par le gouvernement. L’assemblée prend donc acte avec satisfaction que des solutions de garde pour les familles de Monaco aient été trouvées pour les enfants scolarisés en Principauté, dont les parents travaillent".

Dès la fin de la semaine dernière, à l’instar d’une large partie des parents d’élèves, le Conseil national avait fait entendre qu’il n’était pas favorable à l’avancement des dates des vacances de Printemps.

"Stéphane Valeri, président du Conseil national et Marc Mourou, président de la commission de l’Éducation, proposaient que des solutions de garde pour les enfants en bas âge des personnels enseignants français détachés en Principauté, soient trouvées pour ne pas bouleverser l’agenda des vacances des résidents et enseignants monégasques", rappelle le communiqué.

"Les dispositifs désormais déployés prouvent que les solutions existaient bel et bien avec les personnels nécessaires, y compris pour les enfants des enseignants français détachés, en cas de maintien des dates de vacances scolaires, si un lien avait été mobilisé dans ce but en Principauté".

Cette proposition des élus de laisser les écoles monégasques ouvertes en proposant aux professeurs français de venir faire garder leurs enfants dans des structures éphémères en Principauté n’a pas été suivie.

Et Stéphane Valeri de préciser: "l’unité des institutions ne signifie pas absence de débats, parfois contradictoires, entre le Conseil national et le gouvernement. Notre assemblée étant là pour faire prendre en compte les inquiétudes et les demandes légitimes de la population."

Faut-il ajouter une semaine de vacances à la fin du mois de mai?

Mardi, au sortir du week-end de Pâques et de l’annonce du changement des dates, le ministre d’État accompagné par le conseiller de gouvernement pour l’Intérieur et la commissaire générale chargée de l’Éducation nationale ont pris le temps de recevoir les représentants de l’association des parents d’élèves (APEM).

Au menu: le dossier des vacances scolaires. Dès le début des discussions, les membres de l’association avaient fait remonter la position largement « contre le changement de date » des parents d’enfants scolarisés en Principauté.

"Notre rôle est d’être le porte-voix des parents, de faire remonter les angoisses et les attentes mais nous avons pris acte de la décision du gouvernement. Sans jamais minimiser les difficultés que ces changements apportent dans certaines familles", détaille la présidente de l’APEM, Martine Ackermann.

"Le changement de date a suscité beaucoup de bouleversements surtout auprès des parents d’élèves qui ne savaient pas comment s’organiser en dernière minute. Mais le gouvernement a trouvé des solutions très rapidement pour soulager les familles".

Une proposition à l’étude

Au cours des discussions, l’équipe de l’APEM a émis l’idée de proposer une nouvelle courte période de vacances supplémentaire, inédite dans cette année scolaire, vers la fin du mois de mai.

"Les parents nous ont fait part de la nécessité de couper le long trimestre afin de passer quelques jours en famille et pour faire souffler les élèves spécialement ceux des classes d’examens", explique Martine Ackermann.

De facto, il y a toujours un très long week-end octroyé aux élèves fin mai, alors que les écoles ferment le mercredi, en amont des quatre jours de Grand Prix. Mais le gouvernement a pris acte de la proposition de l’APEM et étudie sa faisabilité. Une position que confirme Isabelle Bonnal.

"Les parents d’élèves nous ont fait remarquer que le troisième trimestre allait être plus long et fatiguant. Alors nous allons peut-être utiliser cette situation, de faire en sorte d’utiliser les vacances du Grand Prix en les rallongeant de trois jours, pour souffler. Voire pouvoir partir de Monaco si c’est possible mais là on n’en sait rien. Ce n’est pas moi qui décide, mais nous allons trouver une solution, c’est évident".

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