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Biden et Poutine à Genève, l'heure du face-à-face a sonné

Vladimir Poutine est arrivé à Genève mercredi pour son premier sommet avec Joe Biden. Un face-à-face qui doit apaiser les tensions entre les deux pays et peut-être dégager quelques rares terrains d'entente.

AFP Publié le 16/06/2021 à 13:15, mis à jour le 16/06/2021 à 13:16
Combinaison de photos du président américain Joe Biden (g) le 17 mars 2021 à la Maison Blanche à Washington, et du président russe Vladimir Poutine (d), le 5 mars 2020 au Kremlin à Moscou AFP / Eric BARADAT, Pavel Golovkin

Le président russe s'est posé sur l'aéroport de Genève à 12h27. Vladimir Poutine n'a pas souhaité de cérémonie d'accueil particulière et doit se rendre de suite sur les lieux du sommet: la Villa La Grange, une magnifique bâtisse du XVIIIe siècle avec une vue imprenable sur le lac Léman.

Mais, malgré ce cadre enchanteur, les discussions, qui doivent débuter à 13 heures, s'annoncent âpres et tendues.

Le 46e président américain a adopté un ton résolument ferme ces derniers jours à l'égard de l'homme fort du Kremlin pour mieux marquer le contraste avec les atermoiements et les ambiguïtés de son prédécesseur républicain, Donald Trump.

 

Joe Biden a promis de dire à Vladimir Poutine quelles sont "ses lignes rouges". "Nous ne cherchons pas un conflit avec la Russie, mais nous répondrons si la Russie continue ses activités", a-t-il déclaré lundi à la fin du sommet de l'Otan à Bruxelles.

Près de cinq mois après son arrivée au pouvoir, Joe Biden joue gros. Même si la Maison Blanche n'a eu de cesse de souligner qu'il ne fallait attendre aucune percée spectaculaire, le président de 78 ans sait qu'il a l'occasion de peaufiner son image de fin négociateur à Genève.

La ville a déjà accueilli le premier entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev en 1985, qui avait marqué le début du dégel de la Guerre froide.

Le président américain Joe Biden à son arrivée à Genève à bord d'Air Force One le 15 juin 2021 POOL/AFP / DENIS BALIBOUSE.

"Je suis toujours prêt", a répondu mardi à son arrivée le président américain, interrogé sur son état d'esprit avant le rendez-vous qui sera scruté avec attention à travers le monde.

 

Le président russe peut faire valoir une longue expérience: il a déjà côtoyé quatre autres présidents américains depuis son arrivée au pouvoir fin 1999.

Et nombre d'experts s'accordent à dire qu'il a déjà obtenu ce qu'il désirait le plus: la tenue du sommet comme illustration de l'importance de la Russie sur la scène mondiale.

Un policier suisse patrouille avec un chien devant la Villa La Grange, où doit se tenir le sommet Biden-Poutine, le 16 juin 2021 à Genève AFP / SEBASTIEN BOZON.

Dans un entretien à la chaîne américaine NBC, il a dit espérer que le président démocrate se montre moins impulsif que son prédécesseur républicain. Mais il a aussi saisi l'occasion pour souligner combien Donald Trump était, selon lui, un homme "talentueux".

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov, qui participera aux discussions russo-américaines au format élargi, a résumé la position de Moscou: "La partie russe a fait le maximum pour que le sommet soit positif et soit couronné des résultats qui permettront d'empêcher une détérioration ultérieure des relations bilatérales", dans une déclaration à l'agence de presse RIA Novosti.

Les discussions devraient durer entre quatre et cinq heures mais les deux hommes n'ont pas prévu de manger ensemble. Tout au plus auront-ils des rafraîchissements, du café et du thé livrés par le restaurant voisin.

 
Des drapeaux russes et américains flottent sur le pont du Mont-Blanc à Genève le 16 juin 2021 AFP / Fabrice COFFRINI.

Au programme: une rencontre en format réduit (les présidents américain et russe ainsi que les chefs de la diplomatie américaine et russe, Antony Blinken et Sergueï Lavrov), avant une séance de travail élargie.

Signe d'une certaine tension, tous les détails pratiques ont été minutieusement négociés -le mobilier, les pauses café, les écouteurs- et ce jusqu'à la dernière minute, avoue une responsable du protocole de la ville sur la radio publique. Chaque délégation a le même nombre de pièces et de mètres carrés. "Heureusement la Villa est parfaitement symétrique", explique Marion Bordier Büschi.

"Free Navalny"

Seul point de convergence entre la Maison Blanche et le Kremlin: les relations entre les deux pays sont au plus bas.

Pour le reste, les sujets de discorde sont nombreux et les discussions s'annoncent difficiles, en particulier sur l'Ukraine et le Bélarus.

L'une des questions les plus sensibles est celle de la désinformation en ligne et des attaques informatiques.

Au-delà de la tentative d'ingérence dans l'élection de 2016 au profit de Donald Trump, des cyberattaques massives ont récemment agacé Washington. SolarWinds, Colonial Pipeline, JBS: autant d'opérations imputées à Moscou, ou à des groupes de hackers basés en Russie.

La Russie, qui a toujours démenti, accuse Washington de s'immiscer dans ses affaires en soutenant l'opposition ou en finançant organisations et médias critiques du Kremlin.

 

"Nous avons été accusés de toutes sortes de choses" mais "pas une seule fois, ils n'ont pris la peine de produire la moindre preuve", a lancé le président russe cette semaine.

Genève bouclée

Un bateau de police armé passe près du jet d'eau de Genève le 14 juin 2021 AFP / Fabrice COFFRINI.

La ville est sous haute sécurité et plusieurs blindés à roues patrouillent dans les rues quasiment désertes malgré une météo splendide.

Une manifestation de soutien à l'opposant Alexeï Navalny, aujourd'hui emprisonné après voir failli mourir d'un empoisonnement qu'il accuse le Kremlin d'avoir fomenté, n'a attiré qu'une poignée de personnes mardi.

Mardi, depuis Bruxelles, Joe Biden avait lancé un avertissement très clair au sujet du célèbre opposant.

La mort de Navalny "serait une tragédie", a-t-il dit. "Cela ne ferait que détériorer les relations avec le reste du monde. Et avec moi".

Dans ce contexte, les attentes, à Washington comme ailleurs, sont limitées.

 

"Le sommet de Genève n'a pas pour objectif un nouveau départ ou un percée spectaculaire. Il s'agit d'essayer de mieux gérer une relation difficile qui le restera pour un moment", estime Steven Pifer, du centre de réflexion Brookings.

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