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Albert Croesi : "La classe moyenne ne peut plus vivre à Monaco"

Mis à jour le 26/08/2019 à 10:17 Publié le 26/08/2019 à 10:17
Vue aérienne sur Monaco

Vue aérienne sur Monaco Photo Cyril Dodergny

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Albert Croesi : "La classe moyenne ne peut plus vivre à Monaco"

Trait d’union entre l’administration et les résidents, Albert Croesi lance un cri d‘alarme: quand ils ne sont pas contraints de partir, les étrangers vivent parfois dans des logements très vétustes

Il y a le Monaco des riches. Il y a aussi le Monaco des gens "normaux". Des hommes et des femmes qui n’ont pas, pour la majorité, la nationalité monégasque mais qui vivent en Principauté, soit parce qu’ils y sont nés et qu’ils y gagnent leur vie, soit parce que le hasard de la vie les y a conduits il y a fort longtemps, soit parce qu’ils y vieillissent après une vie entière de travail.

Albert Croesi, conseiller interministériel auprès du Ministre d’État en charge du cadre de vie et des relations avec les usagers, rencontre ces personnes, souvent résidentes dans l’un des 2.428 logements sous la loi n° 1235 qui modère le montant des loyers.

Selon lui, les conditions de logements sont parfois inacceptables tant les appartements et les parties communes ne sont pas entretenus. Il tire la sonnette d’alarme.

Sur le terrain, vous rencontrez nombreux de vos compatriotes mais aussi des résidents qui sont, en grande partie, des Enfants du Pays. Le logement est-il une préoccupation toujours plus grande?
"Oui, le logement à Monaco est un problème et il le sera de plus en plus. Si le Plan National pour le Logement est en marche et si les Monégasques seront à court terme très convenablement logés, il n’en demeure pas moins vrai que les non nationaux éprouvent et éprouveront de plus en plus de difficultés pour se loger en Principauté.

Même la "classe moyenne" ne peut plus vivre à Monaco. C’est une réalité. Or, il serait regrettable que ce pays se divise en deux seules catégories de population: les Monégasques et les millionnaires. 35.000 résidents à Monaco, cela ne peut être 35.000 fortunés.

Un pays, c’est une mixité et je pense qu’il serait préférable que Monaco puisse continuer à accueillir toutes les classes sociales. Or, je rencontre de plus en plus de personnes qui me disent être contraintes de partir faute de moyens financiers pour se loger."

Beaucoup?
"J’en reçois trop."

"Le logement
à Monaco est un problème et il le sera de plus en plus"

Quel regard portez-vous sur les appartements sous loi 1235 ?
"Concernant les appartements sous loi du secteur privé, c’est-à-dire réservés aux Enfants du Pays ou à des personnes ayant plus de 40 ans de résidence en Principauté, à l’invitation de certaines d’entre elles qui y logent, je suis allé visiter leur appartement.

Plusieurs sont en effet dans des états pitoyables. Pourtant, les propriétaires ne les rénovent pas. Au changement de locataires, les propriétaires sont contraints d’effectuer une mise aux normes, et cela est fait, mais pas plus.

Les loyers qu’il leur est permis de facturer sont trop faibles et il leur faudrait, disent-ils, des décennies pour récupérer les sommes investies.

On peut les comprendre. Les propriétaires de ces appartements ne sont pas tous de riches familles monégasques et certains n’ont que ces revenus locatifs pour améliorer leur ordinaire.

L’État de son côté, et c’est parfaitement compréhensible, s’il rénove le mieux possible les appartements sous loi dont il est propriétaire (355 logements sous la loi 1235 sont propriétés de l’État, ndlr.), ne peut pas tout faire.

Il serait incongru de prétendre qu’il doit investir dans des immeubles dont il n’est pas propriétaire. À présent, comprendre les deux parties n’exclut pas qu’il faille trouver des solutions pour que les choses s’améliorent."

« Certains immeubles de la loi 1235 ne sont pas entretenus et je suis parfois choqué ne serait-ce qu’en poussant la porte d’entrée des parties communes. Cela n’est ni raisonnable ni normal », explique Albert Croesi, conseiller interministériel auprès du Ministre d’État en charge du cadre de vie et des relations avec les usagers.
« Certains immeubles de la loi 1235 ne sont pas entretenus et je suis parfois choqué ne serait-ce qu’en poussant la porte d’entrée des parties communes. Cela n’est ni raisonnable ni normal », explique Albert Croesi, conseiller interministériel auprès du Ministre d’État en charge du cadre de vie et des relations avec les usagers. Photo J.D.

Quand le locataire dispose d’un logement à si bas loyer, ne peut-il pas lui-même prendre à sa charge quelques travaux ?
"En partie probablement, mais est-ce au locataire à faire des travaux d’étanchéité ou d’isolation par exemple? Est-ce aux locataires à s’entendre entre eux pour rénover et rendre salubres les parties communes d’un immeuble? Je ne le pense pas.

Ces travaux sont par définition à la charge du propriétaire. Dans un pays qui fait de l’environnement et du développement durable une de ses priorités, comment des propriétaires peuvent-ils ne pas souscrire à cette volonté et laisser des appartements et des immeubles partir en décrépitude?

Au-delà de cette ambition de préservation de l’environnement, comment peut-on maintenir des foyers, quelle que soit leur nationalité, vivre dans des locaux à la limite de l’insalubrité? Il est vrai que dans le pays voisin, dès lors qu’un propriétaire entreprend des travaux d’isolation par exemple, il bénéficie d’une réduction d’impôts…

Si la loi ne permet pas de prendre des mesures coercitives, au-delà de tout ce qui est déjà fait dans le domaine social par le Gouvernement, peut-être faudrait-il mettre en place des mesures incitatives en imaginant un dispositif d’aide à la rénovation. Si cela existe, je l’ignore peut-être, il faudrait alors en informer clairement les propriétaires."

"Plusieurs appartements sous loi sont en effet dans des états pitoyables"

Voyez-vous des appartements véritablement insalubres?
"Les immeubles de la loi 1235 ont été construits avant 1947. Autant dire il y a longtemps. Certains ne sont pas entretenus et je suis parfois choqué ne serait-ce qu’en poussant la porte d’entrée des parties communes.

Cela n’est ni raisonnable ni normal. Des gens y vivent.

Des cas ont été signalés au département de l’Équipement, de l’Environnement et de l’Urbanisme mais aussi au département des Affaires Sociales et de la Santé car c’est l’affaire de tous que de proposer des solutions pour résoudre ces anomalies."

Des Enfants du pays qui se résignent à habiter en France, ça vous révolte?
"Je pense pouvoir dire que nous sommes tous très heureux de pouvoir travailler à Monaco. Beaucoup se réjouiraient plus encore s’ils pouvaient y rester et continuer à y loger. Enfants du Pays ou non.

Des non nationaux paient, quoi qu’il en soit, des impôts à la France ou ailleurs, et ils aimeraient pourtant ne pas avoir à partir.

Pourrions-nous imaginer que nombre de personnes aiment ce pays pour ce qu’il est, et non pas uniquement suspecter que ce n’est que par intérêt et pour de simples motivations financières qu’ils tiennent à y rester? Et pourquoi pas, sous un plafond de revenus, un pourcentage d’aide au loyer équivalent au nombre d’années de présence en Principauté?...

Ce ne serait pas désagréable de voir déambuler en ville et dans les commerces de la Principauté, le soir et les week-ends, autant de personnes que ce nous accueillons en journée et en semaine…."


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