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5 questions pour tout comprendre à la tension entre la France et Monaco

La France a mis en place des mesures pour lutter contre la pandémie de Covid-19, notamment des limites de circulation avec les pays frontaliers. De quoi attiser les tensions avec la Principauté de Monaco.

Paul Guianvarc'h Publié le 16/02/2021 à 16:58, mis à jour le 16/02/2021 à 17:18
Depuis ce lundi, les contrôles à la frontière monégasque se sont intensifiés. Photo archives J.-F.O.

Limitation de déplacement, assouplissement "insuffisant" des règles, contre-attaque... la brouille entre Monaco et la France se poursuit depuis plus de deux semaines désormais à propos des mesures sanitaires limitant les trajets entre les deux pays.

Si la friction n'est pas équivalente à celle de 1962, année d'un conflit diplomatique historique entre l'Hexagone et la Principauté, elle crée une tension à la frontière et du ressentiment chez nos voisins Monégasques. On vous explique tout.

Quelle est l'origine de la crise diplomatique?

Le 1er février, la France durcit les règles pour les résidents de Monaco souhaitant venir en métropole. Les Monégasques ne peuvent se déplacer que dans un rayon de trente kilomètres autour de Monaco et pour une durée inférieure à 24 heures. Sinon, ils doivent justifier un motif impérieux ou présenter un test PCR négatif de moins de 72 heures.

 

"Cette décision est en contradiction avec la convention franco-monégasque qui garantit la libre circulation des ressortissants des deux pays, rappelle le gouvernement princier. Elle pénalise les 9.000 ressortissants français résidant en Principauté qui n’ont qu’un accès limité à leur pays d’origine."

Elle est qualifiée d'injuste, d'inappropriée ou encore de ridicule par les habitants de la Principauté, qui se sentent "enfermés".

Pourquoi le gouvernement français a-t-il pris cette décision?

Cette mesure a pour objectif de limiter les flux de population, donc de limiter la propagation du virus. Si elle vise tous les pays limitrophes de la France, elle prend particulièrement d'ampleur à Monaco puisque la Principauté est enclavée dans les Alpes-Maritimes, où la situation sanitaire est jugée critique.

"Dans son esprit, cette mesure revient à ne pas considérer l’enclavement géographique de la Principauté dans le territoire français alors que lors de précédentes mesures de restrictions de déplacements prises par les autorités françaises au printemps dernier (déplacements limités à 100 km), cette réalité avait été prise en compte en considérant de fait que les résidents de la Principauté étaient assimilés à des résidents des Alpes-Maritimes", rétorque Monaco.

 

C'est la première fois durant cette crise sanitaire que la France limite à ce point les interactions avec Monaco.

Face au mécontentement, qu'ont décidé les autorités françaises?

La préfecture des Alpes-Maritimes a annoncé le samedi 13 février "que les personnes résidant à Monaco sont exemptées de l'obligation de présenter un examen PCR lors de l'entrée sur le territoire français pour des déplacements inférieurs à 24 heures dans les limites du département des Alpes-Maritimes".

Interdiction de quitter le département et test PCR requis si la durée de déplacement excède les 24 heures en France. Un assouplissement (très) léger de la part des autorités françaises qui considèrent nécessaires de conserver le principe général pour les déplacements non-essentiels.

Inaudible pour le gouvernement princier. "Ce délai de 24 heures est jugé insuffisant car il ne répond pas aux besoins concrets des résidents monégasques qui, à l’approche d’une période de vacances scolaires, se voient entravés dans leurs déplacements dans la région voisine qui constitue le bassin de vie de Monaco."

"La mesure d’assouplissement n’est pas suffisante", rappelle aussi Patrice Cellario, conseiller de gouvernement-ministre pour l’Intérieur, le gouvernement monégasque estimant que la convention entre les deux pays qui garantit la libre circulation des ressortissants de part et d’autre de la frontière, n’est pas respectée.

 

Comment réagit la Principauté de Monaco?

Face à l'affront, Monaco met en place le lundi 15 février "une stricte réciprocité des dispositions françaises". Les travailleurs et étudiants ainsi que les résidents des Alpes-Maritimes peuvent se rendre librement à Monaco. Pour les autres, Français ou étrangers, un test PCR négatif est nécessaire pour tout séjour supérieur à 24 heures en Principauté, à l'exception des motifs impérieux. "Des contrôles renforcés auront lieu aux frontières", a prévenu le gouvernement.

Loi du talion? Non, assure Patrice Cellario. "Il n’y a pas de problème particulier avec la France", déclare-t-il. Cette mesure est en vigueur "pour se préserver de la circulation active du virus". Les Alpes-Maritimes étant le département métropolitain où le coronavirus est le plus présent, Monaco justifie son passe-droit "car nous sommes dans un bassin de vie avec ce département et qu’il est légitime que nous soignons avec attention le cas des personnes qui résident dans les Alpes-Maritimes".

Résultat: sur la seule journée de lundi, 169 véhicules ont été refoulés à l'entrée du territoire monégasque car ils n'avaient pas un test PCR négatif à présenter. Une situation inédite.

La situation pourrait-elle dérailler en crise diplomatique?

Non, assure la France. "Les relations sont excellentes. Il n'y a pas du tout de brouille, on travaille dans le même sens", avance Laurent Stefanini, l'ambassadeur de France à Monaco. "Même si la crise sanitaire ralentit beaucoup de projets", admet-il.

Il reconnaît avoir été "déçu" de ne pas voir un allègement plus souple des mesures pour les Monégasques, "notamment pour le département du Var", il précise que cela n'entre en vigueur que pour la situation sanitaire et que les relations continuent entre les deux gouvernements.

 

De son côté, Monaco serait prêt à lever ses mesures contre les Français si l'Elysée en faisait de même avec ses ressortissants.

Mais cette tension pourrait bien avoir un effet collatéral bénéfique. "En prévision de cette période de vacances scolaires, et pour répondre à une demande croissante, notamment en raison des dispositions françaises, le gouvernement princier se met en mesure d’intensifier les possibilités de réaliser un dépistage PCR dès ce mercredi 17 février", précise le gouvernement princier. L’exécutif annonce aussi un "dépistage renforcé" pour tous au retour de congés.

Un dépistage massif de sa population pour pouvoir sortir du pays et profiter des vacances.

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