"Toujours dans la bataille, jamais dans la plainte", selon Franz-Olivier Giesbert

"Il avait toujours dit qu’il voulait s’en aller dès lors qu’il ne pourrait plus se lever", témoigne son ami et confident Franz-Olivier Giesbert.

FRANCK LECLERC Publié le 03/10/2021 à 15:50, mis à jour le 03/10/2021 à 16:01
"Pour moi, c’était la résurrection permanente", témoigne Franz-Olivier Giesbert que cette annonce a plongé dans un état de sidération. DR

Longtemps directeur éditorial du journal La Provence, à Marseille, dont Bernard Tapie avait pris le contrôle. "Il souffrait énormément, ces derniers temps. Je ne l’avais d’ailleurs pas revu depuis l’été, je sentais qu’il ne voulait pas que je vienne. Je crois qu’à ce stade de la maladie, il ne souhaitait avoir que sa famille auprès de lui."

Bernard Tapie l’avait clairement indiqué, il voulait pouvoir disposer du choix de son départ. FOG ignore s’il a pu le faire. "Le problème, c’est que son cœur tenait, même quand tout le reste avait lâché." Après tant d’alertes, un moment de sidération, ce dimanche matin: "C’est moi qu’on appelait régulièrement quand la rumeur courait. Lorsque sa mort avait été annoncée par un journal en ligne, le matin même, j’avais eu cinq ou six coups de fil de confrères auprès desquels je pouvais témoigner de ce que Tapie était en forme, même malade, puisque je l’avais encore eu la veille."

Cette fois, c’est vrai

Cette nécrologie prématurée avait évidemment irrité l’homme d’affaires. Au dernier degré. Mais ce dernier avait aussi réussi à s’en amuser. "Il trouvait ça honteux, que des raisons techniques aient conduit à une telle erreur, mais n’y croyait pas, disant que ces gens étaient sans foi ni loi et qu’on aurait pu au moins l’appeler, avant de publier ça." L’appeler avant d’annoncer sa disparition? "Oui, il était en colère, mais ça l’avait surtout fait rire, après…"

"Je m’étais fait à l’idée qu’il serait toujours là, pour moi, c’était un peu la résurrection permanente, il repartait de plus belle", poursuit Giesbert. Qui l’avait trouvé "dans un état terrible en 2019", et tout d’un coup c’était fini, "on retrouvait le guerrier, un incroyable guerrier". Jusqu’à tout récemment puisque "c’était pareil ces derniers temps, encore la rumeur, mais je ne l’avais pas eu au téléphone depuis une semaine".

 

"Une belle vie"

Giesbert lui avait consacré un livre en juin 2021, Leçons de vie, de mort et d’amour, d’ailleurs sans recevoir un grand soutien de la part de l’intéressé, c’est le moins que l’on puisse dire. Il s’était attaché à essayer de faire le tour du personnage, sous un angle plus intime. "Je me souviens de l’avoir vu au fond du trou, notamment après des décisions judiciaires, il pleurait beaucoup, c’est quelqu’un qui avait des émotions fortes, tout le temps, et Tapie finissait par me dire: « J’ai quand même eu une belle vie, hein?" C’était son leitmotiv, quand tout allait mal. Et dans cette belle vie, je crois qu’il y mettait même les années de prison. Cette phrase le résumait. On pouvait l’imaginer dans sa cellule, à se dire: "Oui, j’ai eu une belle vie! Tapie était toujours dans la bataille. Jamais dans la plainte."

"Ses engueulades vont me manquer"

Ce qui pèsera le plus à Franz-Olivier Giesbert? "Ne plus entendre ses engueulades! Je crois que Tapie m’aimait beaucoup, mais il m’engueulait énormément. Quand il m’avait vu à la télé, il me disait que j’avais été lamentable. « Mais qu’est-ce que t’es mauvais!" Et le lendemain, pour rattraper le coup, il me disait: "Je t’aime". De toute façon, les crises avec lui n’étaient jamais graves. Il criait, mais moi aussi, je lui répondais, il pouvait être insupportable. Vous imaginez, le livre? Le deal, c’était qu’il le relise avant la parution. Mais qu’est-ce qu’il m’a pourri! Pour quatre pages, quelque chose de monstrueux! C’était horrible, ça n’arrêtait pas. De la persécution téléphonique. Et après: "Je t’aime, mon bébé!" Et il était sincère! Toujours des émotions fortes, dans un sens comme dans l’autre. »

Ce livre, Tapie aurait fini par renoncer à s’y plonger. En ces termes: "J’ai arrêté de le lire, ça me fait vomir." Excessif en tout. "Sympa… Mais c’était comme ça en permanence. Tout est passionné. Tout est passionnel." Difficile, pour FOG, d’en parler au passé. Va-t-il lui manquer? Un cri du cœur: "Ah ouais! Énormément."

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