"J’ai créé Zize, une femme comme je l’aimais": les confidences de l'artiste transformiste Thierry Wilson avant son spectacle à Monaco

Le 21 octobre, à l’espace Léo-Ferré, l’artiste transformiste Thierry Wilson jouera Zize Dupanier, une Marseillaise haut en couleur qui marie son fils aîné et veut gérer tout le mariage.

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Thibaut Parat Publié le 13/10/2022 à 13:00, mis à jour le 13/10/2022 à 13:57
Thierry Wilson alias Zize Dupanier sera sur la scène de l’espace Léo-Ferré, le 21 octobre Photo DR

Elle a le verbe haut et l’accent chantant caractéristiques de la cité phocéenne. "Mi-bourgeoise, mi-cagole" - comme elle est souvent dépeinte - la Marseillaise et déjantée Zize Dupanier déboule à Monaco pour marier son fils aîné, Paulo. Prenez date de la célébration de cette union avec une jeune femme suédoise: ce sera le 21 octobre à 20h30, à l’espace Léo-Ferré.

Un choc des cultures qui, on s’en doute, va forcément provoquer des étincelles. Surtout quand la belle-mère, Zize, entend mettre son nez dans tous les préparatifs du mariage: du choix des invités aux tenues des tourtereaux en passant par le DJ.

Véritable boucan au caractère torrentiel, Zize Dupanier ne va pas se créer que des amis au sein de la belle-famille, loin s’en faut. Pour interpréter cette caricature outrancière, l’affable Thierry Wilson. Jadis marié à Coccinelle, reine des nuits transgenre, l’artiste et transformiste se confie sur son personnage - qui exige pas moins d’1h40 de maquillage -, sur les trois personnes qui l’ont façonné, sa notoriété grandissante et son combat pour la reconnaissance de l’identité transgenre. Interview.

Comment avez-vous construit ce truculent personnage de Zize?
Mon parcours est atypique. J’ai débuté par le conservatoire d’art dramatique à Marseille. Après une rencontre dans les années quatre-vingt avec Coccinelle, la plus grande vedette de music-hall des années 1950 et 1960, je me suis tourné vers le cabaret. Un jour, Richard Martin, mon maître absolu au théâtre, m’avait dit "Le rôle le plus dur à jouer pour un homme, c’est sans doute celui d’une femme". Cette phrase m’a fait tilt. Je me suis penché sur le sujet et j’ai trouvé étonnant ces hommes qui se travestissaient et jouaient Mireille Mathieu, Sylvie Vartan.
J’avais sans doute une part de féminité plus développée que certains mais je l’ignorais encore à l’époque. Coccinelle m’a déguisé et m’a poussé sur scène. J’ai interprété Ginette Reno, Régine, Lara Fabian, Lââm… Pendant 20 ans, je n’ai pas vu le temps passer. Puis, Coccinelle m’a incité à jouer au théâtre. J’ai créé un seul en scène et une femme comme je l’aimais : tout en rondeur, blonde aux yeux bleus, un sourire éclatant, des formes généreuses, mauvaise langue. Je voulais aussi que Zize soit mère de famille.

 

Après avoir raconté sa vie de Miss Marseille 1974, sa première d’artiste à Paris, Zize marie désormais son fils aîné…
On découvre les préparatifs du mariage, un sujet qui concerne tout le monde tôt ou tard. Évidemment, dans cette caricature, la mère trouve que son fils est la plus belle chose au monde et elle ne s’entend pas du tout avec sa belle-fille suédoise. Pour ne pas se mettre mal avec son fils, Zize est hypocrite, disons diplomate. [rires] Mais la barrière entre les deux est infime. Elle voudrait mettre son nez de partout : pour le choix du traiteur, des invités, des tenues du mariage, des animations. Mais sa belle-fille ne l’entend pas de cette oreille. Beaucoup de belles-filles et belles-mères viennent ensemble voir le spectacle. Heureusement, ça se passe mieux entre elles. [rires]

Le mariage parfait existe?
Là, il fallait que le mariage soit chaotique pour que le spectacle soit drôle. Mais oui, le mariage parfait existe. Sur Terre, une chose met tout le monde d’accord: l’amour. Ma différence [il parle de sa sexualité, ndlr], j’en ai fait ma force. Mes parents l’ont acceptée car il y avait beaucoup d’amour entre nous. Quand on est altruiste, ça ne peut que bien se passer.

Zize Dupanier à Marseille. Photo JL Pariente/JLPPA.

Zize est décrite comme "un véritable bulldozer dans un champ de tulipes". C’est-à-dire ?
La tulipe fait référence à la belle-famille originaire de Suède, un pays où la vente de bulbes de tulipes par correspondance a été inventée. C’est un bulldozer car elle est sans filtre, un peu comme Jeff Panacloc avec sa peluche Jean-Marc. Je lui fais dire des choses que je n’oserais même pas penser.

Elle est vraiment sans limites?
Elle n’en a aucune. Mais elle est toujours bienveillante.

Qu’est-ce que ce personnage révèle de vous, Thierry Wilson?
Elle et moi, on est aux antipodes. Je vis bien caché derrière Zize. On cohabite très bien, elle est bien dans mon corps. Moi, j’ai plus de mal avec les talons. [rires]

 

Il y a Zize Dupanier, Mado la Niçoise, les humoristes Ch’tis… Comment expliquer que les comiques "provinciaux pittoresques", comme ils sont décrits, plaisent autant?
C’est simple, populaire et accessible à tous. En revanche, on a beaucoup de mal à s’imposer à Paris. Marcel Pagnol le disait déjà à l’époque. On est un peu les parents pauvres de la Capitale. Mais Paris, ce n’est pas la France. La chance qu’on a, c’est d’avoir ce capital solaire. J’ai eu la chance d’être admis aux Grosses Têtes sur RTL et que Laurent Ruquier s’intéresse à ma carrière.

Être sociétaire des Grosses Têtes, ça décuple l’exposition?
Des millions de gens vous écoutent, à la radio, en podcast et à la télévision. Le grand public m’avait découvert dans l’émission La France a un incroyable talent. Carson Prod m’a fait venir dans Les 50 comiques préférés des Français. Cela a été une révélation et tout a suivi derrière. Je ne désespère pas, un jour, de m’asseoir dans le canapé rouge de Michel Drucker. Mais c’est encore difficile de montrer un homme qui joue une femme à certaines heures de la télévision. Il y a encore beaucoup de travail.

Vous avez partagé la vie de Coccinelle, première célébrité à changer de sexe et à l’acter à l’état civil. Quel regard portez-vous sur l’évolution du combat pour la reconnaissance de l’identité transgenre?
J’ai beaucoup milité. En 1992, avec Coccinelle, nous avons été les premiers à fonder l’association Devenir Femme, laquelle a fait naître toutes les associations sur la transidentité. On a mis des années à secouer le droit français qui nous régit depuis Napoléon. Aujourd’hui, on voudrait que tout change très vite. Trop vite. On demande beaucoup en très peu de temps: que les enfants changent de prénoms à l’école dès qu’ils ont un souci d’identité. Je pense que cela doit se gérer, avant tout, en famille. C’est formidable de laisser la place aux gens qui ont envie de vivre leur moi intérieur au grand jour, cela ne peut se refuser, mais il faut faire très attention. C’est le choix d’une vie. L’opération de changement de sexe est irréversible.

En juillet dernier à Monaco, où le catholicisme est religion d’État, la justice a prononcé une décision historique en validant le changement de sexe d’une personne à l’état civil. Qu’est-ce que cela vous inspire?
Cela ne m’étonne pas du tout de la Principauté et m’inspire beaucoup de respect. Peu de gens le savent mais dans les années soixante, une femme avait été renvoyée de Télé Monte-Carlo pour avoir omis de dire qu’elle était un homme. Par la suite, elle a continué d’être meneuse de revue à La-Colle-sur-Loup. Monaco lui a laissé le droit de vivre en Principauté jusqu’à la fin de ses jours. Elle m’a raconté son histoire quand j’étais venu jouer au Théâtre des Muses à Monaco. C’est un exemple.

Dans votre autobiographie De A à Zize, vous insistez beaucoup sur l’héritage. Celui de votre père, de Michou et de Coccinelle. Comment ces trois personnes ont façonné celui que vous êtes devenu?
J’ai eu la chance d’avoir des parents merveilleux. Étant petit, j’étais très perfectionniste et je voulais en permanence qu’ils soient fiers de moi. Mon père me disait toujours "Fais de ton mieux, je serai ravi". Cette phrase a résonné toute ma vie dans mon esprit. Michou m’a appris l’amour du travail bien fait, du respect du public. Ils ne les appelaient pas des clients mais des amis. Coccinelle, elle, m’a appris à me dépasser. Pour imposer sa féminité au monde entier, elle avait dû le faire elle-même. Elle s’est infligé des tortures de régime. Cela n’a pas été vain.

Les rumeurs disent que Zize Dupanier pourrait divorcer…
[Rires]. C’est exact car j’ai besoin de faire évoluer mon personnage. Dans le spectacle actuel (La famille Mamma Mia), elle commence déjà à se plaindre de son mari, qu’elle ne supporte plus. Dans ce futur spectacle Sexygénaire, prévu pour 2025, je la ferai parler sur le divorce, les féministes. Elle aura 60 ans, son mari se sera barré avec une autre plus jeune et elle se remettra sur le marché, sur les réseaux sociaux. Cela promet quelque chose de truculent.

Vous travailliez également sur un film?
Oui mais malheureusement les deux années de pandémie nous ont fait perdre le réalisateur.
On m’a fait des propositions mais si c’est pour que ça ne marche pas, c’est non. Peut-être que je me tournerai vers les Amazon et Netflix. [rires]

 

Savoir+
Zize Dupanier, le 21 octobre à 20h30, à l’espace Léo-Ferré. Avec Monaco Live Productions.

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