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Claude Lelouch: "Belmondo savait tout jouer"

Jean-Paul Belmondo, décédé lundi 6 septembre, pouvait compter sur l’amitié sans faille de Claude Lelouch. L’acteur et le réalisateur se connaissaient depuis les années 60.

Alain Grasset Publié le 07/09/2021 à 13:20, mis à jour le 07/09/2021 à 13:08
Claude Lelouch, à Nice en septembre 2019. Photo Eric Ottino

Ils ont tourné trois films ensemble: "Un homme qui me plait" (1989), "Itinéraire d’un enfant gâté" (1988) et "Les Misérables" (1995).

Le réalisateur d’"Un homme et une femme", Palme d’or du Festival de Cannes nous confie quelques-uns de ses souvenirs avec Bébel.

Votre première rencontre avec Jean-Paul Belmondo?
Claude Lelouch: Après le succès d’"À bout de souffle" de Jean-Luc Godard, UniFrance (l’organisme qui défend les films français à l’étranger, NDLR) m’a commandé un documentaire sur Jean-Paul. Nous l’avons tourné en 1963. Nous avons fait connaissance alors qu’il était en train de devenir une star. À la sortie d’"A bout de souffle", Jean-Paul a reçu 1.000 propositions françaises et italiennes. Comme il ne savait pas si le succès allait durer, il s’est dit: J’y vais! Je fais tout!". En 1963-1964, il tournait trois à quatre films par an.

 

Comment s’est passé le tournage de ce documentaire?
En fait, on passait notre temps à déconner. Jean-Paul ne prenait rien au sérieux. Pour le documentaire, je le suivais toute la journée à la boxe, au football, avec ses copains dont Charles Gérard qui était déjà là. J’ai tout de suite compris que pour lui ce qui était important, c’était avant tout l’amitié. J’ai senti aussi qu’il avait besoin d’être en permanence dans une cour de récréation. Après le documentaire, j’ai continué à suivre Jean-Paul sur les tournages et sur tout ce qu’il pouvait entreprendre en dehors des plateaux de cinéma. Et puis, quand j’ai fait "Un homme et une femme", il m’a rappelé en me disant: "C’est bien toi qui avais fait le reportage sur moi?". Je lui ai répondu par l’affirmative. Et il m’a dit en plaisantant "J’étais pas sûr!". Jean-Paul a ajouté: "J’ai vu "Un homme et une femme". Quand tu veux, on s’amuse ensemble!". Et nous avons décidé de tourner tous les deux.

En 1969, vous embarquez Belmondo et Annie Girardot aux États-Unis pour Un homme qui me plait"…
Oui! On a traversé toute l’Amérique. D’ailleurs, à chaque fois que j’ai tourné avec Jean-Paul, nous n’avons cessé de voyager. Avec "Itinéraire d’un enfant gâté", nous avons fait le tour du monde. Et pour "Les Misérables", on a fait le tour de France. Sur le tournage de "Un homme qui me plaît", j’ai découvert un véritable Stradivarius Jean-Paul savait tout jouer. Ce qu’il y avait de formidable avec lui, c’est que quoi que je lui demande, tout passait toujours par l’humour. Il était incapable de dire un truc sérieusement. Ça c’était formidable, parce que ça permettait de tout lui faire dire. Il suffit de voir comment il a balancé le dialogue de Michel Audiard et de Philippe de Broca le réalisateur de "L’homme de Rio", "Les tribulations d’un Chinois en Chine"). C’était toujours joyeux. La récréation était là sur le plateau. Avec Annie Girardot et Jean-Paul, j’avais la chance d’avoir deux acteurs qui s’entendaient à merveille. Deux acrobates! Ils boxaient à égalité. Pour le metteur en scène que j’étais, un vrai régal. J’en garde un très bon souvenir.

Comment se fait-il que vous ayez dû attendre 1988 pour tourner à nouveau ensemble avec "Itinéraire d’un enfant gâté"?
Nous étions très pris. Jean-Paul était une superstar et mes films marchaient très fort. On se téléphonait souventa vec Jean-Paul, en se disant: quand est-ce qu’on tourne ensemble? Nous y sommes enfin parvenu en 1988.
Belmondo a été un des premiers acteurs français à se produire avec sa société Cerito Films. A un moment donné de sa carrière, il a très bien compris qu’il valait mieux qu’il s’exploite lui-même... Et c’est justement ce qui est arrivé pour ce film, que nous avons produit tous les deux, en s’offrant toutes les libertés.

"Itinéraire d’un enfant gâté" lui a valu le César du meilleur acteur, mais il a refusé de se rendre à la cérémonie pour recevoir son trophée…
Jean-Paul a toujours été négligé par l’intelligentsia. Comme celle-ci est aussi dans les festivals, il a été vraiment méprisé. Pour le César, qui est la seule récompense de toute sa carrière, il a dit à l’académie: "Allez-vous faire foutre!". Et donc il n’a jamais été le chercher. Vous savez, quand on s’appelle Belmondo, on a pas de regrets. Il a été gâté par la vie, il a eu quatre enfants, des femmes, 90 films, le succès. Il a eu la vie la plus exceptionnelle qu’on puisse souhaiter.

 

Quand vous lui proposez de jouer Jean Valjean dans "Les Misérables", il éprouve une grande émotion…
Il a laissé échapper une larme, tellement il était ravi que je lui propose "le rôle des rôles". Il y a tout dans Jean Valjean! Tous les acteurs qui ont joué Jean Valjean. Harry Baur, Jean Gabin, Lino Ventura, ont été extraordinaires dans le rôle. Je me souviens que le jour où il accepté le rôle, il m’avait dit: "J’espère que je serai à la hauteur!". Et il l’ a été, bien sûr!

Après son AVC en août 2001 à Lumio, en Corse, vous avez espéré tourner encore…
Oui j’avais espéré que s’il retrouvait la parole, qu’on pourrait faire un nouveau film. Il n’était évidemment pas question de filmer un grabataire. J’avais un scénario formidable pour une suite à "Itinéraire". Et puis cette amélioration n’a pas eu lieu et j’ai décidé de ne pas le faire. Il n’était pas question de montrer Jean-Paul diminué.

Vous l’avez vu une dernière fois dans son appartement des Invalides il y a un mois et demi…
Les derniers mois ont été très difficiles et compliqués pour Jean-Paul. Il ne parlait plus, mangeait peu, mais il avait toujours son sourire. Là où il est aujourd’hui, il va pouvoir continuer à faire des acrobaties.

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