“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Charlotte Casiraghi: la philosophie est une manière de "déconstruire les préjugés"

Mis à jour le 14/10/2016 à 12:01 Publié le 15/10/2016 à 20:57
Le quatuor des Rencontres philosophiques, autour de Charlotte Casiraghi (de gauche à droite) : Joseph Cohen, Raphael Zagury-Orly et Robert Maggiori.

Le quatuor des Rencontres philosophiques, autour de Charlotte Casiraghi (de gauche à droite) : Joseph Cohen, Raphael Zagury-Orly et Robert Maggiori. Photo Jean-François Ottonello

Charlotte Casiraghi: la philosophie est une manière de "déconstruire les préjugés"

L’an dernier, le pari fut un succès. Cette année, l’instigatrice des Rencontres philosophiques entend continuer – autour du thème du corps – d’ancrer la réflexion philosophique à Monaco

Comme les trois mousquetaires, ils sont quatre. Joseph Cohen, Robert Maggiori, Raphaël Zagury-Orly et Charlotte Casiraghi. Quatre mousquetaires de la pensée qui ont lancé hier la deuxième saison des Rencontres philosophiques de Monaco.

À raison d’une conférence par mois, le projet de Charlotte Casiraghi, qu’elle a imaginé et qu’elle préside, a su séduire en Principauté. Au cours de la dizaine de rendez-vous de la première saison, un public fidèle s’est forgé dans ses soirées où autour d’un philosophe invité, le discours se confronte et la parole se libère. L’année dernière, on parlait d’amour.
Cette année, ce sera le corps comme question centrale de la programmation. Un sujet débattu hier soir pour un premier acte, avec le philosophe Jean-Luc Marion, membre de l’Académie française et référence prestigieuse de sa discipline. «La philosophie nous aiguise à cette flexibilité de la pensée», écrivait Charlotte Casiraghi l’an dernier dans le Cahier des Rencontres. Avec ses mots finement aiguisés, elle s’est livrée hier, au sein de son quatuor, sur l’importance de son projet et de sa volonté «d’ancrer la philosophie à Monaco sur le long terme et de la faire vibrer au sein de ces ateliers».

Dans le monde actuel, où l’on perd des valeurs essentielles, pensez-vous que la philosophie soit une valeur refuge?
- Charlotte Casiraghi: Probablement oui. Le fait que l’on soit très souvent noyés dans des discours d’opinions font que ce n’est pas évident de trouver des points d’appui. Il y a un désir, un besoin de philosophie très fort que l’on ressent dans le public. C’est un espace de questionnement qui n’est pas un affrontement de convictions politiques ou religieuses, sociales. C’est une manière de déconstruire les préjugés afin de rétablir un socle peut être plus sain pour penser.
- Raphaël Zagury-Orly: Je n’utiliserais pas le mot refuge. La philosophie plutôt, sollicite un engagement. Nous sommes là pour bousculer, déplacer les discours assurés, bien organisés. Pour déstabiliser. La philosophie n’est pas là pour répondre aux attentes mais pour les déjouer.
- C.C.: L’idée n’est pas de donner une recette du bonheur. Mais pour beaucoup de personnes, il y a une violence dans le discours public qui électrise la pensée. Le fait d’avoir cet espace hors politique, hors religion, afin de discuter et d’explorer de nouvelles possibilités, cela rassure. Et c’est positif.

Pourquoi avoir choisi la question du corps comme thématique centrale cette année?
- Robert Maggiori: Le choix était extrêmement logique, dans la suite de la réflexion autour de l’amour l’an dernier. Nous cherchons à proposer une réflexion philosophique en abordant cette question sous divers angles: le corps qui souffre, le corps augmenté par des technologies, la chirurgie esthétique. Des thèmes de la vie quotidienne auxquels nous donnons un traitement philosophique.
- Joseph Cohen: L’idée forte de ces rencontres est de s’adresser à tout le monde, en confrontant la philosophie à des thématiques, qui ne sont pas les plus connues, pour la rendre au présent. Par son ouverture, elle force à discuter avec les données qui composent notre présent.
- R.Z.-O.: Ces thématiques ne sont pas les plus pensées de l’histoire de la philosophie. Nous voulons nous inscrire dans sa tradition d’ouverture telle qu’elle est pratiquée depuis le XXe siècle.

Parmi les intervenants, le spectre est large autour des philosophes: médecins, sociologues... Est-ce compliqué de convaincre les sachants de se confronter à la philosophie?
C.C.: Non, ce n’est pas compliqué de convaincre. Les médecins, les sociologues, les psychanalystes ou les scientifiques sont toujours désireux de pouvoir confronter leurs connaissances et leurs pratiques à une réflexion qui va approfondir leur travail. Il y a une vraie synergie entre la philosophie et les sciences. Sur le corps, il y a des débats éthiques et des questions qui bousculent et interpellent. Le fait d’allier la philosophie à d’autres spécialités est une force pour pouvoir poser ces questions.
R.M.: Nous proposons une philosophie ouverte, accueillante. Sur un sujet comme le corps, accueillir les réflexions d’un médecin, ça va de soi. Cette synergie est intéressante. La question du corps augmenté par des technologies nouvelles est un problème politique, social, qui intéresse tout le monde. Et c’est aussi un problème philosophique.

Cette année, vous avez choisi d’amplifier également l’implication de votre association pour la transmission?
C.C.: En effet, toutes les classes de CM2 de Monaco reçoivent un enseignement pour se préparer à dialoguer avec une professeure de philosophie spécialisée pour les enfants. Nous avons travaillé de façon très approfondie avec les enseignants pour monter un vrai lien entre la philosophie et l’école primaire, pour avoir accès à la philosophie et à ses questionnements avant le lycée. Et les retours sont très bons depuis la rentrée.
R.M.: Nous poursuivons également les rendez-vous entre les philosophes et les lycéens. Et ces rencontres sont formidables à chaque fois. Nous voulons donner l’idée que la philosophie c’est une chance, un bonheur. Ce n’est pas la lourdeur. Elle est gracieuse, elle danse!
J.C.: Ce qui nous surprend toujours c’est que les lycéens de Terminale posent des questions toutes simples qui sont d’une complexité abyssale et nécessitent un raisonnement très complexe.
Ces Rencontres monégasques ont-elles vocations à s’exporter à l’international?
C.C.: Certainement. L’idée est de faire rayonner ce projet qui a pris naissance à Monaco et de le faire rayonner ailleurs qu’en Principauté. Mais nous le ferons petit à petit.

Les rendez-vous

«Quels maux pour le corps?»
Le 17 novembre, avec Claire Marin, Sabine Prokhoris et Bertrand Quentin.

«Sculpter son corps»
Le 15 décembre, avec Anne Gotman, Catherine Millet et Georges Vigarello.

«Les robots ont-ils un corps?»
Le 12 janvier, avec Ali Benmakhlouf et Jean-michel Besnier.

«Dans quel état est le corps?»
Le 9 février, avec Xavier Guchet, Yves Panis et Frédéric Worms.

«Langage des corps»
Le 17 mars, avec Marie-Aude Baronian, Veronique Bergen, Catherine Rioult et Philippe Liotard.

«Le corps émoi»
Le 27 avril, avec Corinne Pelluchon, Renaud Barbaras et Bernard Andrieu.


Savoir +
www.philomonaco.com
Un ouvrage vient de paraître regroupant des résumés des Rencontres sur l’amour. Disponible sur le site web ou au bureau des Rencontres Philosophies (4, avenue Hector-Otto). Rens. 99.99.44.55.


La suite du direct