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"Cette présidentielle est un drame shakespearien" selon Christophe Barbier à Monaco

Mis à jour le 13/03/2017 à 11:30 Publié le 13/03/2017 à 05:05
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"Cette présidentielle est un drame shakespearien" selon Christophe Barbier à Monaco

Comédien amateur, Christophe Barbier, éditorialiste à L'Express, a trouvé le temps de s'échapper de Paris pour jouer son Dictionnaire amoureux du théâtre. Il nous parle aussi politique…

En invitant son ami et complice de scène, Anthéa Sogno ne pensait pas que Christophe Barbier serait forcé de la faire mentir! "Ce jour-là, il ne répondra à aucune question politique", avait expliqué la directrice artistique du théâtre des Muses à Monaco, à l'automne dernier en présentant au public sa programmation, si déterminée qu'elle l'a même souligné dans son programme.

Mais à l'issue de son spectacle tiré de son Dictionnaire amoureux du théâtre, vendredi soir, l'éditorialiste de L'Express a aussitôt remis l'écharpe rouge. Sur un banc en velours moiré, entre une rapide séance de dédicaces et une imminente représentation du Gorille qu'il doit annoncer, le fulgurant Christophe Barbier nous a expliqué en quoi la campagne présidentielle française est « un drame shakespearien ». Une pièce dans laquelle « tout est possible jusqu'à la dernière minute ».

Le Dictionnaire amoureux du théâtre, c’est d’abord un ouvrage dont vous êtes l’auteur. Mais aussi une pièce où vous êtes seul en scène…
Je raconte une représentation, du maquillage jusqu’au rappel: le trac, le rideau, les trois coups, l’entrée en scène, le trou de mémoire, etc. Et entre chacun de ces récits, j’insère un extrait de pièce de théâtre (Molière, Corneille, Claudel) où d’histoire de théâtre.

Cette courte pièce évoque finalement votre histoire d’amour avec le théâtre?
Exactement. Trente ans comme spectateur et trente-trois ans comme comédien amateur. Ce dictionnaire rassemble les émotions par lesquelles je suis passé, la relation alchimique avec le public.

Vous avez deux amours: le théâtre et le journalisme?
Oui. Le journalisme est mon métier, le théâtre ma passion. Je savais que je pouvais, en étant journaliste professionnel, faire du théâtre en amateur, l’inverse n’existe pas. Au moins, ainsi, j’ai pu assouvir mes deux passions.

Le journaliste n’est-il pas spectateur du théâtre de la vie?
Oui, de la vie et de l’histoire lorsque l’on fait du journalisme politique. On est là pendant que l’histoire écrit la pièce que l’on joue avec elle. Les acteurs sont sur scène. Ils pensent improviser un texte qui est en fait écrit par l’histoire, le destin, la fatalité. Et nous, nous sommes dans la salle, applaudissant, pleurant. Le journaliste politique est un peu le critique de ce théâtre-là.

Quel es le genre théâtral de la campagne présidentielle: un vaudeville ou un drame shakespearien?
C’est un drame shakespearien car il y a tout: des moments risibles, grotesques, inquiétants, violents même, touchants, émouvants comme les adieux de Sarkozy ou Hollande qui se retire. C’est donc totalement shakespearien. Sauf que les Anglais savent jouer du Shakespeare, alors que nous, nous nous laissons parfois emporter par notre sang beaucoup plus chaud. Donc, il faut voir comment ça va se terminer…

Comment imaginez-vous la suite?
Pleine de rebondissements et de surprises; jusqu’au dernier moment. Plus que jamais les Français vont choisir jusqu’à la dernière minute leur vote.Ils vont se retrouver en famille pour le week-end de Pâques, une semaine avant le premier tour, et ils vont discuter. Il y aura dans les familles de droite, des gens tentés par Macron, d’autres par Le Pen. Il y aura, dans les familles de gauche, des gens tentés par Macron, d’autres par Mélenchon. L’alchimie va se faire là. Et dans la dernière semaine, ça va se cristalliser. Il est évident qu’entre les derniers sondages des 20 et 21 avril et le résultat du 23, il y aura des surprises. Tout est possible jusqu’à la dernière minute.

Il y a tout de même des têtes d’affiche?
Pour l’instant, le jeu se fait à trois: Fillon, Macron, Le Pen. Mais il n’est pas exclu que Mélenchon et Hamon grignotent des voix et rejoignent le peloton. Ils ont encore quarante-cinq jours et surtout – innovation 2017 – les débats télévisuels. Or, on a vu à la primaire que les débats pouvaient changer les choses.

Fillon n’a-t-il pas été si bas dans les sondages qu’il ne peut que remonter?
Oui, il a touché le fond de la piscine. Il remonte. Mais va-t-on lui remettre la tête sous l’eau avec une autre révélation ou un autre incident? Il y a des annonces qui prennent, d’autres non. De toute façon, dans cette submersion, Fillon a perdu beaucoup d’électeurs. Certains vont revenir ne voulant pas prendre le risque d’opter pour un candidat qui ne leur plaît pas juste pour le punir. Mais d’autres ne voudront plus entendre parler de lui, considérant qu’ils ont voté pour lui à la primaire sur la probité alors qu’il n’était pas probe.

A-t-il bien fait de résister?
La politique, c’est du rapport de force. Si on commence à mettre de l’éthique ou de la morale, on perd. Regardez Pierre Mendes France, Michel Rocard, Jacques Delors, Alain Juppé. Ces gens-là ne sont pas descendus dans l’arène. Il faut savoir résister à tout, comme Mitterrand dans l’affaire de l’Observatoire en 1959 où son immunité parlementaire a été levée, mais aussi Tapie, Sarkozy, Chirac. La règle en politique c’est «n’avouez jamais».

Fillon devrait-il faire un geste fort pour faire basculer les réticents en sa faveur?
C’est trop tard. Le premier jour, il aurait dit: «Je suis innocent. Ma femme a vraiment travaillé pour moi. Mais pour qu’il n’y ait aucun doute, aucun soupçon, je mets l’argent sur un compte en banque, j’hypothèque mon château, et quand l’affaire sera jugée, on me dira “Récupérez vos biens” ou on me les saisira.» S’il avait fait cela, l’affaire se serait, je pense, arrêtée tout de suite. Mais il a été très arrogant dans sa défense, et c’est donc parti en vrille.

Le rôle des journalistes est-il aussi déterminant que l’affirment les politiques?
Ils ont un rôle important, comme les réseaux sociaux. Mais les Français n’obéissent à personne. Le peuple écoute les médias, les politiques, ses proches, mais il est souverain. Rien ni personne ne fait le jugement des Français qui est composite et se fait avec une alchimie beaucoup plus complexe que cela. Le vécu des électeurs est bien plus important que la parole d’un commentateur politique.

Quel espoir pour Fillon aujourd’hui?
On peut penser qu’après cette épreuve du feu, le candidat de la droite et du centre est beaucoup plus solide. En janvier, Fillon a fondu comme un iceberg au soleil. Mais ce qu’il reste du fillonisme est beaucoup plus solide qu’avant. Il est certes passé de 28 à 19 % dans les sondages. Quelque part, n’a-t-il pas gagné au change? S’il met deux points dans la vue à Macron au premier tour, et qu’il bat Le Pen au second tour, ce sera parce qu’il aura survécu à cette affaire. J’entends beaucoup de gens me dire: “Un type qui a supporté cela, le jour où il sera face à Trump ou Poutine, il ne se mettra pas à pleurer.” Ça va compter beaucoup.

Selon vous, Fillon peut-il encore gagner?
Oui. Macron n’a rien prouvé. S’il fait une erreur, il est sans filet et sans parachute. Les débats vont être très importants. Si Fillon prend l’ascendant en terme d’homme d’État et de programme, il va remonter.


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