"Bernard Tapie était né pour le triomphe", témoigne Philippe Bouvard

Depuis sa résidence de Cannes, le journaliste se souvient de sa première rencontre avec le golden boy français, avec lequel il a partagé un demi-siècle de "fascination et d’amitié".

alexandre carini Publié le 03/10/2021 à 16:25, mis à jour le 03/10/2021 à 16:29
A Cannes, Philippe Bouvard, 91 ans, se souvient avec émotion de son ami Bernard Tapie. Photo P. Lapoirie

À l’issue leur première rencontre avec Bernard Tapie, Philippe Bouvard, futur animateur vedette des Grosses têtes a bien cru que Bernard Tapie s’était un peu payé la sienne!

Ce qui n’empêchera pas ces deux fortes personnalités de cultiver "cinquante ans de fascination et d’amitié".

L’entrevue s’est déroulée dans le bureau du nouveau golden-boy français, avenue Iena à Paris alors qu’il était encore un jeune repreneur d’entreprises en difficultés. Philippe Bouvard était chargé de réaliser son portrait pour Le Figaro.

« Au bout de dix minutes, Bernard m’a dit: si tu veux, on se tutoie! Il m’a raconté plein de choses avec entrain et alors qu’il me raccompagnait à l’ascenseur, il m’affirme: Tu sais, tu devrais lancer une marque de vêtements, car tu es connu, très chic, ça marcherait formidablement!

Au rez-de-chaussée, il y avait un énorme miroir: je ne m’y vois pas très beau garçon, vêtu comme un as de pique, et là, je me dis: il s’est foutu de moi!. »

 

Le bonimenteur devient néanmoins un ami fidèle, que Philippe Bouvard revoit régulièrement au fil de sa success story.

"Pour moi, c’est le contemporain qui disposait de l’intelligence primaire la plus aiguisée. Bernard n’avait pas grande culture, mais il comprenait tout sans qu’on lui explique. Il a tout fait et bien fait", estime encore l’ancien chroniqueur de Nice-Matin.

Sa grande erreur, la politique…

"Tapie fut un bon chanteur, un excellent patron, un comédien incroyable dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. Je ne l’ai pas vu rater grand-chose. Il fut d’abord un épatant vendeur de télés, avant de reprendre des sociétés qu’il achetait au franc symbolique afin de les revendre très cher. Il avait sa méthode: prendre contact avec les syndicats, qu’il séduisait avec son bagout et son projet, et dans la foulée, il licenciait la moitié du personnel. Ce n’était pas très social, mais, mais il savait remonter une société!"

Son engagement politique?

"Ah, il a débuté dans des circonstances particulières: François Mitterrand avait demandé à mon ami Michel Charasse : Trouvez-moi quelqu’un qui me fasse rire. On lui a présenté Tapie, et le coup de foudre fut réciproque. Quand Bernard Tapie est devenu Ministre de la Ville, il était sur un nuage. Mais il m’a ensuite confessé que sa plus grande erreur était d’avoir fait de la politique, ce qui l’a obligé à revendre Adidas avec tous les ennuis qu’on lui connaît…"

"Un aventurier avec un grand A"

Parmi les déboires judiciaires de Bernard Tapie, Philippe Bouvard se remémore encore l’hypothèque de son hôtel particulier rue des Saints-Pères, au profit d’un créancier auprès duquel Tapie était endetté.

 

"Il aurait dû quitter les lieux mais il est resté confiné dans deux pièces sur quarante. Quand j’ai demandé au créancier pourquoi il avait laissé Tapie sur place, ce dernier m’a répondu: parce que ça me coûtait moins cher qu’un gardien! "

De Bernard Tapie, Philippe Bouvard retient aussi une image azuréenne, à Cannes plutôt qu’à Marseille:

"Il était venu durant le Festival du film, et avait loué une Rolls-Royce pour se balader sur la Croisette, en saluant tous les gens qui le reconnaissaient, comme une star de cinéma. Tapie était né pour le triomphe, la réussite, l’admiration, et il en avait besoin!"

Un (anti) héros balzacien, "mais moderne, qui a mené grande vie. Un aventurier avec un grand A, pas au sens le plus noble, mais le plus fascinant du mot".

Malgré la distance et la maladie, les deux hommes se sont encore téléphoné ces dernières semaines: "il y a moins de huit jours, je l’avais trouvé très affaibli, sa voix était méconnaissable. Il était très affecté depuis son agression à domicile, et avait perdu cette vivacité qui l’avait toujours animé, tout au long de cette vie qui ne ressemble à aucune autre."

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