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"Personne ne peut sortir indemne d'un tel drame", le nageur Alain Bernard se livre dans son autobiographie

Alain Bernard, l’unique champion olympique français du 100m nl, a sorti son autobiographie. Il y retrace son parcours sportif, ses joies, ses doutes et revient sur le drame Dropped.

Romain Laronche Publié le 25/11/2021 à 19:52, mis à jour le 25/11/2021 à 19:55
Alain Bernard. Photo Sébastien Botella

Vous dites: "Ce livre me met à nu, moi qui ai toujours voulu faire la part des choses entre ma notoriété et ma vie personnelle". Cela a été un travail difficile de vous livrer?

Oui et non. Personne ne m’a forcé. Après avoir échangé un long moment avec le journaliste Antoine Grynbaum (co-auteur), j’ai réfléchi, puis je me suis décidé et ça a été une volonté. Et quand on décide de faire une autobiographie, forcément on va se confier. Évidemment, il y a des moments plus difficiles, quand j’évoque Dropped (1), ou les querelles en équipe de France, mais je ne voulais surtout pas m’apitoyer, plutôt en tirer des enseignements pour éviter que les mêmes erreurs ne se reproduisent.

"L’injustice, je ne la supporte pas"

Il y a un Alain Bernard avant et un après Dropped?

Personne ne peut sortir indemne d’un tel drame. On partait pour une aventure extraordinaire, exaltante, et cela se termine par cette tragédie. Je pense souvent aux familles, aux proches des disparus. Ça change notre vision de la vie. Je me suis posé plein de questions: pourquoi eux, pourquoi comme ça… La seule option pour résister, c’est de continuer à avancer sur des projets personnels, professionnels, sportifs, malgré cette cicatrice.

 

C’est aussi une occasion de rendre hommage à Camille Muffat, dont vous avez ramené les affaires à ses parents?

C’était moi le plus proche de Camille. Je l’ai pris comme une responsabilité, une mission. C’est clair qu’il y a un avant et un après Dropped. Que ça soit pour moi, les autres candidats, les membres de la production, ça fera partie de nous.

Vous avez également souhaité passer quelques messages, sur des valeurs que vous défendez: le travail, le fait de croire en soi, la nécessité de faire du sport…

Oui je voulais clairement mettre l’accent dessus. C’est également l’orientation de la tribune que je signe à la fin du livre, sur l’impact que peut avoir le sport sur notre société, qui parfois est morose. Cela permet de rester en forme physique plus longtemps, de maîtriser ses émotions. Je fais le parallèle avec ma propre expérience. Je suis également engagé à travers Paris 2024 (les JO): la France va accueillir le monde du sport, c’est un prétexte fabuleux pour encourager les jeunes à en faire, qu’ils poussent les portes des associations sportives. Il faut aussi valoriser cet écosystème. Personnellement, j’ai beaucoup travaillé, eu des doutes et des souffrances, mais le sport m’a procuré des émotions énormes. C’est ce qui est fabuleux.

"À 14 ans, j’étais un garçon banal"

Vous évoquez brièvement le harcèlement scolaire dont vous avez été victime adolescent, vous le champion olympique…

Mais à 14 ans, je ne faisais pas 1m96 et 100 kilos. J’étais un garçon banal. J’ai subi des intimidations, mais je ne me suis pas étalé dessus. Je l’ai transformé en force. J’avais une petite voix qui me disait: "travaille de ton côté, tout finit par se payer en bien ou en mal". Mais à ce moment-là, j’aurais peut-être dû en parler. Heureusement, j’avais cette chance de ne pas me morfondre chez moi le soir. J’avais la natation, avec les entraînements, les compétitions et un environnement plus sûr que l’école. Mais, aujourd’hui, je pousse les jeunes à en parler autour d’eux, à des personnes de confiance. Des amis, de la famille. L’idée est vraiment d’extérioriser pour casser ces schémas de harcèlement.

 

Dans votre livre, un chapitre est consacré au dopage. Le titre mondial de Cielo en 2009 vous reste en travers de la gorge?

En 2009, je suis le champion olympique en titre (2008) et je fais médaille d’argent aux mondiaux à Rome derrière Cielo. À la lecture des différents articles, j’avais échoué, d’autant que Cielo venait de battre mon record du monde (toujours détenteur en 46’’91) et a ensuite été rattrapé par la patrouille (contrôlé positif au furosémide, un diurétique en 2011). Avec le recul, je me dis qu’il n’y a pas de fumée sans feu, mais sur ce 100m de 2009, il l’a gagnée à la loyale, puisqu’il a subi un contrôle antidopage négatif. Ce qui m’a le plus frustré, c’est qu’il revienne juste à temps pour les mondiaux 2011 et qu’il gagne (2médailles d’or). Je me suis toujours battu contre l’injustice et pour l’équité. Mais je n’étais pas le seul à ne pas supporter ce retour, car Cielo avait été copieusement sifflé au moment du podium.

"Je veux faire bouger les choses pour Antibes"

Vous n’avez pas de mots tendres envers Yannick Agnel et Camille Lacourt. Ont-ils réagi à la publication de ce livre?

Non, je n’ai pas de contact avec eux. Avec Camille, je ne relate que des faits passés, de manière explicite, je n’invente rien. À un moment, j’ai été interpellé par des attitudes en équipe de France, des excès de zèle, des passe-droits, qui n’étaient pas en phase avec les valeurs que je défendais. Il y a eu du favoritisme ou des situations qui ont été mal gérées par le staff de l’équipe de France et qui ont été préjudiciables plus tard… Mais, depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et il n’y a pas d’animosité entre nous. Avec Camille, on s’est expliqué bien plus tard, trop tard d’ailleurs, et il y a eu des tensions qu’on n’aurait pas dû connaître.

En 2012, je prends ma retraite parce que je suis fatigué, je suis allé au bout du truc, mais aussi pour sortir de l’équipe de France. Ça m’a libéré.

La principale victime, c’est Jordan Pothain, déclassé au profit de Yannick Agnel avant les JO 2016 (2e des championnats de France sur le 200m mais qui laisse sa place à Agnel)?

 

J’ai toujours été le défenseur de l’équité. L’injustice, je ne la supporte pas, même quand je joue aux cartes ou à la pétanque. Là, ce n’était pas équitable. Philippe Lucas dit justement: "si Pothain fait troisième mais touche avant, comment ça se passe?"

Ce qui ressort le plus de votre livre, c’est l’amourette que vous dévoilez avec Laure Manaudou. Êtes-vous surpris?

Effectivement, c’est un point d’accroche important pour les journalistes… Je m’en suis douté un peu et me suis posé la question de le relater ou non. Mais l’idée était de jouer cartes sur table. Plus que l’amourette, c’est un contexte que je voulais expliquer. Je commençais à prendre confiance en moi, puis Laure m’a jeté comme un malpropre. Mon ego a été touché. C’était à l’image de mon parcours. J’ai pris des coups, mais j’ai ensuite rebondi. Ça m’a même aidé finalement parce que j’ai été plus fort derrière. Je n’en ai jamais voulu à Laure, ce n’était qu’une histoire de cœur de quelques semaines. J’espère que Laure ne m’en voudra pas non plus d’avoir parlé de sa vie privée et que ça ne fera pas de vagues.

Vous êtes conseiller municipal à Antibes, délégué à la jeunesse et la prévention de la délinquance. Est-ce que vous vous engagerez pour les Républicains pour la présidentielle?

Non, je resterai totalement en retrait. Mon engagement est local. Je veux faire bouger les choses pour Antibes. Par exemple, on veut redévelopper les colonies de vacances, donner plus d’accès à des terrains de sport à l’est de la ville… J’ai répondu à l’appel de Jean Leonetti (le maire) il y a un an et demi, mais je n’ai pas de carte aux Républicains et je reste libre. C’est toutefois le parti dont je suis le plus proche, et ça me fait mal de voir qu’il se divise plus qu’il ne se rassemble actuellement.

On sent que vous aimez transmettre votre expérience aux enfants. La suite, c’est la paternité?

Je l’espère. Est-ce que mes enfants feront de la natation? On verra, mais du sport oui, pour se dépenser, se dépasser. Et je serai là pour les accompagner.

 

1. Lors du tournage de l’émission de téléréalité Dropped de TF1, un crash entre deux hélicoptères de la production a tué dix personnes dont trois grands sportifs: Camille Muffat, Florence Arthaud et Alexis Vastine.

"Alain Bernard, mon destin olympique". Éditions Talent Sport. 19,90 euros. En librairie depuis le 10 novembre.

Offre numérique MM+

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