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Philippe Katerine: "Tout le monde est complètement cinglé. Sauf moi, bien sûr!"

Mis à jour le 31/10/2019 à 12:05 Publié le 08/11/2019 à 09:00
Pour ce nouvel album, Philippe Katerine s’est métamorphosé…

Pour ce nouvel album, Philippe Katerine s’est métamorphosé… Photo Erwan Fichou/Theo Mercier

Philippe Katerine: "Tout le monde est complètement cinglé. Sauf moi, bien sûr!"

Son César de meilleur second rôle pour "Le Grand Bain" en poche, l’artiste s’en est retourné à la musique. Il sort "Confessions", un disque étrange entouré d’invités prestigieux, d’Angèle à Gérard Depardieu. Il sera sur scène à Marseille en décembre. En attendant, il est à la une du magazine Week-end ce vendredi.

Naïf ou profond? Grossier ou drôle? Hypersensible ou carrément mondain? Pas évident de calquer une définition, une seule, sur Philippe Katerine. Complexe et attachant, le Vendéen bâtit, disque après disque, film après film, une œuvre singulière. Inclassable.

De son tube disco-kitsch Louxor j’adore, en 2005, à son rôle sur mesure dans Le Grand Bain de Gilles Lellouche, l’année dernière, il n’a jamais fini de se réinventer.

Sur son dernier album, Confessions, il pose, l’œil en berne et le sous-pull en lycra, affublé de grandes oreilles et d’un bien curieux museau –il n’a pas osé, nom d’un petit bonhomme, on dirait bien que si…– prêt à tout déballer.

Dix-huit nouvelles chansons électro qui tranchent radicalement avec la sobriété de son disque précédent, Le Film.

Entouré de Gérard Depardieu, Lomepal, Angèle, Dominique A et Léa Seydoux, entre autres, il nous parle enfance, racisme, politique, homophobie, sexualité.

Relativement sérieux au bout du fil, le ton doux, ce père de trois enfants – une grande fille de vingt-cinq ans qui a réalisé ses clips et deux garçons de sept et huit ans –remercie de l’intérêt qu’on lui porte.

Il faut dire qu’un disque qui s’ouvre et se ferme sur cette phrase: "Arrêtez de parler", ça donne envie d’en savoir plus.

Qu’est-ce que c’est que cette pochette ?
C’est une pochette que je trouve très belle. D’abord, on se concentre sur le regard, un peu triste, perdu. Fébrile, fragile.

Ensuite, c’est une transformation. Un fantasme de moi-même en lutin des bois, avec des grandes oreilles et un grand nez…

Une créature secrète. J’ai le disque entre les mains, on vient de me le donner et je suis très ému. Comme à chaque fois d’ailleurs.

"Je crois que je n’ai jamais écrit autant, on s’approche un peu du journal intime."

Et ce titre, Confessions… Vos chansons ne sont-elles pas toujours des confessions ?
Quelque part, bien sûr. Mais il m’est arrivé d’écrire des chansons plus entre les lignes, parfois même avec deux ou trois mots.

Là, c’est plus écrit. Je crois que je n’ai jamais écrit autant, on s’approche un peu du journal intime. C’est en ce sens que je parle de confessions, à la Jean-Jacques Rousseau. Très présomptueusement! (rires)

Vous aviez dit du disque précédent qu’il était "asexué", celui-ci, c’est tout le contraire! Pourquoi cette omniprésence du sexe dans les textes? Est-ce une réaction à l’hypersexualisation de tout aujourd’hui ?
Oh, je ne sais pas si c’est propre à notre XXIe siècle. Je crois que c’est ce qui a porté toute l’humanité depuis qu’elle existe. Sans parler du monde animal. On ne peut pas y échapper.

Sur le disque précédent, c’est vrai, j’avais fait un travail de deuil, de recueillement, un piano-voix. Là, c’est autre chose… C’est le diable qui sort de sa boîte, imprégné de ce qu’est la société.

Est-ce que cet album aurait mérité son autocollant "explicit lyrics", comme ceux des rappeurs U.S.?
En France on n’est pas obligé! Si j’étais obligé, je le ferais, mais je ne pense pas que ce soit répréhensible. Bon, je ne ferai pas écouter ce disque à mes enfants.

Mais je trouve que ça fait partie de l’expression, on se censure beaucoup dans la vie donc sur un disque, loin de moi l’idée de me censurer. C’est l’expression d’une liberté presque totale.

C’est rare un artiste qui fait à ce point ce qu’il veut…
Il y a quand même beaucoup de choses que je jette, je ne me permets pas tout. Ce que j’aime en fait, c’est m’amuser.

M’amuser avec mes propres angoisses et avec celles des auditeurs. Jouer à cache-cache, comme on joue avec un chaton.

Il y a toujours eu un côté clown triste chez vous, encore plus présent ici...
Je ne suis pas quelqu’un de très triste. Je suis sûrement mélancolique, en revanche.

Certains morceaux semblent faits pour nous rendre fous… ou pour nous montrer qu’on l’est déjà?
Mais le monde est fou! On a toujours été fou.

C’est d’autant plus palpable aujourd’hui parce que nous sommes toujours plus renseignés sur nos voisins, on sait tout de nos contemporains.Tout le monde est complètement cinglé. Sauf moi, bien sûr!

Vous avez toujours joué avec le masculin et le féminin. Qu’est-ce que ça veut dire pour vous, être un homme?
Ce n’est pas une fierté spéciale. Vraiment pas. D’autant moins quand je chante. Si je me suis appelé Katerine, c’est pour être chanteuse. Ma virilité, si j’en ai une, s’exprime moins dans mes chansons que dans ma vie.

" J’ai eu l’idée de me faire engueuler par Depardieu."

Incontournable, dans cet album: les invités. Pourquoi autant?
Rapidement, j’ai eu besoin de visite. On était en studio avec Renaud Letang, le producteur, et on s’est dit que sur ce long disque, il fallait des duos.

Les chansons ont ensuite dicté leur loi, ont réclamé telle voix, telle personnalité.

Gérard Depardieu sur le titre Blond...
On se voit régulièrement, c’est mon beau-père [Philippe Katerine est le compagnon de Julie Depardieu, ndlr], ce sont toujours des moments forts.

J’avais contacté quelques chanteurs blonds qui ont décliné. Et puis, j’ai eu l’idée de me faire engueuler par Depardieu, ça enrichit le morceau considérablement.

Il parle d’Histoire, rappelle que quand on est blond, on est potentiellement descendant d’esclavagiste. Seul lui pouvait porter ça.

Sous cet air naïf, simpliste, c’est finalement assez intello tout cela?
Oh, intello, je ne sais pas. J’espère que c’est riche. Qu’une chanson n’a pas qu’un seul sens, c’est surtout cela qui m’intéresse, la polysémie. Créer des pistes.

Dans le disque précédent, vous dites dans la chanson Danse traditionnelle: "C’est surtout beau quand c’est beaucoup de travail." Confessions a demandé beaucoup de travail?
Oui, c’est un disque d’artisanat. On a passé un an en studio, ce qui n’est pas dans mon habitude.

J’aime bien les chansons bancales, inachevées, or là, on est allé jusqu’au bout des idées. J’ai dû écrire une quarantaine de chansons sur mon ordinateur, un nouvel outil pour moi.

Et au cinéma, après votre César, quel rôle aimeriez-vous jouer?
Je n’ai pas d’envie, comme ça, je ne suis jamais déçu! Après, je me verrais bien… instituteur. Je ne sais pas pourquoi je dis ça.

Parce que l’enfance a une place particulière dans votre univers?
C’est vrai. Et puis, ça fait deux jours que je n’ai pas vu mes enfants, je suis en manque!


Philippe Katerine en concert.
Vendredi 13 décembre, à 20h30.
Cepac Silo, à Marseille.
Tarifs: 32€, 38€ et 42€.
www.cepacsilo-marseille.fr

Confessions. P. Katerine. (Wagram/Cinq7)


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