Les frères Belmondo, les professionnels du Jazz à Toulon

À la faveur du festival Jazz à Toulon, Lionel et Stéphane Belmondo sont revenus sur leurs terres natales. L’occasion de ressasser quelques souvenirs où apparaissent de grands noms du jazz.

Florian Simeoni fsimeoni@nicematin.fr Publié le 21/07/2022 à 12:15, mis à jour le 21/07/2022 à 12:13
À la faveur du festival Jazz à Toulon, Lionel et Stéphane Belmondo sont revenus sur leurs terres natales. L’occasion de ressasser quelques souvenirs où apparaissent de grands noms du jazz. Photo AFP

Surnommés les enfants terribles du jazz, les frères Belmondo, originaires du Var, avec Stéphane à la trompette et Lionel au saxo, ont donné un concert lors du festival Jazz à Toulon, sur la place de l’Équerre. Si Stéphane était trop occupé à faire les balances, Lionel a pris le temps de nous partager l’un de ses nombreux souvenirs et sa vision de la musique.

Content de jouer à Toulon?

Toulon, ce sont de nombreux souvenirs. Notre papa est né et a joué ici toute sa vie. Je repense aussi à Jo Valon, mon parrain de cœur, qui est un grand saxophoniste toulonnais. Il n’a jamais voulu rester à Paris. Ce que je peux comprendre, mais il n’a pas fait la "carrière" qu’il méritait. Ça reste quelqu’un qui a marqué des générations, il a joué avec Django Reinhardt. C’est important de ne pas oublier d'où l’on vient, jamais.

C’est particulier de jouer sur une scène gratuite?

 

J’aime justement cette proximité. Le vrai sens du jazz, et plus largement de la musique, c’est de jouer devant un cercle intime. Je ne dis pas que je n’apprécie pas de me produire sur des grandes scènes mais la proximité reste indispensable pour l’âme de cette musique. L’autre jour, nous sommes allés voir Antonio Faraò et Thomas Bramerie sur la place Raspail [le 16 juillet dernier ndlr], c’était génial. Je voyais des jeunes, de l'âge de ma fille, 13 ou 14 ans en train de filmer. On dit que le jazz est mort avec la techno – je ne sais même pas ce que c’est! –, mais rien n’est mort. La musique, ça vient de l’âme et du cœur.

Le jazz a pourtant toujours une image élitiste.

Oui, c’est ça qui est terrible! C’est de la c... dite par des gens frustrés car ils n’ont pas pu faire ce qu’ils auraient voulu. Je parle de certains journalistes spécialisés qui n’ont pas réussi à interpréter du Mozart, du Beethoven ou du jazz. On a mis des barrières qui, dans les faits, n’existent pas lorsque nous jouons. La plus belle des satisfactions c’est quand on me dit: "On ne connaissait pas ce genre de musique mais nous avons passé une super soirée." Qu’est-ce que tu veux de mieux? Mettre la musique classique dans des opéras fermés avec des places hors de prix, ça cloisonne. Ce festival est donc d’autant plus important.

Vous avez un souvenir particulier dans la région?

En 1987, lors de la création du Jazz à Hyères. Nous avons créé la première édition sur la plage de l’Almanarre: deux mois de concerts, tous les soirs, avec uniquement des gens de la région! La mairie nous avait payé des planches avec du gravier et des tables. On avait fait une palissade sur la plage. L’année suivante, nous avons eu plus de budget et on a rêvé de faire venir Horace Silver, Michael White, Phil Woods, etc. On a leur a expliqué qu’on pouvait juste leur filer une maison sur la plage, le temps de leur visite… Ils sont tous venus.

 

Votre père a créé l’école cantonale de musique de Solliès-Toucas. L’enseignement vous intéresse?

Je le fais épisodiquement car quand tu commences à enseigner tu y passes ta vie. Je ne peux pas faire plusieurs choses à la fois (il sourit). Je suis parti à Paris à 27 ans. Quand mon père a arrêté l’école de musique, je me suis occupé de la "dernière bordée" avec des jeunes talents comme Carine Bonnefoy [pianiste de jazz, ndlr]. Mon père nous a toujours enseigné la musique, pas le jazz, j’ai fait la même chose durant 8 ans à Paris. On pouvait travailler sur du Shakira pour ensuite revenir à Gabriel Fauré. Quand tu connais la musique, tu peux vite faire le lien avec les harmonies, les notes, etc.

Quel regard portez-vous sur la génération émergente?

Avant on ne se posait pas autant de questions. On sent bien qu’aujourd’hui, l’époque est moins à la rigolade. Je me souviens d’une soirée près d’un club de jazz vers Mayol, où Chet Baker essayait de relever Michel Graillier, qui s’était allongé au milieu de la route de colère car il avait complètement raté son concert! C’était fou! C’est dur de jouer lorsqu’on prévoit tout. Il faut un peu "d’urgence" pour créer de la musique. On a trop voulu plier les nouveaux aux exigences de ventes et, aujourd’hui, rien ne marche sur le marché du disque. On sent que la nouvelle génération revient à quelque chose de plus authentique, ça donne de l’espoir.

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