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Jérôme Pigeon: "Ma vie de chanteur me hante encore"

En résidence tropézienne au TIGrr jusqu’à mardi 28 septembre, celui qui s’est affirmé en DJ cosmopolite rembobine le fil d’une existence qui l’a vu tourner le dos à son statut de chanteur-coqueluche des années 80.

Laurent Amalric Publié le 24/09/2021 à 10:41, mis à jour le 24/09/2021 à 10:42
interview
À l’Hôtel Ermitage, écrin du club-restaurant le TIGrr où il se produit de juin à septembre. (Photo L. A.)

Pour paraphraser "Ce Garçon-là", chanson de 1991 qui trente ans après donne toujours le frisson, c’est l’histoire d’un garçon né en 1965, ex-Petit chanteur à la croix de bois qui se produisit à Rome devant Paul VI. Il devint Petit Prince au bois rockant, prêt à bouffer le monde tout cru en sautant comme un cabri devant des millions de téléspectateurs avec son tube de 1986, Cache-Cache Party.
Un attachant Poulbot des ondes (son père est l’ex-journaliste Gilles Schneider, désormais Sétois), aussi bien potes de Taxi Girl que de Téléphone, dont on boit les paroles lorsqu’il revient sur "sa vie d’avant". Au risque de le voir - sans crier gare - fondre en larmes au moment d’évoquer ce qui l’a poussé à raccrocher les guitares pour se réinventer voici 25 ans...

Tendresse infinie envers Jérôme Pigeon qui a endossé la panoplie démesurée du rêve et lorgné vers les utopies clignotantes sans jamais être ensorcelé par la beauté de son apocalypse. Ce mercredi, sur la terrasse du TIGrr, club-restaurant devenu "résidence tropézienne" où il enfourche les platines chaque saison depuis 2017, nous faisons face au DJ épanoui qui déroule la pelote à grand renfort d’anecdotes craquantes comme le vinyle.

Bardot au pastis avec Brian Jones

"Le premier soir ici, j’avais trop bu, j’ai cassé l’ordinateur, fait n’importe quoi ! Ils auraient dû me virer, mais ils ont dû déceler quelque chose qui leur plaisait...", débute ce défricheur sonore que sa modestie honore. Car bien loin du pousse-disques interchangeable, l’artiste qui mixait avec Fatboy Slim au mariage de Ronaldo, a creusé son propre sillon en marge des canons du dancefloor entre Notting Hill Arts Club, Miami, New-York, l’Europe et... le Brésil.

"Mon truc de base c’est « Eclectic Ladyland, sourit-il en hommage à Hendrix. J’ai débuté sous l’hégémonie house qui m’ennuyait. Samba, reggae, electro, rock, funk, drum’n’bass, salsa... Peu importe ! Mon propos c’est de raconter une histoire. Ici par exemple, c’est créer la bande-originale de mon fantasme de Saint-Tropez, où Bardot boirait un Pastis avec Brian Jones sur le port. Me faire plaisir tout en étant contagieux. Aller chercher des trucs que les gens ont oubliés et qui font mouche!", décrit le musicien, aussi bien adepte des Stones, dont l’achat d’Afertmath à Saint-Tropez dans les 70’s "a changé (l) a vie", que de son ami Seu Jorge, jadis produit par ses soins.

 

A son actif aussi, la création de la Favela Chic à Paris et Londres, où il a habité huit ans, avant de s’établir deux ans à Rio, où ce fan de foot signa des correspondances "Coupe du monde 2014", pour Les Inrockuptibles.

Vendeur au stand Hallyday

 

Sa lucidité extrême, sans la moindre coquetterie, éclaire d’une façon éblouissante un parcours de chanteur in fine abandonné, pour tenir un temps le stand tee-shirts des tournées Hallyday. "Un mec d’une humanité folle même s’il était parfois ingérable!", se souvient Jérôme souvent en loge avec l’idole.

De son côté, restent une poignée de singles, trois albums et une dizaine de chansons, dont Confort Moderne, qui dorment paisiblement dans les tiroirs, faute de trouver jadis preneurs auprès des maisons de disques. Lorsqu’on lui demande quel album a subi le sort le plus injuste, il n’hésite pas trop avant de répondre: "Le 1er, Jonpi, dont je reste super fier ! On l’a fait six mois en immersion avec Dave Allen (producteur de The Cure, Sisters of Mercy, Depeche Mode..., Ndlr). Un moment de vie extraordinaire où je me suis fait voler la guitare de Robert Smith ! (rires) Quant à Cache Cache Party, je savais qu’il marcherait même si après, la surenchère autour de la signature d’un nouveau contrat m’a coûté ma place chez Mercury-PolyGram", note celui qui en 1987 fut invité par Daho pour un duo majeur sur son 4e album.

La fable du "plaisir de perdre" signée Daho

Avec Etienne Daho sur la scène du Zénith de Paris en 1989 lors de leur duo Pour le plaisir de perdre.

"Il m’a téléphoné en me disant qu’il avait écrit une chanson, Pour le plaisir de perdre, en pensant à moi. Avec le recul les paroles de ce titre étaient prémonitoires... Moi je voulais être The Clash, mais il y avait déjà l’original, alors à quoi bon ? Et puis j’en avais marre de passer des journées à avoir peur parce qu’on jouait le soir... J’étais insupportable en tournée! J’en pouvais plus du trac... ça ruinait ma vie. Alors j’ai redémarré bistrotier, avant de m’affirmer en DJ, débarrassé de toute cette mythologie rock oppressante puisque j’en ai rien à foutre des DJ!

Ça m’a finalement ouvert les salles du monde entier, là où avec le rock je serais resté cantonné à la France comme Téléphone. Maintenant je suis plus sûr de moi. D’ailleurs je pense être meilleur DJ que chanteur. Plus novateur en tout cas. J’ai été le premier à Paris à mélanger new-wave et samba", analyse-t-il tout en confiant encore faire des cauchemars sur cette terreur de la "panne scénique" qui le hante au point d’en éclater en sanglots...

 

Prêcheur de "fantaisie"

Puis le quinqua se requinque à l‘évocation d’Elvis, 14 mois, Miniman fruit de son union avec Lucie Mazalaigue, nièce de Jean Ferrat et collaboratrice culture d’Anne Hidalgo. Soit un jeune papa heureux de quatre enfants issus de trois mamans. L’aînée, Paloma, est née de sa relation avec la chanteuse Nina Morato. Ses jumelles, Yasmin et Ruby, sont artistes.

Après Saint-Tropez, Jérôme Pigeon se remettra aux platines parisiennes. Pigalle, Bus Palladium, Ground Control, Cannibale, ou bien nommés Cheper et... Perchoir. Prêchant, sans croix de bois, la "fantaisie" contre une réalité "froide et clinique". Préservé à jamais, sous son galurin où se hérissait autrefois une folle tignasse, du fond de teint de la suffisance qui écorne parfois les stars volatiles de sa corporation platinée.

"Le lien entre Taxi-Girl et Téléphone alors qu'ils se détestaient !"

"J’étais le lien entre Taxi-Girl et Téléphone. Ils sont tous restés mes potes, même si à l’époque, eux se détestaient ! (rires) Jean-Louis Aubert est venu présenter et jouer avec nous "Let's spend the night together" sur la première date de Pijon à Lyon, Daniel Darc dormait chez moi, quant à Mirwais, j’ai vécu les prémices de sa collaboration avec Madonna puisqu’il était mon voisin. Jeune, je répétais rue de Bagnolet chez Richard Kolinka, où se retrouvaient aussi Le Cri de la Mouche, Les Porte-Mentaux, Les Innoncents, etc. Et comme certains membres de Téléphone et mes musiciens étaient toujours en retard, on jouait de la batterie en les attendant... ça a fini en groupe de reprises avec Camille Bazbaz, Louis Bertignac, Jean-Louis, etc. On s'était baptisé les Wilburen, pour pasticher le super-groupe de l‘époque, les Traveling Wilburys (avec Bob Dylan, George Harrison, Tom Petty, Jeff Lyne et Roy Orbison, Ndlr) ! On a dû jouer une fois sur une vraie scène".
 

"Le jour où j'ai perdu la guitare de Robert Smith..."

"Lorsque nous avons enregistré notre 1er album au studio ICP de Bruxelles, moi je suis arrivé avec ma guitare super pourrie. Au bout de trois morceaux, le producteur anglais Dave Allen me dit « C’est pas possible, je peux pas mettre mon nom sur une production avec un tel son de guitare ! ». Il me ramène une Gibson hors d’âge, celle de Robert Smith et bien sûr il me prévient de pas faire le con avec ! Je pars en week-end avec la guitare fourrée dans la voiture et là je me fais dévaliser le temps d’un resto avec ma copine... Dave, furax, me donne le numéro de Robert Smith pour m’expliquer... Moi je suis paralysé. Comment dire ça à mon idole ? Contraint par Dave, je finis par appeler et là, après un blanc, Smith répond "Bon, personne n’est mort..". J’ai trouvé ça extraordinaire ! Il ne me restait plus qu’à lui en retrouver une en y passant une partie de mes droits d’auteur de Cache-Cache Party ! (rire) Six mois plus tard, je le vois débuter son concert à Bercy avec la guitare que je lui avais achetée. Ensuite backstage, pas l’ombre d’un reproche, il m’a même dit qu’elle était super!", éclate de rire Jérôme qui confirme la coolitude du chanteur ébouriffé.

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