“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Soutenez l’info locale et Monaco-Matin > Abonnez-vous

INTERVIEW. Un peu de douceur avec Jean-Louis Aubert : "Les gens me considèrent comme si j'étais un ami"

Mis à jour le 29/11/2019 à 14:17 Publié le 06/12/2019 à 09:00
Jean-Louis Aubert vient de sortir un nouvel album solo, "Refuge".

Jean-Louis Aubert vient de sortir un nouvel album solo, "Refuge". Photo Barabara D'Alessandri

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

INTERVIEW. Un peu de douceur avec Jean-Louis Aubert : "Les gens me considèrent comme si j'étais un ami"

L’ex-Téléphone est de retour avec "Refuge", un double album où son émotion et sa générosité s’expriment pleinement. De quoi nourrir sa prochaine tournée des Zénith, durant laquelle il sera accompagné d’un hologramme... Il est à la une du magazine Week-End ce vendredi.

"Je ne sais pas comment je me suis débrouillé, mais on dirait que le monde m’accueille très bien."
De son phrasé reconnaissable entre mille, Jean-Louis Aubert nous glisse cette observation au détour d’un échange au long cours. Il a raison, Jean-Louis. Tout le monde l’aime.
Pas comme une icône intouchable, plus comme un vieux pote qu’on prendrait pudiquement dans ses bras.
Il y a les fans éternels de Téléphone, évidemment, qui iraient bien, un jour, à New York avec lui. Et puis les autres, qui l’ont découvert autrement, au détour d’une émission télé ou radio.
Entre les brailleurs et les agitateurs, ce grand gamin de soixante-quatre ans à la mine songeuse, s’extrait sans le vouloir du lot.
Courtois, curieux, poétique.
Certes, ce n’est pas très rock. Mais il est parfois agréable de tomber sur une belle âme. Tout comme il peut être agréable de trouver Refuge. Un double album garni de vingt-deux titres, dans lequel Aubert navigue entre ses racines rock, son goût du beau mot et quelques expérimentations plus surprenantes.
Il nous parle de tout cela, du temps qui passe, des nouvelles technologies et du pouvoir de la bienveillance.

Pourquoi avoir appelé votre neuvième disque Refuge?
Parce que j’ai l’impression qu’un long album comme ça, pour ceux qui m’aiment, ce sera comme entrer dans une petite maison et y passer un bon moment.
Plus profondément, j’ai l’impression que derrière nos pensées et nos peurs, il y a un endroit assez pacifique où l’on peut retourner.
Dans la chanson Refuge, j’écris: "Ne cherche pas refuge ailleurs, sois une île pour toi-même."
Si on est en paix avec soi-même, on est beaucoup plus ouvert aux autres. Quand on est bombardé d’informations, quand on tourne à la dopamine des réseaux sociaux, on a besoin de développer ce territoire, ça nous aidera beaucoup à embrasser le futur.

L’actualité est plutôt marquée par la colère et la contestation...
La bienveillance envers soi-même est importante. Les gens qui sont très durs avec eux-mêmes le sont aussi avec les autres.
Ils sont tout le temps en colère, ils engueulent les autres. La colère –comme la peur–, aide à survivre.
Elle peut être très utile. Mais pas tout le temps et pas pour des choses qui n’existent pas.
Si ça dure deux ans, ce n’est pas possible.

Vous avez intitulé l’une de vos chansons Les temps sont durs. Pourquoi le sont-ils?
Avant, la contestation était peut-être un peu plus organisée. Les gens pouvaient se réunir après le boulot, échanger, coller des affiches, trouver une famille de revendications.
Aujourd’hui, on voit parfois des groupes de gens qui semblent très agressifs.
Mais si on s’approche d’un peu plus près, on voit surtout des êtres humains en souffrance qui cherchent à communiquer, à se dire qu’ils ne sont pas seuls dans leur détresse.
Internet permet parfois aux gens de se retrouver. Mais il les confronte aussi à leur propre solitude.

"Je peux me rendre compte de l’état de la société juste en regardant la manière dont les passants se parlent"

Vous adoptez souvent cette position d’observateur?
Souvent, je m’assois à la terrasse d’un café. Je peux me rendre compte de l’état de la société juste en regardant la manière dont les passants se tiennent ou se parlent.
En bas de chez moi, il y a un monsieur turc qui m’a fait remarquer qu’ici, les gens ne se disaient pas bonjour.
Dans son pays, quand quelqu’un ne dit pas bonjour, on lui demande tout de suite ce qui ne va pas.

En revanche, tout le monde veut dire bonjour à Jean-Louis Aubert, non?
Oui, je ne sais pas comment je me suis débrouillé, mais on dirait que le monde m’accueille très bien.
J’adore marcher dans la rue. Les gens me considèrent toujours comme si j’étais un ami.
C’est un privilège incroyable.

Flâner, ça stimule l’inspiration?
Keith Richards dit que les chansons sont tout autour de nous. Un téléphone qui sonne, un oiseau qui chante. Ou même des bruits de travaux, comme j’avais fait dans Plâtre et ciment [un titre de son premier album solo, datant de 1987, ndlr].
Ces bruits, ils m’empêchaient de travailler.
Tout d’un coup, je les ai inclus dans la musique et j’ai pu faire une chanson à partir de ça.
Dans la vie aussi, je me demande s’il ne faudrait pas plus se servir de ce qu’on prend pour des désavantages.

A quoi pensez-vous?
A moi, par exemple. Je ne joue pas parfaitement, je ne chante pas parfaitement, je le sais.
Mais parfois, ça donne quelque chose d’un peu personnel.

Sur la chanson Refuge, vous avez utilisé l’Auto-Tune, comme les rappeurs, pour corriger votre voix. Content de l’expérience?
Je voulais voir comment ça fonctionnait.
Il y avait un petit côté provocant, parce que je sais que ça ne se fait pas dans mon genre musical! C’est un outil qui me passionne.
Il y a plein de programmes qui trafiquent les voix.
Certains peuvent vous transformer en immense chorale ou donner des tons très graves. Le chanteur canadien, Bon Iver emploie tout ça de manière remarquable.

Dans le registre technologique, il y a aussi ces hologrammes qui vous accompagnent sur scène...
Ma machine, je l’appelle “Le Dragon”. Dans une biographie de Jean-Sébastien Bach, j’ai appris qu’il avait baptisé son grand orgue comme ça.
J’ai adoré! J’invente musicalement, en créant des boucles, qui continuent à jouer en même temps que moi.
Le système est très curieux, un petit peu versatile. Il faut y aller avec précision.
Et malgré cela, parfois, ça fait ce que ça veut. On est un peu dans la science-fiction, j’adore ça.
C’est une sorte de mélange de rêve généré par la technologie et de vraie présence. Cela me permet quand même d’être complètement libre sur scène. Je voulais ça depuis quinze ans!

Après avoir tourné dans des théâtres et rempli plusieurs fois le Bataclan, vous allez retrouver les Zénith à partir de février...
Là, ce sera autre chose et ça me plaît aussi.
J’ai tendance à vouloir faire ce que je n’ai pas pu faire juste avant. Dans la vie, j’aime bien les diagonales.

"Je pensais que je n’allais pas mourir très vieux, comme beaucoup de jeunes de mon époque"

Dans la vie, la musique vous a-t-elle aidé à trouver votre place?
Quand j’étais jeune, cela a été un passeport incroyable.
En jouant, on se retrouvait vite au cœur d’une fête. Et pour voyager, quand vous faites de l’autostop avec une guitare, vous faites moins peur. J’ai toujours voulu être un troubadour.
Aujourd’hui, je peux improviser un concert en Facebook Live, avec mon téléphone portable, ça m’apporte beaucoup de joie et à ceux qui viennent écouter, aussi.

Plus jeune, comment voyiez-vous l’avenir ?
Je pensais que je n’allais pas mourir très vieux, comme beaucoup de jeunes de mon époque.

Et que pensez-vous quand vous vous regardez dans la glace aujourd’hui?
Le visage vieillit, mais j’accumule les connaissances. Peut-être que j’accepte mieux certaines choses avec le temps. Et puis, il y a des chansons qui viennent au monde parce qu’on devient capable de les accepter.
Avec l’âge, je succombe aussi beaucoup plus rapidement à mes envies.
Avant, j’étais plus craintif. Sans doute parce que j’ai moins de temps devant moi, même si je ne pense jamais à ça.

Est-ce vrai que certains titres de Refuge ont été écrits il y a longtemps?
Oui. Au début, je trouvais ça très bizarre d’avouer que certains titres étaient très anciens.
C’est assez curieux: des chansons qui datent de quand j’étais très jeune semblent avoir été écrites par quelqu’un de mon âge actuel.
Ne m’enferme pas, date d’avant Téléphone. Je ne comprends pas d’où viennent ces mots.
Je ne vois pas comment je pouvais écrire à l’époque: "Parfois, je me sens si loin d’où je viens."
Peut-être que j’avais fait ça pour me rendre intelligent !

"On s’aperçoit souvent de la valeur des choses quand elles nous échappent. Cela vaut aussi pour les gens"

Vous faites désormais plus dans la chanson française, mais vous n’oubliez pas vos racines rock...
Dans ce que j’appelle ma "caisse à morceaux", il y a des choses très jouissives à jouer. Le texte de Tu vas l’aimer, en gros, dit: "Regarde ce que tu as devant toi. Quand tu ne l’auras plus, tu vas le regretter."
On s’aperçoit souvent de la valeur des choses quand elles nous échappent. Cela vaut aussi pour les gens.

Dans une émission de radio, vous évoquiez les chansons qui vous "tombent dessus". Que vouliez-vous dire?
Les plus belles sont celles qui m’ont échappé. C’est une forme de surréalisme qu’on ne contrôle pas, ça m’émerveille.
Tenez: je ne comprends toujours pas comment j’ai écrit La Bombe humaine [sur l’album Crache ton venin de Téléphone, ndlr].
Pourtant, je me souviens du coin de table, de la couleur de la cuisine où je l’ai écrite.

Comment vous est venue l’idée de L’Ange et la Grande, qui raconte l’histoire d’amour entre Jean Gabin et Marlene Dietrich?
Je suis tombé sur un article de Paris-Match, en attendant mon tour chez l’oto-rhino, pour mon oreille gauche qui ne marche plus très bien.
L’article était titré L’Ange et la Grande. C’est comme ça que Jean Gabin et Marlene Dietrich s’appelaient entre eux.
Ils ont eu une relation passionnelle pendant la Seconde Guerre mondiale. Lui a décidé d’aller se battre.
Il y a des retranscriptions des vraies lettres de Marlene Dietrich.
J’ai chanté l’une de ces lettres. Ça me plaisait aussi beaucoup de pouvoir parler une langue de femme.
J’aime beaucoup ce décalage quand je prononce la phrase: "Mes seins me font mal."


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.