“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Soutenez l’info locale et Monaco-Matin > Abonnez-vous

INTERVIEW. Ses débuts, son nouvel album, sa passion pour le flamenco... On a parlé musique avec Cecilia Bartoli, la future directrice de l'opéra de Monte-Carlo

Mis à jour le 09/12/2019 à 11:44 Publié le 13/12/2019 à 09:00
Cecilia Bartoli dirigera l’opéra de Monte-Carlo à partir du 1er janvier 2023.

Cecilia Bartoli dirigera l’opéra de Monte-Carlo à partir du 1er janvier 2023. Photo Kristian Schuller/ Decca

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

INTERVIEW. Ses débuts, son nouvel album, sa passion pour le flamenco... On a parlé musique avec Cecilia Bartoli, la future directrice de l'opéra de Monte-Carlo

La mezzo-soprano romaine qui dirigera l’opéra de Monte-Carlo à partir du 1er janvier 2023, vient de sortir "Farinelli". Un album hommage à ce castrat qui était une vraie pop star à son époque, assure-t-elle. Un opus sublime qu'elle nous présente ce vendredi en une du magazine Week-End. Grandissimo. Bravo ! Bravo !

Elle adorait le flamenco. Elle aurait aimé être danseuse. Mais, comme elle l’avoue dans un éclat de rire, elle est plus douée avec la voix qu’avec les jambes.
Que l’on soit amateur ou non de lyrique, force est de reconnaître que Cecilia Bartoli a de la voix. Et une belle en plus! Trente ans que cette Romaine, bonne vivante et qui rit de bon cœur, fréquente les plus grandes scènes du monde.
Elle vient de sortir Farinelli, un album-hommage au célèbre castrat qui au XVIIIe siècle était, assure-t-elle, comme une pop star d’aujourd’hui. Nous l’avons appelée pour en parler en français et en italien...

Pourquoi vous être transformée en Conchita Wurst pour la pochette de ce nouvel album?
C’est le jeu artistique, bien entendu. Ici, c’est pour rendre hommage à un grand chanteur du classique: Farinelli. C’est sans doute le castrat le plus connu qui, avec sa voix, a joué des rôles d’hommes mais aussi des rôles de femmes.
Quand il était jeune, dans Marc’Antonio e Cleopatra de Hasse, Farinelli a chanté les deux rôles ! C’est le jeu théâtral qui est très important. En regardant la pochette du disque, il faut tenir compte du fait qu’un artiste doit toujours se plonger dans des personnages différents.

Et vous, dans cet album, vous chantez des chansons d’hommes?
Oui voilà. Mais les castrats avaient des voix féminines.
Je trouve que cette ambiguïté est aussi très intéressante à montrer.

Combien de temps a-t-il fallu pour vous maquiller en homme?
Oh, ce n’est que de la barbe ! Et ce sont bien mes cheveux. Heureusement que je n’ai pas encore l’âge des grands-mères car, à l’époque, il y avait des vieilles femmes qui avaient de la barbe. (elle rit de bon cœur)
Je plaisante... En fait à Salzbourg [où a lieu l’un des festivals les plus prestigieux du monde, ndlr], j’avais chanté le rôle d’Ariodante de Haendel et j’avais déjà cette barbe. Mais oui, c’est long : la colle pour la barbe demande du temps... surtout quand il faut la retire!

"ce que les castrats arrivaient à faire c’est de l’apothéose vocale"

Pourquoi cette fascination pour les castrats?
Plutôt que pour les castrats eux-mêmes c’est surtout le grand intérêt que je porte aux compositeurs qui ont écrit pour les grands castrats.
Vous savez, rien qu’en Italie, quatre mille enfants étaient castrés par an...

C’est beaucoup! Mais pourquoi?
Énorme oui! Quelle horreur... En ce temps-là, à l’instar de Farinelli ou Cafarelli, les castrats étaient des pop stars et gagnaient beaucoup d’argent.
Les familles pauvres, qui avaient dix ou douze enfants, en sacrifiaient un en le castrant au nom de l’art mais aussi pour sortir la famille de la misère. C’est une histoire triste mais il reste cette musique extraordinaire qui a été écrite pour eux et on peut dire que ce que les castrats arrivaient à faire c’est de l’apothéose vocale.

Sur votre album, on retrouve le premier extrait de Polifemo, de Nicola Porpora. C’est extrêmement difficile à chanter, il y a des phrases très longues...
Ah si! C’était cela l’art des castrats: maîtriser le souffle. Il faut le faire non seulement dans la virtuosité mais aussi dans la ligne de la mélodie.
Et c’est ce que Farinelli faisait très bien car il arrivait à toucher les gens.
Particulièrement dans les lamenti, par exemple. Il avait une palette énorme de couleurs dans la voix.
Ainsi, il arrivait aussi bien à faire rire qu’à faire pleurer. C’est pourquoi je me suis dit, qu’un jour, il fallait que je lui rende hommage. Et voilà, c’est fait!

Sur la pochette de son nouvel album, "Farinelli", Cecilia Bartoli s'est ajoutée une barbe...
Sur la pochette de son nouvel album, "Farinelli", Cecilia Bartoli s'est ajoutée une barbe... Photo Alain Hanel

Ce n’est pas la première fois que vous collaborez avec l’ensemble Il Giardino Armonico. Pourquoi cette formation?
J’avais déjà travaillé avec Giovanni Antonini, qui dirige cet ensemble, pour l’album Sacrificium et d’autres projets. Il Giardino Armonico fait un travail incroyable avec de belles couleurs de rythmique, et puis leur chef a beaucoup d’expérience dans ce répertoire.
Mais, dans cet album, je n’ai pas eu le temps d’enregistrer le dernier morceau Alto Giove avec Il Giardino Armonico donc je l’ai fait avec Les Musiciens du Prince-Monaco.

Justement, en Principauté, vous êtes à l’origine de la création de l’ensemble Les musiciens du Prince-Monaco. Comment est née cette idée?
J’avais réalisé un projet sur les compositeurs italiens qui, à la moitié du XVIIIe siècle, étaient partis à la cour de Saint-Pétersbourg. Il y avait aussi des musiciens européens qui travaillaient là-bas pour la Grande Catherine.
Alors je me suis dit: "Ce serait génial de trouver une cour qui serait intéressée par le fait de créer un orchestre avec des instruments d’époque".
J’ai donc cherché une cour en Europe.
Jean-Louis Grinda, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo(1), m’a conseillé d’en parler à la princesse Caroline et au prince Albert II car ils adorent la musique. Je leur ai donc présenté ce projet et ils ont été ravis de créer cette formation.

RELIRE >> Cecilia Bartoli prendra la direction de l'opéra de Monte-Carlo

Avec quels instruments d’époque?
On a des copies d’instruments du XVIIIe siècle car on n’a pas encore des Stradivarius: je lance d’ailleurs un appel à des mécènes! (elle rit)
Les musiciens, qui viennent de toute l’Europe, jouent dans le style de l’époque avec des cordes en boyau et non pas en métal.

Parlons un peu de vous maintenant. Vous avez commencé très jeune dès l’âge de neuf ans...
Oui, avec le rôle du petit berger dans Tosca de Puccini. Il faut dire que mes parents étaient dans le chœur de l’opéra puisqu’ils étaient musiciens tous les deux.

C’est à ce moment-là que vous est venue l’envie de chanter?
J’avais envie d’être dans le monde artistique. Là, je chantais mais je n’avais pas forcément envie de faire de l’opéra car mes parents en faisaient déjà. J’étais très intéressée par la musique, j’ai pris des cours de piano, de trompette...
En fait, je cherchais mon chemin.
Et puis, à l’âge de treize ans, c’est ma mère qui m’a mis la puce à l’oreille en me mettant au chant.

Pourquoi à cet âge-là?
Parce que pour le chant lyrique on ne peut pas commencer trop tôt: il faut attendre la mue de la voix. C’est donc à ce moment-là que j’ai commencé à prendre des cours de chant car mes parents avaient bien compris que j’avais l’oreille musicale. Puis, à l’âge de quinze ans, je suis rentrée au conservatoire de Santa Cecilia à Rome.

"on n’a pas encore des Stradivarius: je lance d’ailleurs un appel à des mécènes!"


Mais ce n’était pas votre passion, je me trompe?
Non, c’est vrai que ma grande passion c’était le flamenco: j’étais dans un groupe semi-professionnel à Rome. Ça a été la guerre avec mes parents car je ne voulais plus aller à l’école pour continuer dans cette voie.
Finalement, on a trouvé une solution diplomatique: je continue le conservatoire mais aussi le flamenco. J’ai cependant bien vite compris que j’étais plus douée avec ma voix qu’avec mes pieds! (elle éclate de rire)

Votre talent a explosé lors d’un concert-hommage pour les dix ans de la mort de Maria Callas. Que représente-t-elle pour vous?
C’était l’Artiste avec un A majuscule car elle a complètement bouleversé la façon de chanter, de s’exprimer: elle était cantatrice dans le vrai sens du mot. Dommage que sa carrière a été finalement assez courte.
C’est un exemple très important pour nous, les chanteurs. Personnellement quand j’étais jeune, j’étais très impressionnée par son art, j’étais en admiration devant elle.

Aujourd’hui, vous avez trente ans de carrière, vous êtes couverte de récompenses. Est-ce que c’est important de recevoir des prix?
Quand je reçois un prix ça donne du plaisir bien sûr et aussi l’envie de continuer à faire de la musique.
Et, surtout, de partager. Car, finalement, c’est cela la musique.
Ces récompenses prouvent que pendant trente ans j’ai partagé beaucoup d’émotions.

Vous avez collaboré avec de grands chefs d’orchestre dont Herbert von Karajan. En avez-vous un favori?
On parlait de l’hommage à Maria Callas. A l’époque, il avait été organisé pour Antenne 2, par Ève Ruggieri.
Et c’est grâce à cette émission que Daniel Barenboïm [pianiste et chef d’orchestre argentin, ndlr] m’a découverte: quand il m’a vu à la télévision, il m’a tout de suite demandé de travailler avec lui. Ensemble nous avons étudié tous les rôles mozartiens.
Et un jour, Monsieur Karajan a appelé Barenboïm en lui disant qu’il voulait m’entendre à Salzbourg.
Alors j’y suis allée afin d’auditionner pour Karajan. J’étais très impressionnée car il était assez petit mais avec une force, une densité de regard impressionnante.
Avec le mouvement d’un doigt seulement, la réponse de l’orchestre était incroyable. Je n’ai plus jamais revu cela dans ma vie.
Il avait un charisme exceptionnel. J’ai eu beaucoup de chance puisque j’ai travaillé avec de grands chefs comme Claudio Abbado, Riccardo Muti...

On connaît tous la Cecilia des chants mais la Cecilia des villes qu’aime-t-elle, à part Rome?
En dehors de la musique... euh (elle réfléchit et puis avoue :) la nourriture, ça c’est clair. Eh oui! Rossini avec l’arte de la cuccina [l’art de la cuisine, ndlr] m’a beaucoup influencé.
J’aime bien manger mais aussi préparer: faire mes pâtes, aller au marché choisir mes légumes. J’ai découvert dernièrement une autre sorte de citrouille qui s’appelle Delica, comme délice.
J’ai dégusté cela à Mantova (Mantoue) près de Parme d’où est originaire ma mère.
Là, ils font des ravioli de citrouille exceptionnels. C’est salé et sucré, c’est fondant : parfait pour cette saison.

1. Le 3 décembre dernier, la princesse Caroline de Hanovre a annoncé que Cecilia Bartoli succèdera à Jean-Louis Grinda à la tête de l’opéra de Monte-Carlo.


Farinelli. Cecilia Bartoli avec Il Giardino Armonico, dirigé par Giovanni Antonini. (Decca)


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.