Rubriques




Se connecter à

INTERVIEW. Rhoda Scott à Jazz à Juan: "J’ai connu Ella Fitzgerald ici!"

Quarante-sept ans après sa première venue à Jazz à Juan, l’organiste y a joué à nouveau vendredi, avec son Ladies All Star créé en 2004 et composé de sept autres femmes.

Jimmy Boursicot jboursicot@nicematin.fr Publié le 10/07/2022 à 13:09, mis à jour le 10/07/2022 à 12:50
Rhoda Scott. Photos Jimmy Boursicot

On la surnomme "l’organiste aux pieds nus". Mais à Jazz à Juan, c’est la forme de sa main que l’on trouvera désormais au côté de celles des plus grandes légendes ayant joué dans la Pinède-Gould. Quelques minutes avant la prise d’empreinte, Rhoda Scott était là, dans le hall de l’AC Hôtel Ambassadeur, entourée de sa fille, l’un de ses petits-enfants et plusieurs proches.

Sereine et avenante, comme lorsque nous l’avions rencontrée en 2019, pour une date à Saint-Jazz-Cap-Ferrat. Mémoire intacte, joie de vivre certaine, la musicienne a fêté ses 84 ans le 3 juillet dernier. Avec son Ladies All Star, une bande où trois générations se côtoient, Rhoda Scott engloutira une copieuse tournée cet été. "Ma fille dit que c’est une tournée de ouf!"

"Je ne me vois pas arrêter. Seule la santé décidera de ce que je pourrai faire", assure-t-elle, dans un français largement maîtrisé après plusieurs décennies passées dans l’Hexagone.

Pour intégrer votre All Star, il faut avoir du talent, mais aussi être une "belle âme"?

 

C’est primordial. Et c’est pareil avec les hommes: si on ne s’entend pas, on ne joue pas bien ensemble. Là, on a une sororité formidable. On a commencé à quatre [avec Sophie Alour au saxophone ténor, Airelle Besson à la trompette et Julie Saury à la batterie. Depuis, Lisa Cat-Berro au saxophone, Géraldine Laurent au saxophone alto, Céline Bonacina au baryton, et Anne Paceo à la batterie ont rejoint la formation, ndlr] et cela a fonctionné immédiatement. Quand une autre femme arrive, c’est presque toujours parce qu’elle a déjà un lien avec l’une des membres du groupe.

Plus jeune, auriez-vous aimé vous retrouver dans un tel collectif?

Bien sûr, cela m’aurait aidée et donné beaucoup plus de confiance en moi. Aujourd’hui, je crois que les jeunes musiciennes suivent ce qu’on fait, et ça leur donne l’espoir d’y arriver aussi.

Dans quel état d’esprit êtes-vous quand vous montez sur scène?

Mon but c’est de partager de la joie avec ma musique. Et parfois, j’ai envie de jouer autre chose de... je ne dirais pas mélancolique, mais inspirationnel. En ce moment, on a un morceau d’Anne Paceo qui s’appelle Les Châteaux de sable. Il appelle à la méditation. Je pense que c’est utile. Cette dimension spirituelle, différente de la religion, est aussi très importante.

 

Que vous apportent ces femmes?

On n’a pas le même âge, mais les filles m’apprennent beaucoup. Je me dis surtout que j’ai de la chance. Même avec des carrières montantes, ou même au sommet, elles acceptent encore de jouer avec moi.

Très humble pour quelqu’un qui rejoint les légendes du jazz sur l’Allée des empreintes de Juan...

C’est comme Hollywood, on y est! (elle rit) Mais je suis toujours moi-même, la fille de la campagne.

Cette fille de la campagne, comment était-elle quand elle a découvert le Saint-Tropez des grandes années, avec Eddie Barclay?

Je suis une fille de pasteur, tout ce glamour m’était complètement étranger. La French Riviera, c’était assez mythique chez nous, aux États-Unis. J’étais très impressionnée quand j’ai découvert tout ça. Je le suis toujours, d’ailleurs. Me retrouver à Saint-Tropez à cette époque, c’était aussi comme être à Hollywood! J’ai fait toutes les soirées blanches et les mariages d’Eddie...

Revenons à Jazz à Juan. Conservez-vous un souvenir particulier de votre première date ici, en 1975?

 

Oui, parce que c’est là où j’ai rencontré Ella Fitzgerald. On était assises sur le même banc et on a commencé à échanger, elle m’a parlé comme si j’étais sa petite sœur. Cela m’a confirmé que les plus grands artistes sont souvent les plus accueillants.

Lors de notre précédente rencontre, vous aviez dit beaucoup de bien de Count Basie, qui avait lancé votre carrière. Un autre géant du jazz vous a-t-il marquée aussi fortement?

J’ai été très impressionnée par Thelonious Monk. Je m’étais retrouvée à l’affiche plusieurs fois avec lui à New York, au Village Gate. Il avait un humour exceptionnel, je ne sais pas si tout le monde le devine dans sa musique. C’était un personnage bigger than life, un artiste total. Un soir, il a fait venir les techniciens pour déplacer le piano, mais de quelques millimètres. Il s’est assis, mais ça ne lui allait toujours pas. Il a fait ça trois ou quatre fois! C’était un perfectionniste. Ou alors, il voulait embêter tout le monde (rires).

Offre numérique MM+

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.