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INTERVIEW. La "crise civilisationnelle", la pandémie, le rap de demain... Akhenaton se livre, la rage au ventre

Mis à jour le 17/04/2021 à 10:42 Publié le 16/04/2021 à 11:30
Pour Akhenaton, c"est "notre mode de vie qui déclenche" des pandémies

Pour Akhenaton, c"est "notre mode de vie qui déclenche" des pandémies Photo Didier D. Darwin

Monaco-Matin, source d'infos de qualité

INTERVIEW. La "crise civilisationnelle", la pandémie, le rap de demain... Akhenaton se livre, la rage au ventre

Le pilier d’IAM sort La Faim de leur monde, un long texte faisant écho à un autre morceau fleuve du groupe. En 2006, son regard sur la société était sombre, tout en laissant entrevoir un peu d’espoir. Aujourd’hui, "on va dans le mur", pour le rappeur.

Il finira par retrouver un peu le sourire, se radoucir en parlant musique à fond, en nous conseillant d’aller écouter une perle du Bronx impressionnante de technique. à 52 ans, Akhenaton a toujours la flamme.

Lorsqu’il évoque La Faim de leur monde, les paroles acides et le tableau très sombre de ce "poème immense", le Marseillais ne décolère pas. "Le mépris et le manque d’empathie sont devenus les moteurs de notre société moderne. On va droit dans le mur. Ce sont des virages qu’on choisit, malheureusement. Pour mes enfants, ça me met la rage", lâche-t-il au téléphone. Publié par les éditions L’Iconoclaste, son brûlot est accompagné par les paroles de La Fin de leur monde, un titre de onze minutes présent en bonus sur l’album Soldats de fortune d’IAM. écrit en 2006, il dressait déjà un constat peu reluisant du monde. Quinze ans plus tard, la plume du rappeur s’enfonce encore plus profond dans la plaie.

Dans quelles conditions avez-vous rédigé La Faim de leur monde?
En avril dernier, quelqu’un des éditions Iconoclaste m’a contacté pour faire un livre. J’étais ok, mais je ne savais pas sous quelle forme me lancer. J’étais parti sur des poésies. Malheureusement, en septembre, j’ai perdu ma maman. Des tas de choses que j’avais sur le cœur sont sortis à ce moment-là. Quand elle est partie, j’ai pris une feuille et un crayon, dans les couloirs de l’hôpital. C’est toujours ma manière de gérer ces moments compliqués. J’ai aussi repris quelques bribes commencées au lendemain de l’attentat de Nice, en 2016.

La crise sanitaire est évoquée, mais ce n’est pas l’axe central de votre réflexion?
Je ne crois pas que l’on soit uniquement dans une crise sanitaire. C’est une crise civilisationnelle qu’on est en train de vivre. L’humanité doit se demander où elle veut réellement aller. C’est notre mode de vie qui déclenche des choses comme ça. Les contacts renforcés avec les animaux, l’exploitation de certaines forêts, la mondialisation.

Quel est votre ressenti par rapport au coronavirus?
Je ne dis pas que le virus n’est pas là. Il est là, il est dangereux, imprévisible. Dans le groupe, on peut t’en parler. Certains d’entre nous, dont moi, ont été asymptomatiques. Et d’autres ont fini sous respirateur pendant le premier confinement. Maintenant, c’est le vaccin ou rien. Quand tu es malade, c’est chez toi avec un Doliprane. Si ça se passe bien, tu guéris tranquille. Sinon, c’est la réa. Il faut réfléchir à des solutions pour limiter la casse, y compris des remèdes naturels. Je suis dur avec une certaine forme de médecine. Parce qu’elle est passée entre les mains de gens d’écoles de commerce. Les modélisateurs ont pris le pas sur les vrais scientifiques. Et à la télé, un de ces modélisateurs, un podologue ou un philosophe vient donner la leçon à un grand infectiologue...

Dans le morceau de 2006, vous évoquiez déjà ces pandémies mondiales...
Ce n’est pas un truc qui me trotte dans la tête depuis trois mois... La crise de la grippe H1N1 m’avait déjà estomaqué. On peut l’entendre dans un morceau comme Que fait la police?, où je disais: "C’est pas du vol c’est de la science/C’est le plus fort qui l’emporte et ouais voici la France/La maison où le supo pénètre sans effort quand on l’endort/Avec un concombre, un porc et un canard mort." La santé et la peur de mourir sont des leviers pour des gens qui ont envie de faire de l’argent. Avec la peur, même pas besoin de faire de la pub.

Selon vous, l’autre épouvantail du moment est l’islamo-gauchiste?
Mais quel nom de merde... L’ennemi de 1946 à 1989, c’était le gauchiste, le communiste. Et depuis, c’est le monde musulman, qui cristallise toute la peur du monde occidental. Donc là, ça fait doublement peur. Les mots ne sont pas choisis au hasard. On est tout le temps dans cette sémantique, j’aimerais qu’on sorte de ça.

Dans La Faim de leur monde, vous écrivez: "Désolé mais le complot ça existe".
Quand tu vois Erin Brockovich, ça a existé pour de bon, hein. Ce n’est pas qu’un film américain avec Julia Roberts. Tu as des gens qui ont été empoisonnés par une firme. Et tu as une autre firme qui fait des vaccins et qui a été condamnée à 2,3 milliards de dollars d’amende au pénal. [Il fait référence à Pfizer, sanctionné en 2009, pour des pratiques commerciales frauduleuses concernant l’anti-inflammatoire Bextra, ndlr]. Oh, au bout d’un moment, il faut se réveiller. C’est du même niveau que les amendes qu’ont eues le cartel de Cali et Cosa Nostra... C’est sûr, la communication est différente. On a des têtes gentilles, des noms gentils, des études gentilles... On appelle ça le business.

Vos constats sont rudes...
Je suis un constatiste actuellement. C’est marrant de l’être et de se faire estampiller complotiste. C’est un manque profond de culture et de discernement. On nous renvoie constamment à un monde manichéen, avec les gentils d’un côté, les méchants de l’autre. Le monde est complexe. Et on est en train d’en supprimer toute la complexité. Parce que le monde est aux mains de libéraux fanatiques.

Vous arrive-t-il également de manquer de discernement?
Une anecdote m’a profondément touché. Je n’étais pas fier de moi. J’étais avec un pote dans un magasin, je ne voyais que des anciens autour de nous. Je lui disais: "Putain, on se confine, on fait attention. Et eux, ils sont tous dehors!" Une dame qui devait avoir 78-79 ans est venue. Elle m’a dit: "Vous savez, moi non plus je n’ai pas envie de rester chez moi. C’est peut-être mes dernières années." Je me suis senti con. Il faut voir des nuances partout, des envies et des rêves partout. Mais aussi de l’égoïsme et de l’individualisme partout.

Morceaux choisis

"Quand je suis né, je n’ai pas ri, j’ai pleuré/Au fond, je devais savoir où je mettais les pieds/Un sacrifice, sur l’autel de la bêtise humaine/Les insectes qu’on écrase font plus pour l’homme que l’homme lui-même."

"Notre médecine est à un tournant, fragmentée/Les docteurs fidèles à leur serment d’un côté/De l’autre, ceux que les labos ont transformés/En associés du plus grand cartel du crime organisé."

"Il me semble que beaucoup ont oublié/Qu’on n’est pas des ordis, on ne peut pas nous réparer à souhait/Dans nos pays où l’enchaînement des années belles/A ancré dans les cœurs le sentiment d’être immortel."

"Je suis un enfant de la violence, donc un adulte de la paix/Mes impôts ne s’évadent pas, ils restent/Ouais, je me sens plus français que tous ces chanteurs de Marseillaise."
"Du coup silencieux en cent quarante caractères/Je m’exprime en rimes avec un flot d’amour dans les artères/à l’heure où le discours fasciste est banal/Ce n’est pas dans les stades mais à l’Assemblée qu’on nous jette des bananes."

Savoir+
"La Faim de leur monde". éditions L’Iconoclaste. 80 pages. 13€.
Version musicale disponible en vinyle et sur les plateformes de streaming.

"Le rap, ce sera mieux demain!"

Les membres d’IAM sont des anciens. Des gardiens du temple que l’on aime invoquer pour mieux tomber sur la couenne des rappeurs d’aujourd’hui, souvent considérés comme superficiels et pas très malins par leurs détracteurs. Qui, bien souvent, se contentent de considérer que tout cela n’est pas vraiment de la musique...

"Chacun amène sa petite touche"

"Nous, on a toujours voulu voir le bon côté des choses. Le rap, ce sera mieux demain! On n’a pas ce côté rétrograde. En revanche, quand certains virages risquent d’être des impasses, je trouve ça important qu’un groupe comme IAM ou des gens comme Kery James prennent la plume", avance Akhenaton.

En octobre dernier, celui que l’on surnomme Chill s’est retrouvé sur 13’Organisé, projet collectif Made in Marseille porté par Jul, sur lequel frayent des représentants du hip-hop old school et de jeunes loups souvent portés sur l’auto-tune, les histoires de came et l’egotrip.

"Symboliquement, rassembler les gens, avec toutes leurs différences, c’est très beau. Chacun amène sa petite touche. C’est pour ça qu’on a accepté. Après, on est un peu difficiles sur les instrus. On a choisi de poser sur l’un de nos anciens morceaux, mais pas un classique. On a pris l’instru de Marseille la nuit."

"Au départ, c’est une musique de club"

Porté par Akhenaton, Shurik’n, L’Algérino, SCH, Jul, Le Rat Luciano et Fahar, le morceau nommé Je suis Marseille compile dix millions de vues sur YouTube. On se demande si le fait de voir le rap devenir la nouvelle variété irrite AKH.

"Avec les dizaines de milliers de gens qui pratiquent le rap, de la variété, il y en aura toujours. Mais attends, quand j’écoutais du rap dans les années 1980, les artistes ne disaient rien. C’est une incompréhension de cette culture et de cette musique. Au départ, le rap est une musique de club, de distraction. C’est du disco alternatif. On fantasme souvent sur la fin des années 1980 et le début des années 1990. Avec des groupes comme Public Enemy aux États-Unis, ou nous et d’autres en France, qui ont amené des paroles engagées. Mais le rap, ce n’est pas que ça. Et dans l’œuvre d’IAM, il y a aussi des morceaux très légers. Moi, je suis un enfant de The Mean Machine, Funky Four Plus One, Cold Crush Brothers..."

Akhenaton et Napoleon da Legend, un MC basé à Brooklyn, multiplient.
Akhenaton et Napoleon da Legend, un MC basé à Brooklyn, multiplient. Photo DR
Une casquette de producteur méconnue

Salué pour ses talents d’écriture et sa manière de rapper, Akhenaton est également producteur. Une facette souvent oubliée du personnage, pourtant la plus accaparante.

"Mon premier contrat aux États-Unis, c’était en 1989, en tant que producteur. Je faisais des sons pour Rush Management, qui était rattaché au label Def Jam. Je n’ai jamais arrêté de produire. Je vais tous les jours au studio. Et 90% du temps, c’est pour composer des morceaux, pas pour écrire", assure-t-il.

L’an passé, Philippe Fragione, de son vrai nom, n’a pas chômé. En plus de la sortie d’un album solo, Astéroïde. Pour ce projet, le Phocéen a pu compter sur l’appui de Napoleon da Legend, un MC basé à Brooklyn.

Les deux hommes ont poursuivi leur collaboration, sous une autre forme. Akhenaton a livré des productions à son ami américain, qui s’est servi sans retenue. "On voulait faire seulement cinq morceaux au départ. Je lui ai envoyé des instrus et, au final, on se retrouve avec vingt-deux titres et trois EP", se marre-t-il.

The Whole In My Heart - Part 1 est déjà disponible. Les deux autres volets suivront bientôt.

Offre numérique MM+

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