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INTERVIEW. "L’amour sauve, j’en suis convaincu"... Matthieu Chedid se dévoile avant ses concerts à Toulon et Nice

Mis à jour le 27/03/2019 à 09:26 Publié le 27/03/2019 à 09:00
Matthieu Chedid présente son sixième album solo "Lettre infinie".

Matthieu Chedid présente son sixième album solo "Lettre infinie". Photo Yann Orhan

INTERVIEW. "L’amour sauve, j’en suis convaincu"... Matthieu Chedid se dévoile avant ses concerts à Toulon et Nice

Le chanteur a ressorti le costume de -M- pour un sixième album solo très intime. Un superbe retour aux fondamentaux funk et poétiques, à découvrir sur scène aujourd'hui, à Toulon, et demain à Nice.

"La façon la plus spectaculaire que j’ai trouvée pour revenir sur scène, c’est d’être seul. Mais pas seul en guitare-voix comme on pourrait l’imaginer..."

À 47 ans, et après avoir déjà coché un paquet de cases sur la liste de choses à faire pour être un artiste plus que complet – des albums en solo, en groupe, en famille, une comédie musicale, des bandes originales pour le cinéma, des chansons pour les autres... –, Matthieu Chedid aurait, cette fois, pu se contenter de faire simple. C’est mal le connaître.

À chaque nouveau projet, un nouvel univers. Alors après avoir un peu délaissé son double déluré sur son cinquième album, Îl en 2012, l’avoir même complètement abandonné, il y a deux ans, pour composer Lamomali avec les artistes maliens Fatoumata Diawara, Toumani et Sidiki Diabaté, le fils de Louis Chedid a ressuscité son alter ego.

Avec Lettre infinie, son sixième album solo, -M- est de retour. Et le musicien a imaginé pour lui un écrin scénique sur mesure.Intime et fantasque. Seul en scène, uniquement entouré d’automates musicaux. Un écrin à l’image de ce nouveau disque, dans lequel le chanteur discret permet à son personnage farfelu de se livrer pour deux. D’évoquer sa famille en invitant Billie, sa fille de seize ans, à chanter avec lui.

De rendre hommage à sa compagne, avec laquelle il vient tout juste d’avoir un petit garçon. À sa grand-mère aussi, la poétesse Andrée Chedid, décédée en 2011.

En attendant de le voir sur scène, à Toulon et Nice les 27 et 28 mars et qu’il ne revienne à Marseille, en novembre prochain, on a posé quelques questions à Matthieu Chedid.

"C’est un -M- transmuté, doré... Parce que c’est une nouvelle étape dans ma vie."

Ce disque est marqué par le funk, contrairement au dernier, Îl, qui avait pris un virage rock. Vous aviez envie de retourner à vos fondamentaux?
Je crois qu’au fond, ça ne m’a jamais vraiment quitté. J’adore l’idée de la danse, du rythme. Ça fait partie de mon ADN, c’est naturel pour moi. Alors oui, j’avais envie de revenir à ça.
À deux choses, en fait: l’intime d’un côté, le groove de l’autre. Ce qui pourrait, peut-être, être ma signature depuis le début.

Ce disque marque également le retour de votre double. Pourquoi refaire appel à -M- six ans après Îl?
C’est plutôt un clin d’œil qu’un retour, je dirais. C’est un -M- transmuté, doré... Parce que c’est une nouvelle étape dans ma vie. L’idée de la “lettre infinie”, c’est ça.
J’ai l’impression de passer un cap. -M- ne m’a jamais vraiment quitté, une fois c’était la coupe de cheveux, une fois c’était les lunettes...
Là, ça devient une coiffe dorée. -M- est toujours là mais il se réinvente à chaque fois. Cette fois-ci, c’était également une façon de célébrer ses vingt ans. J’avais envie de ce clin d’œil à ce personnage qui fait intégralement partie de ma vie.

Qu’est-ce que cela représente, pour vous, ce doré?
Un peu comme dans les histoires de super-héros, les mangas, quand les personnages se transforment... (rires) C’est une étape dans ma vie.
L’or, symboliquement, c’est la lumière. Et malgré cette époque qui n’est pas si lumineuse, elle l’est pour moi. Artistiquement, personnellement... Puisque je vais être père une deuxième fois, au moment de la sortie du disque [son fils est né fin janvier, ndlr]. Cette couleur, c’était pour célébrer ces deux naissances.

"C’est vrai que chez -M-, il y a toujours eu ces deux univers. Le ludique et l’intime. Parfois il faut un masque pour pouvoir dire des choses essentielles."

À travers le retour de votre double -M-, vous évoquez finalement des choses très intimes. Se dévoilerait-on davantage sous un costume?
C’est vrai que chez -M-, il y a toujours eu ces deux univers. Le ludique et l’intime.
Il y a cette phrase de Nietzsche qui dit que tout ce qui est profond aime le masque... Je crois que oui, parfois il faut un masque pour pouvoir dire des choses essentielles. Et -M- c’est ça.
Si on regarde bien, même à l’époque de mes premiers albums, c’est ce que je faisais. Je pense à la chanson La Fleur, par exemple, qui est aussi très intime. C’est ma part sensible, toujours là dans mes disques. C’est sans doute plus apparent dans cet album parce que je mets des noms.

Votre fille est le sujet d’une chanson, on entend aussi sa voix sur huit morceaux des treize que compte l’album. Votre rôle de père semble avoir pris beaucoup de place dans ce projet...
Oui, c’est très vrai. Ma fille a toujours été extrêmement présente dans ma vie. Dans ma musique aussi. J’avais envie, là, de la faire participer. Elle est, très naturellement, devenue la voix féminine du disque.
J’avais besoin de parler d’elle. Il y avait quelque chose lié à ma paternité et à l’amour que j’ai pour elle. J’avais besoin d’exprimer mon amour inconditionnel.

Et quel genre de père êtes-vous?
(Il réfléchit) Je suis un père artiste donc un peu dans son monde forcément, et malheureusement, parfois. Mais très investi. (il marque une pause) J’ai souvent organisé mes tournées dans un rythme un peu binaire puisque j’ai ma fille une semaine sur deux, je fais tout pour garder le lien.
Non vraiment, je suis un père présent. Présent et artiste.

Une chanson pour votre fille, une pour la femme qui partage votre vie, une pour votre grand-mère. C’est très féminin, tout cela?
Oui, c’est vrai! Mes muses, mes inspirations, à l’image de Superchérie d’ailleurs, sont souvent liées au monde féminin. Aussi bien maternel que sensuel.
C’est une complémentarité, un équilibre. Ça révèle aussi la part féminine en moi. L’inspiration est un mot féminin...

Dans son nouvel album, Matthieu Chedid a collaboré avec Thomas Bangalter, moitié de Daft Punk, notamment sur le titre "Superchérie".

"J’ai vraiment écrit ces textes à la plume, oui... Ça invite à prendre le temps, à revenir à la matière. À la qualité d’un papier, d’un encrier."

Vous évoquez également l’âge qui avance, notamment à travers le titre Grand petit con. Deviendrait-on fatalement un vieux con, en vieillissant?
Non justement et c’est pour ça qu’il faut se rappeler que la connerie est sous-jacente! (rires)
Il faut toujours se méfier. Faire attention. Et puis évidemment, souvent, le con c’est l’autre, rarement soi...
Alors il faut toujours se souvenir qu’on peut être très très con soi-même! Il faut se le dire, mais avec tendresse. Prendre du recul, se contrôler soi avant de critiquer les autres.
Cette chanson, c’est une petite alerte.

Elle nous dit aussi que c’est en se tournant vers la jeunesse qu’on évite la connerie?
Grand petit con intègre aussi les jeunes! Ça parle de la connerie universelle...
Mais, oui, rester connecté à la source, c’est important. Quand on est face à une naissance, comme moi, on se reconnecte à ça. Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. D’où ça part.

À travers le titre de ce disque, Lettre infinie, ainsi que sa présentation manuscrite dans la pochette de l’album, vous nous invitez à replonger dans l’écrit. Ne s’écrirait-on plus assez?
J’ai vraiment écrit ces textes à la plume, oui... Ça invite à prendre le temps, à revenir à la matière. À la qualité d’un papier, d’un encrier.
Revenir à la qualité au sens large, comme avec un vinyle sur une platine. Sans être passéiste non plus, ou trop dans la nostalgie, plutôt pour se rappeler que ces choses sont magnifiques.
Se rappeler le plaisir qu’elles nous procurent. Ça dit tellement de choses, l’écriture. On les perd avec les mails, les SMS. On peut avoir beaucoup d’émotion devant une écriture, devant des ratures.

"En concert, on peut parler de communion. On est comme un."

Vous avez touché à beaucoup de formes de création. L’écriture narrative vous tenterait-elle?
Mon père fait ça très bien je trouve. Notamment avec Le Dictionnaire de ma vie récemment [sorti en 2018 aux éditions Kero, ndlr], qui est très beau.
Moi, je ne sais pas, je me sens vraiment musicien. Les mots, je les aime dans la musique. J’aime m’amuser avec les sons et le sens. Je suis plus alchimiste qu’écrivain.
Peut-être aussi que, face à mon héritage, ma grand-mère, je ne me sens pas apte à écrire pour l’instant. C’est peut-être un plaisir qui viendra plus tard... Et, si j’écrivais, je crois que ce serait plus des nouvelles que des romans.

Vous semblez plus à l’aise avec l’écriture codée d’ailleurs, le symbole, plutôt que le récit...
Oui, j’aime bien le mystère, le jeu. Il faut lire entre les lignes. J’aime les doubles lectures, les sens cachés. J’aime bien que les gens cherchent. Je crois que la qualité se mérite un peu...
En surface il y a quelque chose, en sous-texte aussi. À l’image de Superchérie : t’as "super chérie" et, si tu grattes, "supercherie". C’est un peu à l’image de tout le disque.

Vous dîtes que votre rôle d’artiste c’est de réunir. Sur la tournée Lamomali, vous le rappeliez en reprenant le titre Sauvez l’amour de Daniel Balavoine. Avez-vous trouvé la réponse, depuis? Qu’est-ce qui pourrait bien le sauver, l’amour?
L’amour sauve, j’en suis convaincu. Et l’amour intègre l’amour. En concert, on peut même parler de communion plus que de réunion. On est comme un.
Je crois beaucoup à l’unité des choses, alors qu’on divise tout, tout le temps. Quand on vit un moment de communion comme un concert, on voit bien que ça existe, que c’est palpable.
Qu’on est reliés les uns aux autres. Là, l’amour est une évidence. Alors oui, si je peux, par la musique, incarner un peu de ce sentiment, c’est tout ce dont on a besoin aujourd’hui.

Le concert serait-il l’un des derniers lieux de mixité?
Exactement. C’est un des rares endroits où on ne se demande pas d’où viennent les gens. Il n’y a pas tant de lieux qui rassemblent comme ça. Si j’avais une dimension politique, je dirais que mon rôle c’est celui-là: rassembler les gens pour qu’ils comprennent qu’ils peuvent s’entendre.


- M - en concert.
- Mercredi 27 mars, à 20 h. Au Zénith Oméga, à Toulon.
- Jeudi 28 mars, à 20 h. Au Palais Nikaïa, à Nice.
- Samedi 23 novembre, à 20 h. Au Dôme, à Marseille.
Tarifs : 35 euros, 45 euros, 55 euros et 69 euros. Rens. wwwlabo-m.net

Lettre infinie. -M-. (3e Bureau/ Wagram Music)


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