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De retour sur sa terre natale, le chanteur-conteur Ben Mazué se confie

Son Paradis vient tout juste d’être certifié disque d’or. Un peu de confiance bienvenue pour l’Azuréen Ben Mazué, dont le show de chanteur-conteur passait par Nice dimanche soir.

Jimmy Boursicot Publié le 10/08/2021 à 12:15, mis à jour le 11/08/2021 à 15:11
Photo J.B.

On l’attend depuis un bon moment dans les loges du Théâtre de Verdure. Déjeuner qui s’éternise, friture sur la ligne, tempo décalé. En arrivant, Ben Mazué se confond en excuses. Rien de bien grave en ce bouillant dimanche d’été. On lui fait remarquer que dans la précipitation, il a enfilé son t-shirt bleu marine à l’envers. "Ah ouais, ça fait rien."

Un peu rêveur, un peu pensif, notre homme. Comme sur les morceaux de Paradis, son quatrième album, où il dépeint élégamment la fin de son histoire d’amour avec la mère de ses enfants. Mais aussi les joies de la garde alternée, la charge mentale ou encore ses longues heures passées à gambader ou s’évader sur l’île de La Réunion, son fameux paradis.

Pour l’auteur-compositeur-interprète, revenir à Nice, la ville où il a vu le jour avant de grandir du côté de Biot jusqu’à ses dix ans, "c’est poignant, c’est fort. Parce que c’est ici que j’ai appris à marcher, à écrire, à chanter..."

 

Le regard perçant, parfois dans le vague le temps d’affiner ses réponses, Ben Mazué s’est livré avec sincérité.

Chacun de vos albums correspond à un chapitre très personnel de votre vie...

L’idée, c’est de rendre hommage à des gens, des situations, des lieux, qui sont, j’espère, partageables. Je n’écris pas sur des choses que je trouve trop singulières. J’utilise le "je", mais toujours dans le but que d’autres s’y reconnaissent. Dès lors que les mots sortent et qu’ils sont rendus publics, tu les envisages différemment. Parce qu’ils sont perçus. Avant, tu étais seul avec tes chansons. Quand tu les donnes, elles vivent. Et puis là, le fait de les confronter directement au public, c’est intéressant. C’est super de voir l’effet qu’elles ont pu avoir.

Le public du "monde d’après" réagit différemment?

 

Il y a une énergie supplémentaire. On la reçoit de manière très forte. On sent qu’il y a eu un vrai manque.

A quoi ressemble votre live ?

C’est plus un spectacle de conteur que de chanteur. Je raconte une histoire et dans cette histoire, je mets des chansons. J’avais déjà fait deux tournées avec ce principe, je commence à être aguerri à la formule. J’ai un micro serre-tête pour avoir les mains libres.

Fin juillet, Paradis a été certifié disque d’or, l’équivalent de 50.000 ventes...

C’est super. Après, je n’écris pas en me demandant ce que le public attend de moi. Parce que ce public, je ne sais pas qui c’est. J’écris en fonction de ce qui m’émeut. Le fait d’avoir un deuxième disque d’or [après La Femme idéale, sorti en 2017, ndlr], peut-être que ça te donne plus d’assise, la sensation que tu es capable.

 

Vous avez besoin de ces signaux rassurants?

Globalement, c’est un métier de doutes. Tu écris, tu te dis que c’est de la merde. Tu reviens complètement sur ce que t’as fait... Être mis un peu en confiance, c’est toujours positif. Je prends carrément!

La Réunion, c’est un lieu qui vous permet de vous équilibrer?

Je n’y vis plus, je suis revenu à Paris. Mais ça reste un endroit très important pour moi. Une vision de paradis dans lequel je me sens bien, serein, comme nulle part ailleurs. La sérénité, c’est une émotion rare chez moi, donc elle est précieuse.

Paradis a germé durant des sessions rando ou course à pied sur cette île...

Je continue à courir pas mal. Tu cours aussi un peu? [On répond par la négative, en désignant nos poignées d’amour] Ce n’est pas franchement un plaisir. Mais avoir couru en est un. Il faut avoir des soucis. T’as des soucis? Si t’en as, ça va, tu peux démarrer. Assez vite, ça devient agréable comme rythme.

 

Dans un précédent entretien, vous évoquiez une liste de choses à cocher...

C’est une liste qui existe, même si elle n’a pas été rédigée, oui. Il y avait des trucs dans ma vie que je voulais bien faire et c’est toujours resté en moi. En fait, je voulais respecter l’enfant que j’avais été.

Par exemple, je voulais dormir dans un camping-car. Je l’ai fait il y a deux ans, dans l’Aubrac. C’était super cool. J’aimerais bien me mettre au triathlon aussi. Après, ça peut aller de petits détails à des choix cruciaux dans la vie. Comme avoir des enfants.

Vous publiez des images de vos enfants accompagnés de textes. Envie de partager cette intimité?

J’utilise encore le "je" dans le but de faire résonner des choses chez d’autres parents. Être père, dans ma vie quotidienne, ça prend 50% du temps. C’est très prenant, mais aussi très émouvant. Et forcément, ça a un impact sur ma vie créative.

La responsabilité est énorme. Elle use, elle creuse, elle abîme, elle alourdit. Mais elle est compensée par des tas de moments extraordinaires d’amour, forts.

(Photos J. B.)

Crise de la quarantaine ?

Sur Quarantaine, Ben Mazué clamait "J’ai pas peur de ta crise". En janvier dernier, il a basculé dans cette nouvelle dizaine. Ses mots sont-ils toujours d’actualité ? Affirmatif.

"Je croyais que la crise de la quarantaine, c’était se dire :’’J’ai fait ce qu’il fallait, mais est-ce que j’ai fait ce que je voulais ?’’ Moi, j’ai l’impression d’avoir fait ce que je voulais, donc je crois pouvoir éviter ça. Récemment, j’ai entendu une psychologue qui expliquait que la crise de la quarantaine, c’était le fait de prendre conscience qu’on allait mourir bientôt, le fait de commencer à compter en arrière. Cette conscience, je l’ai, ouais. Mais je l’ai eue assez tôt parce que la mort a souvent été au centre de ma vie, du fait de mon travail précédent."

Avant de passer totalement à la musique, Benjamin Mazuet, a un temps été médecin à mi-temps dans une unité de soins palliatifs gériatriques d’un hôpital du Val-d’Oise.

"Je n’envisage pas de vivre ma vie sans des aventures plurielles. Pour la prochaine, je me servirai peut-être de tout ce qui fait partie de moi, dont cette expérience, je ne sais pas."

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