Au Nice Jazz Festival, Christian McBride nous raconte ses premières fois marquantes

Le contrebassiste américain, habitué du Nice Jazz Festival, était comme à la maison vendredi soir. Simple et généreux, il nous a partagé ses émotions fondatrices.

Amélie Maurette Publié le 17/07/2022 à 20:13, mis à jour le 17/07/2022 à 20:09
interview
Christian McBride. Photo Franz Chavaroche

"J’ai une histoire ici!" Le Nice Jazz Festival, Christian McBride connaît bien.

En leader, en sideman, il les a arpentées plus d’une fois, les scènes du rendez-vous niçois. Il a même reçu le Trophée Ferret en 2019, remis par la Ville. Le grand bassiste et contrebassiste américain n’en perd pas son enthousiasme.

Disponible, content de partager son amour de la musique malgré le piteux anglais de son interlocutrice (le mien, donc), le musicien aux huit Grammy Awards, complice d’Herbie Hancock, Chick Corea et tant d’autres, directeur artistique de rendez-vous d’importance comme le Newport Jazz Festival, a évoqué avec nous ses premières fois marquantes. Ses émotions fondatrices.

Premier choc musical: son père

"J’ai grandi dans la musique donc je ne saurais me souvenir de ma première émotion musicale. Je me rappelle en revanche la première fois que j’ai vu mon père jouer", raconte le fils du contrebassiste Lee Smith.

"Là, j’ai décidé que je voudrais faire ce qu’il faisait. Je me souviens aussi de me première émotion face à une basse électrique, j’étais... nerveux. Mon père m’a montré comment jouer un morceau et je crois que, depuis, cet instrument n’a jamais quitté mes mains."

 

Sa première basse à lui, c’est sa mère qui lui a achetée, pour Noël. "J’avais neuf ans et j’étais tellement excité d’avoir enfin mon propre instrument. Mon père m’a montré, j’ai senti le bonheur, le pouvoir. J’ai senti que c’était ce que j’allais faire le reste de ma vie."

Son nom sur un disque de Wallace Roney

Son nom en haut de l’affiche pour la première fois? Étonnamment, ça ne lui vient pas. Ce qui lui remonte spontanément, c’est son nom sur un disque. C’était en 1990 pour l’album Obsession, il avait 18 ans.

"C’était avec le trompettiste Wallace Roney. Il a été comme un grand frère pour moi. Je l’admirais, j’étais fan, c’est lui qui m’a donné ma première opportunité de jouer sur un album. Quand le disque est sorti, j’ai lu: Wallace Roney, Gary Thomas, Donald Brown, Christian McBride et Cindy Blackman... Waouh! Je suis sur le CD."

Premier au Village Vanguard

Salle new-yorkaise mythique, le Village Vanguard a vu défiler toutes les stars du jazz. Rollins, Coltrane, Mehldau et d’autres ont enregistré leur Live At Village Vanguard. McBride bien sûr. En trio ou en quintet, avec la formation qui l’accompagnait d’ailleurs sur la scène niçoise.

Sa première sur scène, c’était avec Roy Hargrove en 1990 mais... "la première fois que j’y suis rentré, comme spectateur, ça devait être en 1989, pour voir le saxophoniste Arthur Blythe. J’étais avec le critique de jazz Stanley Crouch et on se disait... waouh. Là-bas, vous sentez les fantômes, Coltrane, Monk, Evans... C’est magique."

 

Intimidant? "Non, impressionnant. Comme dans une église."

Son engagement: les revues de sa grand-mère

Hommage à Maya Angelou, poétesse et militante pour les droits civiques des noirs américains dans son live à Vanguard, à Martin Luther King, Malcolm X, Rosa Parks et Mohammed Ali dans son disque The Movement Revisited... Dans le jazz de McBride surgit son engagement politique, social.

La première fois qu’il a voulu s’investir sur ces sujets, c’était quand? "Quand j’étais petit, ma grand-mère avait une collection de vieux magazines, de journaux des années 1960, pleins de poussière, on lui disait: ‘‘Mais jette!’’ Il y avait beaucoup d’Ebony Magazine et de Jet Magazine, les deux plus importantes publications pour les noirs américains dans les années 1950, 1960 et 1970. Un moment, je me suis décidé à les lire... J’ai été fasciné de lire, dans ces vieux magazines, tant de choses de l’histoire noire, des choses au sujet de noirs dans les académies, le sport, la politique, la musique, les sciences... Tant de choses que je n’avais jamais vues à la télé, jamais apprises à l’école. Je suis devenu obsédé par ces vieux magazines. Luther King, Rosa Parks, Luther King, Mohamed Ali sont devenus très importants pour moi. Je ne sais pas si j’ai pris à ce moment-là la décision consciente de m’engager en politique, mais j’ai toujours gardé un œil ouvert sur ça depuis l’enfance, grâce à ces magazines."

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