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On a rencontré le patron du team varois Tech3 après sa première victoire en MotoGP

Vingt ans après le titre mondial 250 cc avec Yamaha, l’équipe basée à Bormes-les-Mimosas vient de trouver le chemin du succès dans la catégorie reine avec KTM. Une réussite que le boss, Hervé Poncharal, savoure à fond : “La joie est encore plus forte !”

Gil Léon Publié le 07/09/2020 à 20:14, mis à jour le 07/09/2020 à 20:34
A Spielberg, entre arrivée et podium, Hervé Poncharal est tombé dans les bras de Miguel Oliveira. Tous derrière et eux devant ! Photo Gareth Harford

C’était impossible, donc il l’a fait ! Voilà deux semaines, sur le circuit de Spielberg (GP de Styrie), le pilote portugais
Miguel Oliveira, sorti de sa boîte tel un diablotin à l’abord de l’ultime virage, s’est glissé dans un trou de souris,
passant de la troisième position à la première en une fraction de seconde.

Triomphe en MotoGP historique pour lui comme pour le team Tech3, en quête de cet instant d’éternité depuis 2001, l’année de son arrivée dans la catégorie reine au lendemain du titre mondial 250 cc conquis avec Olivier Jacque.

Ainsi, soulignons-le, le capitaine du navire varois ancré à Bormes-les-Mimosas a bel et bien eu le nez creux en 2018, quand il décida de couper les ponts avec Yamaha afin de suivre le cap tracé par KTM. Croisé juste avant de reprendre le large en direction de Misano (GP de Saint-Marin, 11-13 septembre), Hervé Poncharal décrypte les tenants et les aboutissants d’une victoire qu’il n’attendait plus...

 

Hervé, deux semaines après ce jour de gloire, êtes-vous toujours sur un petit nuage ?
Ah oui, vous pouvez écrire que je suis dans la ouate et que je m’y trouve bien ! (Large sourire) Blague à part, nous avons fêté la victoire comme il se doit le soir même. Une fois accomplies les obligations médiatiques et la photo de famille immortalisant ce résultat historique pour KTM et Tech3 , on a célébré ça entre nous en faisant une bonne bouffe dans un resto. Moi, en fait, je réalise vraiment ce qui vient de se produire plus tard. En pleine nuit, seul, à l’hôtel, lorsque j’ouvre mes messageries, toutes pleines à craquer...

Justement, parmi ces innombrables mots de félicitations, quel est celui qui vous a le plus touché ?
J’en ai comptabilisé plus de 700. SMS, WhatsApp, e-mails... Bluffant, non ? Surtout que chaque texte avait une âme.
Voilà pourquoi je me suis efforcé de répondre aux uns et aux autres. Certains provenaient de personnes dont je n’avais plus de nouvelles depuis des lustres. Par exemple de gens travaillant pour les marques que nous représentions autrefois. Honda, Suzuki, Yamaha... (Il réfléchit) Allez, le message qui garde une place à part, c’est celui de Stefan Pierer, le grand patron de KTM. Il était à Spielberg le week-end précédent (Grand Prix d’Autriche, ndlr), lorsque Miguel Oliveira et Pol Espargaro partent au tapis ensemble. Là, il n’avait pas pu faire le déplacement. Cet homme est tellement passionné, enthousiaste, dynamique. Il a accordé sa confiance à Tech3 en nous offrant le statut d’équipe usine bis, en nous fournissant les mêmes motos dotées des ultimes spécifications. Je suis très heureux que KTM triomphe à domicile grâce à nous. On ne pouvait pas mieux le remercier.

L’émotion est-elle aussi forte qu’en 2000, l’année de la couronne mondiale 250 coiffée avec Olivier Jacque et Yamaha ?
C’est incomparable. A l’époque, l’aventure avait duré neuf mois. Vous montez en puissance course après course. Petit à petit, l’objectif se précise. Donc, le titre, vous le voyez arriver. Là, en revanche, effet de surprise total ! Très sincèrement, ces derniers temps, je n’imaginais plus Tech3 monter un jour sur la plus haute marche du podium MotoGP. Chez Yam’, on a raté le coche de justesse avec Johann (Zarco), entre autres. Ensuite, fin 2018, nous partons chez KTM pour un défi différent : le développement d’un projet longue durée. Comment croire que l’on embrasserait la victoire aussi tôt ? Quelque part, la joie est encore plus forte, plus grande. Parce que personne ne s’y attendait.

Mais en voyant Miguel talonner le duo Miller-Espargaro à l’abord du money-time, l’autre jour, vous commencez à y croire tout de même ?
Non, je suis en apnée ! A vrai dire, je commence juste à penser au podium, tout en songeant que ces trois loustics
peuvent aussi finir à plat ventre si ça tourne mal. Quand je le vois se rapprocher très près, au début du dernier tour, je me dis qu’il a un truc en tête. Moins bouillant, plus lucide et calme que les deux autres, il peut profiter de la moindre occasion, s’infiltrer si on lui laisse une ouverture, je le sais. Voilà, ça s’est produit dans l’ultime virage, une courbe très rapide, dure à négocier, propice aux rebondissements.

Pour Tech3, ce triomphe comble-t-il totalement les pertes générées par le long coup d’arrêt du confinement ?
Bien sûr ! Quoiqu’il arrive, désormais, 2020 restera une saison fabuleuse. Aller chez KTM, signer un contrat de trois ans avec eux, ce fut ma décision. Un choix qui a suscité pas mal de doutes et de craintes en interne, je l’ai ressenti. Au
début, il m’a donc fallu consommer quelques litres de salive pour convaincre certains de regarder le verre à moitié plein plutôt que le verre à moitié vide. C’est logique. Alors imaginez ma satisfaction en voyant toute l’équipe exploser de joie lorsque Miguel coupe la ligne d’arrivée. Depuis trois courses, l’osmose entre l’usine et le team était déjà palpable. KTM vient de gagner deux des trois derniers GP grâce à Binder et à Miguel. Croyez-moi, maintenant, on nous regarde d’un autre œil dans le paddock. Le vilain petit canard s’est métamorphosé en cygne majestueux du jour au lendemain...

Comment expliquez-vous la fulgurante montée en puissance de KTM ?
Par rapport à des géants tels que Suzuki, Honda ou Yamaha, KTM, c’est une PME. La marque se donne les moyens de
ses ambitions, d’accord, mais on ne dépense pas plus que les autres. En revanche, chez eux, il y a une espèce de
volonté absolue, une motivation, un engagement que je n’ai jamais rencontré ailleurs. A Mattighofen, un échec ne met personne à plat. Là-bas, la défaite, elle agit comme un boost. Je n’ai jamais vu des gens ayant autant envie de gravir la montagne.

Peut-on parler d’un effet Tech3 ?
On peut dire que l’équipe travaille d’arrache pied. Elle apporte sa pierre à l’édifice à travers ce savoir-faire incarné par Guy Coulon (le directeur technique, cofondateur du team avec lui en 1989) Après chaque roulage, essais ou courses, nous discutons sans cesse avec l’usine dans un seul but : l’évolution de la moto.Ce progrès spectaculaire, on le doit aussi au fait qu’il y a désormais quatre pilotes en piste au lieu de deux. Sans oublier l’énorme contribution de Dani (Pedrosa, le pilote d’essais KTM) qui a abattu un boulot fabuleux et donné les bonnes directions.

KTM peut-il décrocher le titre constructeurs 2020 ?
Pour l’instant, Yamaha mène la danse d’une courte tête devant Ducati et KTM. Nous sommes à l’affût malgré nos deux
résultats blancs puisque Miguel s’est fait shooter par Brad Binder (GP d’Andalousie) puis par Pol Espargaro (GP
d’Autriche) alors qu’il pouvait finir dans le top 6 de part et d’autre. Vous savez, cette saison à nulle autre pareille a déjà provoqué tellement de surprises en l’espace de cinq manches. Qui est capable aujourd’hui de prédire à coup sûr son issue ? Moi, je ne vais pas vous balancer que KTM est favori désormais. Mais je ne vous lâcherai pas non plus que
KTM n’a aucune chance d’obtenir le pompon.

Et si vous deviez miser une pièce sur l’identité du pilote qui succédera à Marc Marquez au palmarès du MotoGP dans deux mois ?
Si vous m’aviez posé cette question après les deux premières échéances à Jerez, je vous aurais répondu Fabio
(Quartararo) sans hésiter. Aujourd’hui, je pense que ça va se jouer entre lui et ‘‘Dovi’’ (Andrea Dovizioso). Lorsque la
Yamaha marche, Fabio est super fort. Dans le dur, il ne commet pas d’erreur, ou très peu. Alors voyons comment il va réagir sur les tracés favorables se profilant droit devant, à Misano en premier lieu. Quant à ‘‘Dovi’’, c’est un vice-
champion du monde puissance 3 (2017, 2018, 2019). Le gars qui l’a battu chaque fois n’est pas là. Lui vient d’annoncer sa séparation avec Ducati en fin de saison. Donc il a une belle histoire à écrire. Pour moi, c’est «fifty-fifty ».

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